Elle rame à contre-Coran

Le 2 mars, à Toronto, un juge a accepté d’être saisi de l’affaire d’une femme qui refuse de témoigner devant un tribunal sans son niqab, voile cachant tout le visage sauf les yeux. C’est le genre d’accommodement que dénonce Djemila Benhabib, 35 ans, auteure de Ma vie à contre-Coran, qui paraît chez VLB ces jours-ci.

Pourquoi êtes-vous contre les accommodements ?
J’ai vécu la montée de l’islamisme en Algérie, j’ai vu comment les fous d’Allah s’y prennent pour imposer leurs croyances, qui interdisent toute évolution. Et c’est toujours par les femmes qu’ils commencent, parce qu’à leurs yeux elles valent moins que rien. En Algérie, ils les tuaient simplement parce qu’elles étaient femmes. Ici, ils utilisent le principe de la liberté comme prétexte pour faire accepter le voile dans les institutions et établissements publics (tribunaux, écoles, etc.) et les garder… soumises. Quelle hypocrisie ! Or, l’État et ses institutions sont laïques et doivent le rester ! J’ai été choquée par la commission Bouchard-Taylor : les commissaires ont occulté la présence de plus en plus grande du religieux dans la société civile, qu’elle vienne des hassidim, des islamistes ou des catholiques.

Pensez-vous vraiment que l’islamisme peut menacer le Canada ?
— Je ne crois pas que le Canada et le Québec puissent devenir islamistes, non. Mais que l’État et la société civile acceptent des exigences supposément culturelles, alors qu’en fait elles sont religieuses, est inacceptable ! Ce n’est pas le rôle de l’État de servir les citoyens à la carte. Accorder des privilèges ne peut que semer la zizanie, entretenir la discrimination.

Et chaque gain des intégristes dans le domaine public leur sert à démontrer aux esprits influençables que « le croyant », qui ira jusqu’à tuer au nom de Dieu, est l’unique modèle à suivre.

Votre livre est un véritable pamphlet anti-islamiste…
— Je dénonce les intégristes qui, partout dans le monde, tentent de soumettre les sociétés à leurs croyances du 7e siècle et prennent le pouvoir là où l’État s’est essoufflé. C’est un mouvement politique qui a un grand pouvoir de séduction. Il faut instaurer, ici comme ailleurs, un climat social et politique qui bloquera toutes leurs tentatives d’effriter nos valeurs de liberté et de démocratie. J’ai subi les intégristes en Algérie. Ils font peur. Mais ma peur me porte à dire ce que je pense.