DSK, l’autre point de vue

Diffusées en boucle sur tous les écrans de la planète, les images de Dominique Strauss-Kahn traîné devant la justice par une humble femme de chambre de New York ne sont qu’un nouvel épisode d’un phénomène mondial qui s’amplifie : des femmes, dans différents coins du monde, prennent au mot les lois qui leur disent que l’État protégera leur droit à l’intégrité physique.

L'édito de Carole Beaulieu : DSK, l’autre point de vue
Photo : J. Scott Applewhite / AP / PC

Des cours de justice les entendent. Même si les accusatrices sont humbles, alors que les accusés sont très puissants.

Deux cas, l’un en Israël, l’autre en Afrique du Sud, témoignent des tensions sociales et politiques que de tels procès soulèvent, poussant à leur limite des systèmes judiciaires qui promettent l’égalité devant la loi… mais peinent à aller jusqu’au bout quand le prix à payer est l’emprisonnement d’une personnalité jugée « d’exception ».

La Cour suprême d’Israël vient tout juste, le 18 mai 2011, d’accepter d’entendre l’appel de l’ex-président du pays Moshe Katsav, condamné le 22 mars dernier à sept ans de prison pour viol, harcèlement sexuel et entrave à la justice. Pour les femmes qui l’accusent, le cauchemar qui dure depuis plus d’une dizaine d’années va donc continuer. Leur parole vaudra-t-elle celle de l’ancien président, père de famille et homme respecté ?

En Afrique du Sud, en 2005, une femme de 31 ans a accusé de viol le puissant Jacob Zuma, alors aspirant controversé à la présidence du pays. Dans cet État où le nombre de viols bat des records et où les condamnations sont rares, le geste de la jeune femme semble tellement suicidaire qu’il nourrit la thèse d’une action politique pour freiner la montée de Zuma. Mais le procès a lieu. La relation sexuelle sera jugée consensuelle. Zuma fut acquitté en 2006 et devint président en 2009. Il a expliqué au tribunal qu’il n’a pas pu s’empêcher de pénétrer la jeune femme, puisqu’elle semblait sexuellement excitée et que dans sa culture il est inacceptable pour un homme de ne pas combler une femme.

Zuma, Katsav, Strauss-Kahn… Trois hommes puissants et intelligents, qui s’esti­maient irrésistibles et dont la société tolérait les incartades pour des raisons culturelles et politiques.

S’il faut tirer une conclusion de ce qui se passe à New York, c’est que le monde change.

Une femme du Bronx, réfugiée d’origine africaine, estime qu’une cour de justice américaine la croira si elle affirme qu’un homme a abusé d’elle, qu’il a introduit de force son pénis dans sa bouche et y a éjaculé, lui a empoigné les seins et arraché ses vêtements (ce qu’elle a déclaré à la police).

Rien ne dit évidemment qu’elle tiendra le coup devant la longue procédure judiciaire qui s’annonce. Les avocats de l’accusé ont déjà embauché une agence de sécurité (Guide­post Solutions), qui va scruter son passé au peigne fin. Si elle a agi « pour l’argent » – comme l’insinuent les tenants du complot -, elle ignorait certainement tout du cauchemar qu’elle va vivre au cours des prochains mois. (À moins que Dominique Strauss-Kahn ne plaide coupable et ne tente de négocier une réduction de peine.)

Tout porte à croire plutôt que les avocats de DSK – Me Benjamin Brafman en tête, qui a tiré du pétrin des vedettes comme Michael Jackson, Jay-Z et Puff Daddy, dont les causes semblaient désespé­rées – plaideront la relation consensuelle. Cette veuve de 32 ans, qui va au boulot portant un vieux pantalon sombre, un foulard de coton couvrant ses cheveux, ne pouvait qu’être flattée des faveurs que lui offrait le séduisant sexagénaire, laisseront-ils entendre. La victime est de nature réservée. L’accusé a la sexualité plus « sauvage ». Il y a eu malentendu.

Et puis ces gestes – s’ils sont vrais – sont-ils assez graves pour que le brillant stratège du Fonds monétaire international (FMI), l’espoir de la gauche française pour les présidentielles de 2012, l’ami de l’Afrique qui a tant fait pour soutenir son développement économique, doive passer des années en prison ?

Ces questions, déjà évoquées discrètement dans différents milieux, font porter un poids bien lourd à une femme qui, jusqu’à preuve du con­traire, n’avait rien demandé. Poursuivie par les médias, elle ne peut ni rentrer chez elle ni travailler en paix.

Les événements de New York sont une tragédie pour elle et sa fille de 15 ans. Une tragédie aussi pour Domini­que Strauss-Kahn, dont la carrière est brisée, quoi qu’il advienne.

Combien de ces tragédies faudra-t-il encore pour que le message passe ?

 

ET ENCORE…

Un banal « troussage de domestique », a dit l’intellectuel français Jean-François Kahn, qui s’est excusé quelques jours plus tard d’avoir dit « une connerie ». Liberté, égalité, fraternité, dites-vous ?

 

 

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