Immigration : la différence québécoise

L’immigration est mieux perçue au Québec qu’ailleurs au Canada, selon de récents sondages sur la question.

Photo : Daphné Caron

Selon une opinion courante au Canada, les Québécois seraient moins bien disposés envers les immigrants que les autres Canadiens. Cette croyance est plus répandue que jamais depuis l’adoption par l’Assemblée nationale de la Loi sur la laïcité de l’État, en juin 2019. La Loi réaffirme les libertés de conscience et de religion, mais circonscrit leur manifestation dans la sphère publique. Le port d’un signe religieux est désormais interdit au Québec à certaines personnes dans l’exercice de fonctions d’autorité. Un sondage Léger de septembre dernier a révélé que cette loi a gagné l’appui d’une majorité de Québécois (64 %), mais seulement d’une minorité d’autres Canadiens (38 %). Comme beaucoup d’immigrants arborent des signes religieux, il est tentant d’y voir une preuve que les Québécois seraient plutôt fermés à l’immigration, tandis que les autres Canadiens y seraient plutôt ouverts.

Cette supposition est erronée. Elle est catégoriquement contredite par les récents sondages de la société torontoise Environics sur l’attitude des Canadiens à l’égard de l’immigration. Les questions posées ont porté sur cinq dimensions cruciales du phénomène : la démographie, le soutien financier, la sécurité publique, l’économie et la culture. Le tableau ci-contre compare les réponses des Québécois avec celles de la population des neuf autres provinces. On y constate que les Québécois sont moins nombreux que les autres Canadiens à penser qu’il y a trop d’immigrants au pays, qu’ils pèsent trop lourd dans le budget de l’aide sociale ou qu’ils font augmenter la criminalité. Sur le plan économique, 79 % des répondants au Québec conviennent d’un effet positif de l’immigration, soit le même pourcentage qu’ailleurs au Canada. Enfin, la moitié des Québécois comme des autres Canadiens sont d’avis que trop peu d’immigrants adoptent les valeurs d’ici.

Sources : Sondages Environics, avril et octobre 2019

Les données du tableau indiquent donc que le fort appui du Québec à la Loi sur la laïcité de l’État ne l’empêche pas d’afficher une opinion plus favorable à l’immigration que la moyenne des autres provinces dans trois dimensions sur les cinq étudiées, et une opinion semblable dans les deux autres dimensions. Environics souligne d’emblée ce résultat. Elle conclut sans détour que « l’opinion publique sur les immigrants est aussi positive, sinon plus positive, au Québec que dans les autres régions du Canada ».

Comme il n’y a que 2 000 répondants par sondage, on ne peut estimer les résultats pour chaque province ou chaque région métropolitaine en particulier sans faire exploser la marge d’erreur. Limitons-nous donc aux quatre plus grandes provinces et aux deux grandes métropoles. Il en ressort que la Colombie-Britannique, région de forte immigration récente, présente la même disposition favorable envers les immigrants que le Québec. L’Ontario vient ensuite, mais l’Alberta traîne loin derrière, au point qu’Environics appuie explicitement sur le fait que « c’est en Alberta que les perceptions négatives sur l’immigration sont les plus marquées au pays ». En ce qui concerne les métropoles, Montréal exprime une opinion nettement plus favorable à l’immigration que Toronto. Au Québec, l’attitude quant à l’immigration est moins positive en région qu’à Montréal, mais elle ressemble à celle de Toronto.

L’immigration est donc mieux perçue au Québec qu’ailleurs au Canada. Le nombre d’admissions annuelles doit augmenter, bien sûr, mais modérément, et bien plus pour des raisons sociales et humanitaires qu’économiques. Disons de 50 000 à 51 000, puis 52 000, et non pas de 50 000 à 55 000, puis 60 000, etc., comme on le recommande en certains milieux. Ce serait économiquement inefficace et politiquement téméraire. Économiquement inefficace, parce qu’il n’y a aucune preuve scientifique concluante que le volume global d’immigration a un effet quelconque sur le vieillissement de la population, la rareté de la main-d’œuvre ou la croissance du revenu par habitant. Mieux vaut travailler sur la composition de l’immigration que de s’employer à augmenter la cible générale à l’aveugle. Ce serait aussi politiquement téméraire, parce que cela risquerait d’amplifier la résistance sociale et de donner la main haute à des dirigeants populistes qui n’auront d’autre objectif que de fermer complètement le Québec à l’immigration. Il faut travailler sans relâche à apaiser les appréhensions de nos concitoyens au sujet de l’immigration, mais il faut en même temps être conscient qu’aller trop vite pourrait nous faire reculer au lieu d’avancer.

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Les sondages dans ce genre font ressortir les sentiments (impressions) des gens sondés. Ils ne démontrent en rien la réalité de la situation par rapport à chaque question. Ceci dit, je répondrai moi aussi par un sentiment (impression) qu’effectivement, les québécois sont raisonnablement accueillants dans la mesure où leur façon de vivre est bien comprise et acceptée par ceux qu’ils accueillent.

Voici ce qui est écrit par monsieur Fortin : « Comme beaucoup d’immigrants arborent des signes religieux, il est tentant d’y voir une preuve que les Québécois seraient plutôt fermés à l’immigration, tandis que les autres Canadiens y seraient plutôt ouverts. »

Notre vénérable professeur en économie commet l’erreur courante qui consiste à marier signes religieux avec immigration. Erreur qui consiste à cibler d’abord les populations musulmanes (surtout les femmes) dont l’immigration au Québec est un peu plus récente.

Encore qu’il y eut pendant des décennies des Magrébins, des Libanais de toutes confessions, des Iraniens et des Syriens, etc. dont personne ne parlait, preuve s’il en est de leur très bonne intégration.

