Dur, dur le «multikulti»

Le multiculturalisme a du plomb dans l’aile en Occident. Le Québec n’est pas le seul à le remettre en question.

Le mois dernier, à Francfort, une juge allemande a refusé à une femme battue une procédure de divorce accélérée, pour cause «culturelle».

La juge appuyait sa décision sur le verset 34 de la sourate 4 du Coran. Ce texte dit que le mari a le droit de frapper son épouse. L’Allemagne a bondi. Même les associations musulmanes ont hurlé. La juge a été dessaisie de l’affaire. Mais la polémique ne s’apaise pas.

Mère de deux enfants, la jeune musulmane de 26 ans — originaire du Maroc, comme son mari — était brutalisée «parce qu’elle avait adopté un mode de vie occidental». La juge avait déjà interdit au mari de s’approcher à moins de 50 m du domicile, mais elle refusait d’accorder un divorce accéléré (ce qui aurait évité le délai de réflexion obligatoire d’un an). «Dans ce milieu culturel, expliquait la juge, il n’est pas rare que l’homme fasse usage d’un droit de correction. La requérante devait s’attendre à cela lorsqu’elle a épousé le défendeur.»

L’opinion publique s’est déchaînée contre cet abus du «multikulti», comme les Allemands surnomment le multiculturalisme!

En ce début de 21e siècle, le Québec n’est pas seul à nager dans la confusion du multikulti. Dérapages administratifs, décisions maladroites, erreurs de jugement… Devant ces dérives, la tentation est forte de rejeter en bloc ce fameux multikulti.

Surtout qu’on peut dire que tout ça, c’est la faute du Canada!

En 1971, le Canada a été le premier pays du monde à faire du multiculturalisme une politique officielle, proclamant «la valeur et la dignité de tous les Canadiens et Canadiennes, sans égard à leurs origines raciales ou ethniques, à leur langue ou à leur confession religieuse». Des pays d’Europe l’ont adopté dans la foulée, la Grande-Bretagne en tête. Mais depuis quelques années, rien ne va plus. Le Danemark et les Pays-Bas ont déjà renversé leur politique. L’Allemagne est à bout de souffle. La Grande-Bretagne en arrache.

Pourtant, écrit un des grands penseurs de notre temps, l’économiste Amartya Sen, la solution n’est pas d’abandonner le multiculturalisme.

Ce concept, aussi difficile soit-il à vivre au quotidien, est la meilleure piste dont le monde dispose pour assurer le développement serein des grandes villes de la planète. La survie de l’Occident repose d’ailleurs sans doute sur la créativité dont il fera preuve pour intégrer ses immigrants tout en tirant parti de leur apport culturel!

Ce que nous n’aimons pas du multiculturalisme, c’est le mot et la façon, déplorable parfois, dont des gouvernements et des tribunaux l’ont concrétisé. Au lieu de tout rejeter, il faudra patiemment dissiper les confusions. Cesser de confondre conservatisme culturel et liberté culturelle. Cesser aussi de confiner les gens à leur identité religieuse!

Battre son épouse est une tradition du passé qui n’a rien à voir avec une culture à protéger. Avoir trois épouses, faire exciser sa fille, refuser d’être vu par un fonctionnaire féminin sont de l’ordre du conservatisme culturel. Ce ne sont pas des gestes qui vont dans le sens de la liberté et de l’égalité.

Et le hidjab au taekwondo? Des adolescentes, mineures, ne peuvent être réputées avoir fait, en toute liberté, un examen critique des choix qui s’offrent à elles. Elles sont dépendantes de l’autorité parentale. Si j’étais un entraîneur sportif, je voudrais que les jeunes musulmanes puissent pratiquer des sports, car une telle activité favorise leur intégration. Devenues adultes, elles choisiront, librement. D’ici là, pourquoi ne pas leur permettre de garder leur hidjab sous leur casque? Et faire confiance au temps?

Au Pendjab, berceau du sikhisme, près de un jeune homme sur deux ne porte plus son turban, au grand dam des leaders spirituels. Laver cette longue chevelure que leur religion leur interdit de couper et draper sept mètres de tissu sur leur tête chaque matin demande trop de temps! Surtout qu’ils sont désormais souvent privés de l’aide de maman ou de leur épouse, occupées à leur propre emploi salarié.

Sale temps pour les traditions, qui ne sont pas toujours solubles dans la modernité…

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