Élections 2015 : l’enjeu climatique est de taille

Depuis leur arrivée au pouvoir, en 2006, les conservateurs ont fait du surplace en matière de climat. Le monde, lui, a changé.

À Vancouver, fournir de l'eau à un jeune arbre demande de l'ingéniosité. (Photo : Harrison Ha/Xinhua/La Presse Canadienne)
À Vancouver, fournir de l’eau à un jeune arbre demande de l’ingéniosité. (Photo : Harrison Ha/Xinhua/La Presse Canadienne)

La pluvieuse Vancouver rationne l’eau cet été. L’arrosage des pelouses n’est permis que trois jours par semaine, tôt le matin.

Le mois de mai a été le plus sec depuis 1937 et des climatologues canadiens prédisent que les sécheresses deviendront monnaie courante sur la côte Ouest, faute d’un couvert neigeux suffi­sant dans les montagnes voisines.

C’est tout de même moins grave qu’en Californie, direz-vous — les amendes pour les contrevenants qui arrosent leur gazon peuvent atteindre 10 000 dollars. Mais Vancouver l’écolo passe un sale été. Et il n’y a pas qu’elle.

Partout au pays, on parlera beaucoup de climat pendant les barbecues de l’été. Libéraux et néo-démocrates multiplient en effet les promesses d’en finir avec le piètre bilan des conservateurs en matière de lutte contre les changements climatiques. Les libéraux ont d’ailleurs annoncé leur programme environnemental à Vancouver, à la fin juin.

Car l’enjeu climatique est de taille.

L’élection fédérale du 19 octo­bre surviendra quelques semaines à peine avant la grande conférence internationale de Paris sur les changements climatiques (du 30 novembre au 11 décembre), où les dirigeants de la planète tenteront de parapher un accord. Objectifs : abaisser les émissions de gaz à effet de serre (GES) afin de limiter le réchauffement mondial à 2 °C, et mieux préparer les sociétés aux dérèglements climatiques à venir. Entrée en vigueur souhaitée des mesures : 2020.

LE TEMPS PRESSE

Le principal groupe de scientifiques à se pencher sur l’évolution du climat, le GIEC, estime que les émissions mondiales de GES doivent être réduites de 25 % à 40 % d’ici 2020 si l’humanité veut éviter les pires conséquences liées au réchauffement.

Le Canada sera-t-il représenté à Paris par Stephen Harper, grand défenseur des sables bitumineux, ou par un premier ministre soucieux de développement durable, plus sobre en carbone, mais de nature à protéger l’économie canadienne ?

Depuis leur arrivée au pouvoir, en 2006, les conservateurs ont fait du surplace en matière de climat. Le monde, lui, a changé. Des concepts de justice climatique et d’écocrimes ont notamment émergé.

Le 24 juin 2015, une cour de La Haye a ordonné aux Pays-Bas de réduire leurs émissions de GES de 25 % d’ici 2020. C’est la première fois qu’un tribunal enjoint à un État d’agir pour lutter contre le réchauffement climatique. L’expert français en droit de l’environnement Laurent Neyret a déclaré au journal Le Monde qu’un cap avait été franchi dans la « construction d’une justice climatique ».

Le gouvernement des Pays-Bas peut encore faire appel de ce jugement, mais les 900 Néer­landais qui ont dépensé plus de 275 000 dollars dans cette poursuite ont tout de même remporté une étonnante victoire. Des démar­ches semblables sont en cours en Belgique, d’autres sont en préparation en Norvège. Et des juristes environnementaux prédisent que de telles poursuites seront prochainement intentées contre des entreprises privées.

Le Canada sera incapable d’atteindre sa cible de réduction de 17 % d’ici 2020. Cet objectif, fixé en mai 2015, est pourtant le moins ambitieux parmi ceux de tous les pays du G20. Avant que les producteurs de pétrole issu des sables bitumineux se heur­tent à une action en justice, on peut souhaiter qu’Ottawa sache prendre, cet automne, de solides engagements envers la communauté internationale.

Après tout, si même le pape François publie une encyclique — « Laudato si’ » (loué sois-tu) — à la défense de la terre, « notre maison commune », et favorable à un accord conséquent sur le climat, on peut bien espérer que les plus religieux des conservateurs canadiens suivront ses directives.

Allez, bon été politico-météo !

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