D’où vient le mot «laïcité» ?

Les origines d’un des mots que les Québécois ont certes le plus entendu au cours de leur année 2013 !

Jadis, nous étions tous laïques. Emprunté au latin ecclésiastique laïcus (« commun, du peuple »), le mot laïc vient du grec laos (« peuple »).

Il s’oppose à klérikos (« clerc »), titulaire d’une fonction, puis homme d’Église et lettré.

Le laïc est donc d’abord simplement celui qui appartient au monde profane, qui n’est pas un religieux. Ce n’est que plus tard qu’il désignera une personne indépendante de toute confession.

Avec la disparition de la monarchie, la laïcité apparaît comme une conception politique et sociale impliquant la séparation de l’Église et de l’État et la liberté de conscience.

Curieusement, ce mot est intraduisible en anglais. L’école laïque est libre de tout enseignement religieux, protégeant ainsi les élèves du prosélytisme. Il ne faut donc pas s’étonner si la laïcité a toujours eu une petite odeur de soufre pour les clercs.

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«Avec la disparition de la monarchie, la laïcité apparaît comme une conception politique et sociale impliquant la séparation de l’Église et de l’État et la liberté de conscience.»

Avec la disparition de la monarchie absolue, oui. Mais rappelons que nettement avant la très républicaine loi de 1905 en France instaurant la séparation de l’Église et de l’État afin de juguler une inquiétante montée d’antisémitisme politique (affaire Dreyfus), c’est l’Italie – alors une monarchie constitutionnelle – qui en 1860 instaura la laïcité moderne, selon le principe immortel de son premier ministre Camillo Benso di Cavour : « Libera chiesa in libero stato », «une Église libre dans un État libre ». Certes le roi Carlo Alberto était un roi moderne, un roi en haut-de-forme plutôt qu’en couronne, qui régnait officiellement « par la grâce de Dieu et du peuple » et non plus seulement « par la grâce de Dieu » tout court. Et puis c’était aussi un roi aux convictions gibelines – donc passablement anticlérical – qui soutenait mordicus son premier ministre pour tout ce qu’on appelait alors « la question romaine », c’est-à-dire la présence au beau milieu de la future patrie de vastes territoires pontificaux dont le système de gouvernement, c’est le moins qu’on puisse dire, n’était pas du tout une démocratie parlementaire. Ce qui entraîna une longue guerre froide entre l’Italie libérale et la Curie romaine – et pas toujours froide, en fait, car il y eut aussi des armées sur le terrain: c’est de là que datent les fameux Zouaves pontificaux.

À noter que des Québécois, des Canadiens ont participé à ces événements historiques, et ce de part et d’autre: d’.un côté, bernés par une propagande antilibérale éhontée, qui présentait le pape comme un « prisonnier » (mensonge) des démoniaques libéraux « sans Dieu » (ce qui est également faux: l’amalgame rhétoriique laicité=athéisme date de là) des centaines de Québécois s’engagèrent dans les Zouaves ; de l’autre, le fameux Arthur Buies se joignit aux Chemises rouges de Garibaldi lors de l’Expédition des Mille.

Donc, c’est l’avènement de la démocratie partlementaire moderne – ou « pluralisme constitutionnel », comme l’appelle Raymond Aron – qui souvent impliqua l’instauration d’un principe de laïcité, et non pas spécifiquement si cette démocratie est une monarchie constitutionnelle ou une république.

À noter que le principe de Cavour « Une Église libre dans un État libre » fut reformulé par un de ses successeurs, le premier ministre libéral Giovanni Giolitti, au Parlement italien en 1906: « L’Église et l’État sont deux parallèles qui vont leur chemin et ne se rencontrent jamais.»

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