Elon Musk, l’homme qui veut changer le monde

À la tête de trois grandes entreprises qui révolutionnent le monde, l’entrepreneur de génie multimilliardaire Elon Musk n’a qu’un but, nous apprend une biographie qui sort ces jours-ci: sauver l’humanité.

Photo: Nancy Pastor/Polaris
Photo: Nancy Pastor/Polaris

Toute enquête sur Elon Musk commence nécessai­rement au siège de SpaceX à Hawthorne, en Californie, dans la banlieue de Los Angeles, non loin de l’aéroport international. Deux images géantes de Mars y sont affichées avant son étroit bureau. Celle de gauche montre la planète telle qu’elle est aujourd’hui — une sphère rouge, froide et stérile. Celle de droite représente Mars couvert d’un énorme tapis végétal entouré d’océans. La planète a été réchauffée et transformée pour accueillir des humains. Musk compte bien en arriver là. Transformer les humains en colons de l’espace, tel est explicitement le but de sa vie. «J’aimerais mourir en me disant que l’humanité a un bel avenir devant elle», assure-t-il. «Si nous pouvions découvrir une énergie durable et commencer à nous transformer en une espèce multiplanétaire avec une civilisation autonome sur une autre planète — pour échapper au scénario du pire et à l’extinction de la conscience humaine — alors…» — là, une petite pause — «je trouve que ce serait vraiment bien.»

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© Elon Musk: L’homme qui va changer le monde, par Ashlee Vance, traduit de l’anglais par Michelle Séac’h, éd. Édito, 2016.

Avec SpaceX, Musk affronte les géants du complexe militaro-industriel américain, en particu­lier Lockheed Martin et Boeing. Des pays, aussi, au premier rang desquels la Russie et la Chine. SpaceX s’est fait un nom comme fournisseur low-cost dans son industrie. Ce qui, en soi, n’est pas une garantie de succès. L’industrie spatiale baigne dans un mélange de manœuvres politiques, de flagornerie et de protectionnisme qui défie les règles du capitalisme. Steve Jobs s’est heurté à des forces similaires quand il a lancé l’iPod et iTunes face à l’industrie du disque. Les luddites grognons de l’industrie musicale étaient du menu fretin par rapport aux adver­saires de Musk, qui gagnent leur vie en fabriquant des armes et des pays.

SpaceX teste des fusées réutilisables, capables d’emporter des charges dans l’espace puis de revenir avec précision à leur aire de lancement au sol. Si l’entre­prise parvient à parfaire sa technologie, elle portera un coup terrible à tous ses concurrents; presque certainement, elle aura la peau de certains grands noms de l’industrie des fusées et fera des États-Unis le leader mondial du transport de marchandises et de passagers dans l’espace. Musk pense que cette menace lui vaut une foule d’enne­mis féroces. «La liste des gens qui aimeraient me voir mort s’allonge», dit-il. «Ma famille craint que je ne sois assassiné par les Russes.»

Avec Tesla Motors, Musk tente de revoir la manière de construire et de vendre des automobiles tout en créant un réseau mondial de distribution d’énergie. Plutôt que des hybrides, qu’il considère comme des compromis sous-optimaux, Tesla cherche à construire des automobiles tout électriques qui donnent envie et qui repoussent les limites de la technologie. Tesla vend ses voitures non pas chez des concessionnaires mais sur le Web et dans des galeries façon Apple au sein de centres commerciaux haut de gamme. Tesla ne prévoit pas non plus de gagner beaucoup d’argent avec l’entretien de ses véhicules, qui n’ont pas besoin des vidanges et autres révisions des automobiles traditionnelles.

 

Son modèle de vente directe est un affront majeur pour les garagistes habitués à marchander avec les acheteurs et à gagner leur vie grâce à des frais d’entretien exorbitants. Ses stations de recharge sont pré­sentes aujourd’hui sur beaucoup de grandes autoroutes aux États-Unis, en Europe et en Asie. Les automobiles peuvent y récupérer en une vingtaine de minutes l’énergie nécessaire pour parcou­rir des centaines de kilomètres. Ces stations dites «Superchargeurs» sont alimentées par l’énergie solaire et les clients de Tesla s’y approvisionnent en électricité sans bourse délier.

