Elle bâtit des ponts

Oubliez les écoles de style boîtes à chaussures tristounettes et sans âme ! Celles que dessine Marie-Odile Marceau ont de la gueule et du caractère.

Photo : Nick Westover
Photo : Nick Westover

Établie à Vancouver depuis 25 ans, cette architecte originaire de Québec crée des bâtiments lumineux, novateurs et écologiques, qui épousent joliment le paysage. Elle en a une trentaine à son actif, des écoles pour les autochtones et pour les francophones de la Colombie-Britannique, notamment. Silhouette sportive et chevelure indisciplinée, cette jeune quinquagénaire insuffle son énergie dans toutes ses entreprises. Pas étonnant qu’on la surnomme la « dynamo québécoise » !

L’architecture de Marie-Odile Marceau n’est pas seulement durable – économe en ressources (eau, matériaux, carburants) et faible émettrice de CO2 -, elle est aussi participative. « Je cherche toujours à inclure les gens de la collectivité dans mes réalisations, dit-elle. J’organise des remue-méninges avec professeurs, parents et élèves. Au début, ils hésitent, puis ils se prennent au jeu, s’engueulent et font des propositions vraiment intéressantes. » Comme à l’école francophone Victor-Brodeur, construite en 2007 à Victoria : les 500 élèves ont exécuté leur autoportrait sur un vitrail de 12 m de hauteur, qui surplombe l’entrée principale. Et dans les réserves autochtones, les travaux de l’architecte intègrent toujours de la formation et des emplois – menuiserie, plomberie, installation paysagiste, maintenance des bâtiments, etc. – aux résidants.

C’est par hasard que Marie-Odile a atterri à Vancouver, en 1985. Fraîchement diplômée en architecture de l’Université Laval, elle s’envole en 1981 pour un stage de cinq mois à Kuujjuaq, dans le Grand Nord québécois. « J’étais la seule fille et je devais surveiller un chantier de construction d’habitations pour les Inuits. Toute une expérience ! » Ainsi aguerrie, elle est ensuite recrutée comme architecte par le ministère des Travaux publics des Territoires du Nord-Ouest, puis par le ministère des Affaires indiennes et du Nord (fédéral), à Vancouver. Pendant huit ans, cette rebelle se bat – avec succès – pour que l’État alloue des sommes plus importantes à la construction d’écoles autochtones.

En 1993, elle ouvre son propre bureau et poursuit sa collaboration avec les différentes communautés autochtones de la province, qui apprécient son écoute et le respect dont elle fait preuve pour leur culture comme pour l’environnement. Et si la récession a frappé durement la Colombie-Britannique durant la dernière année, Marie-Odile Marceau n’en a rien vu. « Les affaires ne dérougissent pas ! » Elle n’exclut pas de rentrer un jour au Québec, mais pas avant sa retraite, qui n’est pas pour demain ! Elle est toujours aussi éprise de Vancouver. « C’est une ville qui n’a pas de barrières et où tout est possible. Je n’aurais jamais pu avoir plus belle carrière ailleurs. »