Elon Musk : l’influenceur absolu

Le milliardaire dit qu’il achète Twitter pour veiller à l’avenir de la civilisation. Olivier Niquet a des doutes.

Paul Ducharme / montage : L’actualité

Olivier Niquet a étudié en urbanisme avant de devenir animateur à la radio de Radio-Canada en 2009 dans les émissions Le Sportnographe et La soirée est (encore) jeune. Il est aussi chroniqueur, auteur, conférencier, scénariste et toutes sortes d’autres choses. Il s’intéresse particulièrement aux médias mais se définit comme un expert en polyvalence.

Si vous êtes parvenus à suivre l’actualité à travers les hommages à Guy Lafleur, vous aurez peut-être vu qu’Elon Musk, l’homme derrière Tesla, les tout-inclus de l’espace et une entreprise de lance-flammes grand public, vient de mettre la main sur Twitter pour la coquette somme de 44 milliards de dollars américains. Ça coûte cher, vouloir devenir l’influenceur suprême. Un peu comme le président de Remington le disait dans sa publicité pour des rasoirs électriques : il a tellement aimé le produit qu’il a acheté la compagnie.

Elon Musk se présente en absolutiste de la liberté d’expression, un principe auquel j’adhère. Enfin, je crois. Je n’ai jamais trop su circonscrire mes limites à la liberté d’expression. Je pense assurément qu’on devrait avoir le droit de choquer (parfois, j’aime choquer). Par contre, j’ai tendance à considérer que la liberté trouve ses limites dans la désinformation. On devrait pouvoir tout dire, dans la mesure où on ne propage pas de mensonges. Mais encore là, il n’est pas simple d’établir ce qui constitue un mensonge ou pas. Ou de deviner si le mensonge est plutôt une erreur de bonne foi. En plus, certaines fausses informations aujourd’hui seront peut-être des vérités demain. Bref, c’est un sujet très complexe et c’est difficile de se prononcer catégoriquement. Je suis moins avancé dans ma réflexion à ce sujet qu’au début de ce paragraphe.

Dans tous les cas, je m’inquiète qu’on laisse à des entreprises privées le soin de décider ce qui peut être publié ou pas, censuré ou pas. Même si je n’ai aucune sympathie pour Donald Trump, j’ai de la misère à accepter qu’il ait été évincé de Twitter alors que le porte-parole des talibans continue de s’y faire aller l’obscurantisme. Il y a sans doute de nombreuses autres petites et grandes contradictions du genre sur les réseaux sociaux, et c’est sans compter les erreurs dans les suspensions de comptes qui n’ont rien fait de mal. On suppose la bonne foi de ces entreprises, mais leur but principal reste la croissance.

Il y a peut-être un parallèle à faire avec la philanthropie. Difficile de reprocher aux entreprises et aux plus fortunés de donner à des organismes qui leur tiennent à cœur. Mais on cède ici le choix de société de favoriser une cause plutôt qu’une autre à des donateurs intéressés, au lieu de laisser ceux que nous avons élus démocratiquement décider d’une distribution juste des ressources là où on en a le plus besoin.

Comme le soulignait le professeur Pierre Trudel, l’Internet « libertarien » tente aussi de prendre des raccourcis pour passer outre aux lois de la « vraie » vie : « On nous raconte que les libertés individuelles et les intérêts des “consommateurs” seraient menacés par les mesures visant à étendre aux activités d’Internet des règles analogues à celles qui s’appliquent aux activités se déroulant en dehors du réseau. Appliquer aux situations se déroulant sur Internet les lois sur la protection des personnes contre le harcèlement ou contre les arnaques engendrerait des “entraves à l’innovation” ou des menaces à la sécurité du réseau ! »

Or, la diffamation a cours sur les réseaux sociaux et elle nuit autant, sinon plus, qu’ailleurs. 

Internet promettait une sorte d’appropriation par tous des moyens de production de l’information. Et c’est en partie vrai. Marx aurait été content. N’importe qui peut produire du contenu sur Internet à peu de frais et devenir un influenceur, un auteur à succès ou plus souvent un troll. Mais ceux qui possèdent les plateformes sur lesquelles s’expriment ces producteurs de contenu ont un très grand pouvoir. 

