Éducation : les conseils du prof Roberge

L’école obligatoire de 4 à 18 ans, un ordre des enseignants: les solutions du député de la CAQ Jean-François Roberge n’ont pas d’échos dans les pays champions de l’éducation.

(Photo: Olivier Morin/AFP/Getty Images)
(Photo: Olivier Morin/AFP/Getty Images)

Les maisons de sondages vous le diront : au Québec, l’éducation n’intéresse que les gens qui ont des enfants à l’école ou les jeunes adultes qui sont eux-mêmes à l’école. Dur à entendre. Mais vrai.

Pour les autres, hausser le niveau d’éducation des Québécois est un beau projet pour lequel on ne veut guère sacrifier d’autres besoins jugés plus pressants (soins de santé, qualité de vie, vacances). «Maintenir les services» suffit pour l’instant à la majorité vieillissante des Québécois. Les politiciens, qui se gavent de sondages, le savent fort bien.

Le député de Chambly, Jean-François Roberge, de la Coalition Avenir Québec (CAQ), le concède bien philosophiquement, lui qui lançait en avril Et si on réinventait l’école ? Chroniques d’un prof idéaliste, aux éditions Québec Amérique.

«L’éducation, ce n’est pas ce qui passionne le plus les Québécois, dit-il. Mais si on en faisait vraiment un facteur de croissance économique, on pourrait peut-être injecter plus de passion.»

Enseignant au primaire avant de devenir député, Roberge écrit dans le style fluide du bon prof vulgarisateur qu’il a dû être. L’école qu’il raconte semble vraie, avec son cortège de jaloux qui bloquent les initiatives des plus enthousiastes au nom de la convention collective et où la bonne volonté est étouffée par la bureaucratie.


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Roberge rêve d’une école où les jeunes pratiqueraient plus d’activités parascolaires, où aucun enfant ne serait privé des services professionnels dont il a besoin, où un plus grand nombre d’entre eux auraient l’occasion d’étudier dans des cégeps en région, un peu comme les étudiants européens profitent du programme Erasmus pour étudier dans d’autres pays que le leur au sein de l’Union européenne.

Pour le reste, les solutions que Roberge propose — un ordre des enseignants, la maternelle à quatre ans obligatoire pour tous, l’école obligatoire jusqu’à 18 ans — ne sont pas celles choisies par les pays salués comme des champions de l’éducation par les organisations internationales.

Le livre de Jean-François Roberge Et si on changeait l'école?, paru aux éditions Québec Amérique.
Et si on réinventait l’école?, par Jean-François Roberge, Québec Amérique, 152 p.

Prenons la Finlande, dont 94 % des enfants obtiennent leur diplôme d’études secondaires (alors que le pays était à peine au niveau du Pérou dans les années 1960 !). Les bambins finlandais ne vont pas à l’école avant sept ans. Le pays privilégie plutôt un réseau de garderies publiques auxquelles tous ont accès et où on découvre la nature, on apprend à être et à apprendre.

Les Finlandais veulent donner une formation à tous pour limiter les inégalités et assurer la prospérité de leur pays. Ils ont fait de l’école un endroit où les enfants veulent aller, parce que tous leurs talents y seront mis en valeur, et pas seulement du côté scolaire.

En Finlande, les heures de cours sont séparées en trois blocs égaux consacrés aux arts, à l’activité physique et aux matières théoriques. Les enfants d’immigrants qui ne parlent pas le finnois — une langue fort difficile de surcroît — sont intégrés aux classes normales de leur groupe d’âge (ils font des heures de finnois en plus). Chaque classe est supervisée par plus d’un adulte — au moins un prof et un assistant, parfois davantage selon les besoins des élèves. Devenir enseignant est réservé à la crème des diplômés et le métier est tellement valorisé dans le pays qu’à peine un candidat sur 10 est accepté à l’université. Pas d’ordre des enseignants chez nos amis finlandais ni de commissions scolaires. La formation continue des profs est la responsabilité… de la municipalité !

Jean-François Roberge convient que le programme finlandais «n’est pas mauvais», mais il est trop éloigné de la culture québécoise nord-américaine pour qu’on puisse s’en inspirer, dit-il. «Les Finlandais valorisent l’éducation plus que nous. Il faut l’admettre. Mais ne pas évaluer les élèves avec des notes avant qu’ils aient 16 ans, c’est diamétralement opposé à notre façon de faire.»

Le député Roberge a raison de dire que ce qu’on refuse d’investir aujourd’hui dans les enfants qui ont besoin de services professionnels coûtera très cher plus tard en problèmes sociaux (chômage, aide sociale, violence). Les Finlandais estiment que chaque élève qu’ils ne diplôment pas va coûter plus d’un million et demi à l’État pendant sa vie ! La baisse récente du taux de diplomation, qui est passé de 94 % à 92 %, est même devenue une crise nationale, racontait à la mi-avril le Globe and Mail.

Roberge fait le pari qu’avec la Coalition Avenir Québec il pourra relancer l’intérêt pour l’éducation. On le lui souhaite. Mais pour l’instant, il ne semble pas exister de consensus social assez fort pour dépasser les bons sentiments. Ni de projet assez mobilisateur pour fédérer les gens que l’éducation laisse indifférents. Et ce n’est pas l’école obligatoire jusqu’à 18 ans que propose le député Roberge qui va changer ça. Mais saluons sa détermination à relancer la discussion.

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2 commentaires
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Ce n’ est pas en obligeant les ados d’ aller à l’ école jusqu’ à leur 18 ans qu’ on va améliorer l’ éducation ! Ce n’ est pas à commencer l’ enseignement à 4 ans qu’ on va améliorer l’ éducation !! Surprenant non ! C’ est tout simplement en redonnant l’ enseignement aux enseignants!! En réduisant le nombre de professionnels au ministère de l’ éducation ça aiderait grandement : car depuis les années soixante on a augmenté graduellement le nombres de penseurs systématique à ce ministère et on a dilué l’ enseignement graduellement !

L’ autre chose, c’ est qu’ on a enrégimenté nos enseignants dans le syndicat de sorte que l’ on a enlevé leur âme ! Aujourd’ hui enseigner n’ est plus une vocation ou une profession; ils sont devenus des travailleurs syndiqués de l’ enseignement ! De sorte que lorsqu ‘il arrive une nouvelle convention collective nos travailleurs de l’ enseignement se solidarisent et ne voient que des avantages sociaux pour leur travail et oublient facilement leur PROFESSION ! Donc un des maux le plus perspicace dans ce monde humain est la dépersonnalisation de l’ enseignant au détriment de sa formation profesionnelle ! So So Solidarité amène une réflexion périmée!

Sans doute que les gagnants de ce modèle québecois est sans contredit la cotisation syndicale de la fonction publique et l’ étourdissement des syndiqués !