Écosse : les porte-paroles du Oui et du Non s’affrontent

À quelques jours du référendum sur l’avenir de l’Écosse, le 18 septembre, les deux camps y vont d’une dernière poussée afin de convaincre les citoyens. Le chef du bureau politique de L’actualité, Alec Castonguay, cuisine les porte-paroles du Oui et du Non, Jonathan Mackie et Alistair Carmichael.

Jim Murphy In Dundee As Part Of His '100 Towns in 100 Days' Tour
Photo : Getty Images

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OUI

Entrevue avec Jonathan Mackie, porte-parole du camp du Oui

L’actualité : Quels sont les principaux arguments utilisés par la campagne « Yes Scotland » pour convaincre les Écossais de faire l’indépendance ?

Jonathan Mackie : L’Écosse est un pays riche. L’enjeu est de savoir comment utiliser cette richesse dans la société et qui prendra les décisions concernant la manière de redistribuer les ressources. Présentement, nous sommes gouvernés par des Britanniques, qui ont une vision plus conservatrice que nous.

Ce sont donc des arguments économiques et politiques, pas identitaires, qui motivent votre mouvement ?

Absolument. Le débat se résume ainsi : allons-nous continuer d’endurer un gouvernement qui nous impose ses décisions ou prendre nous-mêmes nos décisions ?

Votre livre blanc sur l’indépendance a été rendu public en novembre dernier. C’est une longue campagne. Est-ce à votre avantage ?

Étant donné que c’est la plus importante décision que le pays aura jamais à prendre et qu’elle engage les générations futures, je pense que la durée de la campagne est appropriée. Elle permet aux gens de ne pas se sentir bousculés. Ils ont le temps d’étudier les faits et les arguments de chacun des camps. On constate que la participation des citoyens au débat est forte. Le taux de participation au référendum va certainement dépasser 80 %, ce qui est bien, puisque le taux de participation aux élections ne dépasse généralement pas 60 %.

Vue d’ici, la campagne du Oui semble tenter d’être très positive. Est-ce un choix délibéré ?

Tout à fait ! La raison est simple : les gens sont plus motivés à travailler et à faire campagne en faveur d’une vision positive. On en ressent les effets dans la campagne de terrain massive que nous avons mise en place. Une Écosse plus riche et plus juste ouvre des possibilités énormes, et ça motive les gens.

À quoi attribuez-vous les sondages plus serrés des dernières semaines ?

À plusieurs choses, notamment le ton positif de notre campagne, mais également la mobilisation incroyable de nos bénévoles sur le terrain. Tous les jours et tous les soirs, des milliers de personnes frappent aux portes pour rencontrer des citoyens, distribuent des brochures, font des appels téléphoniques ou partagent des opinions sur les réseaux sociaux. Ils sont notre plus grande richesse.

Le camp du Non reste en avance. Est-ce que vous vous préparez à un possible échec ?

Un Non provoquerait une certaine incertitude politique, surtout si le gouvernement conservateur [de David Cameron] est réélu en 2015 et poursuit ses politiques d’austérité, qui s’atta-quent aux pauvres et augmentent les inégalités. Il est aussi possible qu’il y ait, en 2017, un référendum sur l’appartenance de la Grande-Bretagne à l’Union européenne. Si nous sommes encore dans ce pays et qu’il se retire de l’Europe, ce serait une catastrophe économique pour l’Écosse.

 

NON

Entrevue avec Alistair Carmichael, porte-parole du camp du Non

L’actualité : Quels sont les principaux arguments utilisés par la campagne « Better Together » pour convaincre les Écossais de rester dans la Grande-Bretagne ?

Alistair Carmichael : Nous avons le meilleur des deux mondes. Une économie forte, vaste, capable d’absorber les chocs, mais également un Parlement écossais fort, qui s’occupe de la santé et de l’éducation. Pourquoi changer ?

Les gens veulent de l’information pour se faire une idée, et nous travaillons fort pour leur en donner. Nous avons produit une série de recherches approfondies, basées sur des faits, qui montrent que c’est une meilleure affaire de rester dans la Grande-Bretagne. Le meilleur exemple touche les impôts et les pensions de retraite. L’Écosse a une population de 5 millions d’habitants, qui profite des ressources de 55 millions de personnes vivant en Grande-Bretagne. Il y a une grande incertitude sur les conséquences de l’indépendance, et les nationalistes ne font qu’utiliser une belle rhétorique, sans se baser sur des faits.

Il y a aussi une dimension identitaire. Nous pensons qu’il est possible d’être fier d’être écossais, tout en étant également fier d’être britannique et même européen. L’un n’est pas en contradiction avec l’autre. Ça s’ajoute, ça ne se soustrait pas.