C’est devenu « chez nous » la grande mode à l’instar des Français de pointer ces femmes porteuses de hijab, niqāb et autre burqa lesquelles sont quelquefois Québécoises « pure laine » converties qui ont choisi de porter ces pièces de vêtements comme des étendards visant à condamner — tous les mécréants que nous sommes -, aux flammes de l’enfer….

Si des juifs ont mis les pieds dans les colonies françaises du Canada dès les débuts du 17ième, tout comme des protestants soit dit en passant, malgré l’interdiction. On continue envers et contre tout de considérer les juifs comme potentiellement des immigrants peu importe que leurs ancêtres aient vécu ici depuis plusieurs générations. C’est bien connu, les juifs sont des étrangers partout, sauf en Israël et aux États-Unis.

C’est une sorte de survivance antisémite du régime royal français auquel au chapitre de « nos valeurs » on continue d’être très attaché malgré le « soi-disant » consensus de la population pour la laïcité, laquelle laïcité est indissociable de la République (une et indivisible) soit dit en passant.

Si l’on se réfère aux données de l’Environics Institute. Nous nous apercevons que l’institut établi une distinction entre l’immigration économique et les réfugiés. La perception peut varier entre ces deux catégories. De la même façon, les tranches d’âge ne réagissent pas de la même façon au sondage, au même titre que les personnes qui disposent d’un bon niveau éducationnel ou encore les allégeances politiques.

C’est sans surprise, comme le précise monsieur Fortin, la province de l’Alberta qui est la plus réfractaire à toutes formes d’immigration. Je n’ai pas fait le calcul, mais je conjecture que si l’on excluait l’Alberta, on s’apercevrait que le Québec est dans la moyenne canadienne, tout simplement. Lorsqu’il n’est dans les fondamentaux, aucune corrélation entre le port de signes distinctifs et l’immigration.

Peut-être conviendrait-il encore de préciser que ce qui préoccupe le plus les Canadiens, c’est : l’environnement (changements climatiques) 24%, quand les questions migratoires ne passionnent vraiment qu’un gros 2%.

Reste qu’il y a encore beaucoup de pédagogie à faire pratiquement un peu partout au Canada. Peut-être devrions-nous nous inspirer de la Nouvelle-Zélande qui fait usuellement un peu plus que bien pour améliorer toutes formes négatives de perception au sein de la population. Il en va de notre bienêtre et de notre équilibre psychologique insidieusement précarisé par toutes ces billevesées.

M. Drouginsky, je n’ai pas la même conception que vous en ce qui a trait à la signification du mot ¨intégration¨.
Quand vous écrivez ¨Encore qu’il y eut pendant des décennies des Magrébins, des Libanais de toutes confessions, des Iraniens et des Syriens, etc. dont personne ne parlait, preuve s’il en est de leur très bonne intégration. ¨ Ce n’est pas parce qu’on n’en parlait pas que c’est une preuve d’intégration. S’il est des preuves de non intégration, en voici quelques unes : Les grecs, les italiens, les juifs (hassidique surtout ou encore le maire de Westmont qui ne parle même pas un mot de français) ,qui sont ici depuis plusieurs générations et qui n’ont même pas l’envie, qui ne sentent même pas le besoin d’apprendre le français, surtout à Montréal (et encore plus parce qu’ils sont à Montréal, ville de plus en plus anglaise d’ailleurs) . Les grecs parlent grec et anglais; même chose pour les italiens pour l’anglais et l’italien . Et les hassidiques qui parlent l’anglais et le yiddish et qui ne s’abaisseront jamais à apprendre le français (sauf pour de très très rares exceptions) et encore moins envoyer leurs enfants dans des écoles françaises ni même anglaises. Si c’est ça l’intégration, aussi bien continuer et même encourager la ghettoïsation de tout immigrant qui fuit son pays pour une vie meilleure et les encourager à reproduire ce qui s’est passé dans leur pays d’origine. C’est quand il commence à tomber quelques gouttes qu’il faut sortir le parapluie, pas quand l’orage nous tombe dessus et qu’on est trempés jusqu’aux os.

Ce que je me demande, c’est si on peut faire un lien entre « fermeture à l’immigration » et « méconnaissance de l’immigration ». Ou autrement dit, y a t-il un lien entre le fait de s’opposer à l’immigration et le fait de vivre dans une ville, région, quartier… où il y a peu d’immigration?

Dans l’exemple de sondage cité dans cette chronique, cela fonctionnerait: plus d’opposants à l’immigration en Alberta, en régions (où il y a le moins d’immigrants).

Je ne sais pas si des études ont déjà été faites su ce lien, précisément, mais si oui, cela m’intéresserait d’en connaître les résultats.
Moi je suis en tous cas de ceux qui croient que ceux qui sont contre l’immigration, c’est parce qu’ils en ont peur, et qu’ils en ont peur parce qu’ils ne la connaisse pas: toute nouveauté, la méconnaissance…. font souvent peur…, c’est humain.

Je crois qu’il faut savoir faire la différence entre ¨ immigration ¨ et ¨ immigration massive ou forcée¨. La peur de l’étranger est réelle, comme vous dites, mais ça n’explique pas tout. Le Canada (y compris le Québec) reçoit (je n’ai pas les chiffres exacts) proportionnellement beaucoup plus d’immigrants que les USA et même la France. La crainte des Québécois vient plus du fait de l’incapacité d’intégrer convenablement les nouveaux arrivants quand le nombre est trop élevé. C’est la submersion qui fait peur et non pas l’arrivant comme tel.
Quand un peuple a peur de se reproduire, il a automatiquement peur de disparaître aussi, et c’est ce que représente une immigration massive incontrôlée.