Alors qu’une grande partie des infrastructures américaines se dégradent, Musk construit tout un système de transport futuriste grâce auquel les États-Unis devraient prendre de l’avance sur le reste du monde. La vision de Musk, désormais en cours d’exécution, semble réunir le meilleur de Henry Ford et de John D. Rockefeller.

Avec Spacex et son vaisseau Dragon V2, Musk compte transformer les humains  en colons de l'espace. (Photo: K. Djansezian/Getty Images)
Avec Spacex et son vaisseau Dragon V2, Musk compte transformer les humains en colons de l’espace. (Photo: K. Djansezian/Getty Images)

 

Avec SolarCity, Musk a contribué à créer le plus important installateur et financeur de panneaux solaires pour les entreprises et le grand public. Il a participé à la naissance de l’idée et préside la société, gérée par ses cousins Lyndon et Peter Rive. SolarCity a réussi à court-circuiter des dizaines de compagnies d’électricité et à devenir lui-même fournisseur.

À une époque où les entreprises vertes faisaient faillite à un rythme alarmant, Musk a construit deux des entreprises vertes les plus prospères du monde. Son empire, avec ses usines, ses dizaines de milliers de salariés et sa puissance industrielle, bouscule les acteurs installés et a fait de lui l’un des hommes les plus riches du monde, à la tête d’un patrimoine net d’environ 10 milliards de dollars.

Le comportement de Musk correspond bien plus à celui des gens que les neuropsychologues disent «profondément doués». Il s’agit de personnes qui manifestent dans leur enfance une profondeur intellectuelle exceptionnelle et obtiennent des notes maximales aux tests de QI. Quand ces enfants observent le monde, il n’est pas rare qu’ils y trouvent des failles — des trous dans le système — et qu’ils construisent dans leur esprit des cheminements logiques pour y remédier. La vocation de Musk, faire de l’humanité une espèce multiplanétaire, résulte de la grande influence de la science-fiction et de la technologie sur son existence. C’est aussi un impératif moral qui remonte à son enfance. D’une certaine manière, cela a toujours été sa mission.

Dans le secteur des technologies, on compare volontiers la motivation et les ambitions de Musk à celles de Bill Gates et Steve Jobs. «Comme ces deux-là, Elon comprend la technologie en profondeur, il a une attitude de visionnaire convaincu que rien n’est impossible et il est déterminé à viser le long terme», constate Edward Jung, enfant prodige qui a travaillé pour Jobs et Gates avant de devenir le patron des architectures logicielles chez Microsoft. «Et il a la sensibilité au consommateur de Steve ainsi que cette capacité à embaucher de bons éléments hors de sa propre zone de confort qui fait davantage penser à Bill. On imaginerait presque une manipulation génétique qui aurait permis à Bill et Steve de faire un enfant ensemble et, qui sait, peut-être devrait-on décoder le génotype d’Elon pour voir si ça ne s’est pas produit.» Steve Jurvetson, capital-risqueur qui a investi chez SpaceX, Tesla et SolarCity, a travaillé pour Jobs et connaît bien Gates; lui aussi décrit Musk comme un mélange amélioré des deux. «Comme Jobs, Elon ne tolère pas les acteurs de seconde catégorie», souligne-t-il. «Mais je dirais qu’il est plus gentil que Jobs et un peu plus raffiné que Bill Gates.»

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4 commentaires
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Merci pour cet article.

Dommage que le clonage humain n’est pas autorisé. L’humanité aurait bien besoin de personnes de la trempe d’Elon Musk, un visionnaire, un génie, mais ils sont rarissimes !

Longue Vie M. Musk

Brillant, chanceux, créatifs, entreprenant, les recettes du succès. Il parait pourtant que certains investissent sur l’échec de Tesla, mais d’autres doivent investir autant sur son succès.