Il semble que les arguments de part et d’autre soient surtout rationnels, de nature économique ou politique, mais pas très identitaires…

Il ne fait aucun doute que les arguments économiques sont un facteur clé du débat. Quitter la Grande-Bretagne est une décision énorme et irréversible, qui changerait la vie de tous les citoyens de l’Écosse. Il y a plusieurs enjeux, allant des régimes de retraite aux finances en passant par le coût des services publics. Les Écossais doivent faire un choix complexe, qui met en jeu les émotions, l’identité et les faits.

Le plus gros enjeu est la monnaie. Les trois partis politiques susceptibles de former le gouvernement de la Grande-Bretagne après le départ de l’Écosse se sont tous prononcés contre une union monétaire, ce qui signifie qu’une Écosse indépendante perdrait probablement la livre sterling comme monnaie.

Le livre blanc sur l’indépendance a été rendu public par le SNP [Scottish National Party] en novembre. C’est une longue campagne. Pensez-vous que ça aide un camp plus que l’autre ?

En réalité, la campagne a même été plus longue que ça, puisque le SNP a pris le pouvoir en 2011. Mais c’est bien ainsi. Les Écossais ont plus de temps pour comprendre les enjeux et se faire une opinion sur l’avenir de leur pays. Je pense que la longueur pourrait avoir joué contre la campagne du Oui, puisque nous avons les arguments les plus solides.

Pourquoi les sondages montrent-ils un resserrement de la course ?

Les sondages montrent une avance du camp du Non depuis le début, certains avec 10 ou 15 points d’avance. Il peut y avoir des variations, mais il n’y a aucun élan en faveur du camp du Oui. Il ne faut rien tenir pour acquis et on doit aller chercher tous les votes possibles.

Est-ce que vous planifiez également les suites d’une possible victoire de votre camp ? Si le Non l’emporte, est-ce que ce sera le statu quo ou y aurait-il des changements politiques ?

Si vous parlez du fait de déléguer plus de pouvoirs au Parlement écossais, tous les partis pro-Grande-Bretagne se sont déjà engagés en ce sens en cas de victoire du Non. Mon plus grand espoir est que l’Écosse revienne rapidement aux affaires courantes après le référendum. Celui-ci a été une grande distraction, au détriment du développement économique de l’Écosse.

Si la campagne du Non l’emporte, est-ce que ce sera la fin du projet indépendantiste en Écosse ?

Une victoire de notre camp ne ferait pas disparaître l’idée de l’indépendance écossaise, qui est dans l’air depuis des décennies. La différence est que la population aura envoyé un message clair sur l’avenir de son pays. Les paramètres du référendum ont été négociés, et nous allons respecter le verdict. Les nationalistes devraient en faire autant. J’ai l’impression qu’il n’y aura pas un grand appétit pour un autre référendum.

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Par la lecture de ces arguments, je constate que le camp du « non » joue (il fallait s’en douter) en grande partie sur la peur. Peur d’un avenir incertain, peur pour les retraités qui ne veulent évidemment pas perdre les bénéfices de leurs pensions et peur aussi pour la monnaie…

La perte éventuelle de la monnaie quoique non avérée du « Pound sterling » aura pour conséquence de permettre aux Écossais de s’arrimer de façon immédiate à l’Euro (dans un premier temps sur une base intérimaire pour ce qui est de la monnaie courante), pour les transactions financières, la donne est inchangée puisque tous les échanges financiers sont libellés en Euro (puis reconvertis au besoin dans les monnaies nationales) ; cette intégration du Royaume-Uni à L’Euro à laquelle résiste la « City » depuis des années malgré les tentatives de quelques Premiers ministres parmi lesquels Tony Blair.

La réalité est que les politiques intransigeantes de David Cameron (un nom d’origine écossaise d’ailleurs) ne font pas l’affaire de tous les aimables sujets de sa Majesté. Lorsque cela ne cesse de forcer le clivage déjà très prononcé entre les super-riches résidents du royaume et les classes populaires qui sont chaque jour confrontées aux affres de la vie chère comme pareillement tomber dans un puits sans fond.

L’Écosse eut qui plus est ses heures de gloire, alors cette belle ville de Glasgow avec son architecture cossue et avenante, centre économique important de l’Empire, a perdu sa magnificence et sa magnitude d’antan, tandis qu’on concentrât toute l’activité économique génératrice de « cash-flow » vers la capitale londonienne.

Je pense que l’Écosse mérite depuis longtemps un bien meilleur sort, lorsque les valeurs naturelles qui sont le propre de cette région, les modèles de société, les origines et aussi les liens économiques de l’Écosse rapprochent plus cette population de : la Norvège, du Danemark ou de la Suède d’une part, puis de l’Irlande d’autre part.

