Ebola : le facteur humain

L’épidémie est devenue incontrôlable dans trois pays, parmi les plus pauvres du monde, dont le Liberia. Quinze autres pays sont menacés, et l’ONU manque de tout.

Photo: Abbas Dulleh/AP/La Presse Canadienne
Photo: Abbas Dulleh/AP/La Presse Canadienne

Si vous n’avez pas lu The Hot Zone… mieux vaut ne pas le faire maintenant. Paru en 1994, ce best-seller raconte une histoire vraie : la lutte pour juguler, en 1989, un virus de type Ebola qui venait d’éclore en banlieue de Washington, après qu’un cen-tre de recher-che eut importé des maca-ques infectés.

On ne sort pas indemne de ce récit. On y découvre que l’espèce humaine, en guerre contre le virus, néglige la menace.

Les virus étaient sur terre avant l’être humain. Ils ne sont pas vraiment une « forme de vie ». Ils sont aux abords de la vie, entités biologiques porteuses de messages génétiques sans doute à l’origine de l’évolution et peut-être même de l’espèce humaine.

Entre eux et les humains, il n’y a jamais eu de cessez-le-feu. L’hygiène, les antiseptiques, les vaccins ont permis aux humains de remporter des victoires. Contre la rubéole, la rougeole, la polio… L’intelligence humaine peut vaincre Ebola. Si elle mobilise toutes ses ressources.

Ebola a été vu pour la première fois en 1976, au Congo (Afrique), près d’une rivière qui lui a donné son nom. Le virus loge dans les chauves-souris frugivores et infecte les humains qui consomment de la viande de primates (comme les chimpanzés) contaminés par ces chauves-souris.

Jusqu’ici, Ebola tuait ses hôtes tellement vite dans les petits villages isolés que les flambées pou-vaient être endiguées. L’humanité s’est donc désintéressée du virus, ou presque. Qui aurait pu, d’ailleurs, payer le prix élevé de la mise au point d’un vaccin contre une maladie qui touchait des pays pauvres ?

Aujourd’hui, tout a changé. En quelques mois, Ebola a tué plus de gens que toutes les précédentes éclosions de ce virus réunies. Les villes pauvres et surpeuplées de la Sierra Leone, de la Guinée et du Liberia lui offrent un vivier intarissable. Si l’humanité ne se mobilise pas massivement pour le renvoyer dans des grottes som-bres, il mutera peut-être. Et nous menacera encore plus.

La réponse mondiale a été lente et timide. Comme si l’humanité ne comprenait pas que la bataille de l’Afrique de l’Ouest est celle de toute une espèce. La nôtre.

L’heure n’est plus au lance-pierre. Il faut sortir les blindés.

Mark Zuckerberg, de Facebook, a lancé un signal important en donnant 25 millions de dollars au Center for Disease Control de Washington. La Fondation Bill et Melinda Gates a contribué à hauteur de 50 millions. D’autres entreprises ont emboîté le pas.

Le courage des soignants, africains comme étrangers, illumine la nuit et nous rappelle le lourd tribut que médecins, infirmières, ambulanciers ont payé dans l’histoire pour lutter contre les maladies infectieuses. Comme l’a dit au Wall Street Journal l’un des 165 médecins cubains envoyés en Guinée : « Ce n’est pas la Guinée qui a besoin de nous. C’est le monde. »

Contre Ebola, il faut mettre en jeu le facteur humain : l’ingéniosité, la générosité, la solidarité. Les États-Unis, le Japon, la Chine et d’autres pays ont répondu à l’appel. Washington avec, entre autres, 4 000 soldats et 750 millions de dollars accordés au département de la Défense pour lutter contre la propagation du virus. Le Canada a fourni à ce jour 65 millions. Alors que Moscou a envoyé seulement quelques virologues…

Trois vaccins, dont un canadien, sont en essais cliniques accélérés. L’un des découvreurs d’Ebola, le Belge Peter Piot, estime que l’épidémie ne sera endiguée que lorsqu’un vaccin sera disponible.

Cette crise n’aura pas été vaine si on finit par comprendre que ne pas faire de recherche, ou si peu, sur une maladie lointaine mais hyper-dangereuse nous met tous en danger.

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