C’est cette capacité d’entreprendre, de créer, d’imaginer des Écossais qui est au centre du débat, face au centralisme économique et étatique de Londres qui de toute évidence a perdu la vue — principalement sous la houlette de la gouvernance actuelle — laquelle préfère jouer de l’intransigeance, s’adonner à temps perdu au « russian bashing » plutôt qu’élaborer une forme de partage équitable du « bien commun » toutes choses qui normalement siéent à la gente progressiste, pour en toutes extrémités faire l’affaire de tout le monde.

@Drouginsky
Tiens donc Monsieur est contre la souveraineté du Québec mais pour celle de l’Écosse.
Toujours renversant de voir les immigrants au Québec en faveur de l’indépendance des autres, de l’Écosse à la Palestine, mais jamais en faveur de leur pays d’adoption.

@ Jack2,

— En réponse à vos mots :

N’étant pas de nationalité britannique et ne résidant pas en Écosse, je n’ai nullement pris position en faveur ou en défaveur de l’indépendance de l’Écosse. J’ai simplement pris le parti de commenter les propos de messieurs Jonathan Mackie et Alistair Carmichael ici rapportés par Alec Castonguay.

Rien de plus. J’estime quant-à-moi que ce sont aux écossais de faire leur choix et pas à moi de m’immiscer dans leur propre débat. D’autre part, je connais assez bien l’Écosse, j’aime beaucoup les écossais et c’est ma liberté d’exprimer ma pensée en rapport avec ce sujet.

Mon pays d’adoption depuis 21 ans, c’est le Canada et ma province de prédilection, c’est le Québec. On ne peut pas administrativement choisir le Québec, si on ne choisit pas le Canada. C’est la loi.

En 1995, je n’avais pas encore le droit de vote et je me demande bien comment vous pouvez présager de ce pourquoi j’aurais voté, puisque je n’y étais pas convié.

Depuis 1995 à ma connaissance, il n’y a pas eu de référendum organisé au Québec sur le thème de l’indépendance, en tout cas pas que je sache. Si je suis dans l’erreur, rafraichissez-moi la mémoire, s’il vous plait.

Si j’ai voté cette année pour le PLQ, ce n’est pas parce que c’est un parti fédéraliste, c’est parce que j’estime que c’était le seul bon choix pour la province actuellement. En ce sens, j’ai corrigé mon choix effectué en 1012 pour madame Marois qui s’était selon moi avéré être une erreur. Voilà tout. Contrairement à vous, je ne me détermine jamais par rapport à une option fédéraliste versus souverainiste. Je me détermine par rapport à la personnalité de tout un chacun.

Peut-être pourriez-vous nous expliquer cet amalgame que vous faites entre l’Écosse et la Palestine ? À ma connaissance, l’Écosse n’est pas la Palestine du Royaume-Uni. En revanche la Palestine a été soumise à l’autorité britannique pratiquement de 1918 à 1948.

Ceci dit, pour vous dire les choses très clairement… Je ne vous permets pas de m’attribuer des pensées, des options, des intentions et des choix sur lesquels je ne me serais pas prononcé personnellement. En outre, j’ai les mêmes droits que vous en tant que québécois et je n’accepte pas vos préjugés contre les immigrants.

Je dois dire hélas que vos critiques répétées et appuyées contre les nouveaux arrivants en général et contre moi en particulier, ont pour effet désormais de me faire prendre les pseudos-souverainistes-racistes de votre espèce tout particulièrement en état plein et entier de totale indisposition.

Et si l’indépendance du Québec devait un jour se faire, je ne conçois pas que nous l’établissions pour seulement plaire à vous ou tout spécifiquement à des gentes comme vous. Pas d’indépendance du Québec sans partage et sans intégration !

Il est curieux de lire dans votre propos que les liens économiques de l’Écosse les rapprochent plus de la Norvège, du Danemark et de la Suède. Vous ignorez volontairement les liens économiques entre l’Écosse et l’Angleterre… Ne vous en déplaise, ces liens économiques sont beaucoup plus forts entre l’Écosse et l’Angleterre, de par sa géographie, son histoire et, ironiquement, par le politique.

L’enjeu du référendum écossais n’est pas seulement économique. Comme toutes les nations qui aspirent à devenir indépendantes, l’enjeu est essentiellement politique et culturel.

je constate que pendant des centaines d’années les ecossais se sont battus pour leur indépendance ont perdus femmes,enfants,foyers,maris,clans
et là ils ont juste à voter oui et ils sont à 2 doigts de refuser!! quelle honte et mépris envers leurs ancetres

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