D’ailleurs, Elon Musk a déclaré dernièrement qu’il ne voulait pas acquérir Twitter pour faire de l’argent : « Mon intuition est qu’il est extrêmement important pour l’avenir de la civilisation d’avoir une plateforme publique fiable et inclusive. Je ne me soucie pas du tout de l’économie. » Comme le fait remarquer le professeur Robert Reich dans le Guardian, tout ça est bien, mais qui a assigné à Musk la tâche de décider de l’avenir de la civilisation ? Personnellement, j’aurais préféré que le mandat soit donné à quelqu’un de plus équilibré, genre Jésus, Gandhi ou Patrick Bissonnette de District 31. Selon Reich, le but d’Elon Musk n’est pas la liberté d’expression pour tous, mais pour lui. Il veut s’extraire des lois et des mécanismes de réglementation. Et ça, c’est plus inquiétant que d’avoir la liberté de comparer Justin Trudeau à Hitler, comme il l’a fait récemment.

Malgré les beaux principes, je doute que les gens décident de boycotter Twitter. Certains ont déjà noté de nombreux tweets d’utilisateurs menaçant de quitter Twitter si Musk en prenait le contrôle. Peut-être les mêmes personnes qui promettaient de déménager au Canada si Trump était élu. Mais trop de critiques de Musk ont obtenu trop de retweets pour se passer des répercussions que leurs mots d’esprit amènent à la prétendue conversation globale. D’ailleurs, TikTok reste immensément populaire malgré le fait que l’application est contrôlée par la Chine, Facebook est le plus gros réseau même si Mark Zuckerberg n’est pas un être particulièrement bienveillant, et que dire de Truth Social ? Rien, si possible. Tout ça n’incite pas beaucoup de gens à quitter ces tribunes pour retourner s’exprimer sur le perron de l’église où l’auditoire se résume bien souvent à quelques passants et à Dieu (qui est partout). Twitter était déjà invivable avant son acquisition par Musk et j’ai l’impression qu’il continuera de l’être.

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Le gros problème quand on invoque la désinformation comme limite à la liberté d’expression c’est que chacun se croit habilité à la reconnaître et à la définir. Or on a bien vu pendant la pandémie que même la science que l’on souhaite objective, est sujette aux pressions économiques et politiques. Quand les gouvernements, avec tous les outils d’influence et de contrôle dont ils disposent, se réservent le rôle de décider ce qui est de la désinformation et ce qui n’en est pas, il n’y a plus de liberté d’expression.

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Plusieurs points à commenter. (Liberté d’expression). Premièrement, je crois comme plusieurs, que tout ne peut pas être dit devant grand public. Il y a des limites qui se doivent d’être respectées. En privé ou groupe plus restreint, c’est autre chose. C’est certainement vrai sur les plateformes de réseaux sociaux. Je parle d’incitation à la violence, la haine, le racisme, diffamation, attaques personnelles ciblées, etc…, etc…. C’est vrai dans la vie, et ça devrait être encore plus vrai sur les réseaux sociaux dû à leur portée, la facilité de « retweets » et la permanence des données de l’internet.

Deuxièmement, je comprends l’enjeu et le pouvoir que les proprios des réseaux sociaux ont pour ces mêmes raisons. Par contre, je reconnais aussi que ces entreprises sont comme toutes les entreprises et peuvent accepter ou refuser des clients utilisant leurs services, basés sur des politiques préétablies d’utilisation. Pas différent que les lignes aériennes avec leurs multitudes de politiques de comportements ou même les hôtels, les restos, etc…. Si vous refusez de vous y conformer, alors vous pourrez le risque d’être expulsé.

Et je ne crois pas que la liberté d’expression est attaquée, seule la liberté d’utilisation d’une plateforme particulière et privée pour non conformité aux politiques de son utilisation et auxquelles chaque membre a accepté d’y adhérer pour devenir membre. Quelqu’un qui ne veut pas respecter les règles d’utilisation préétablies d’une entreprise quelconque, a toujours le choix d’utiliser un autre médium ou une plateforme compétitrice, parce qu’il y en a plusieurs. Le droit à l’expression, n’est pas un droit à l’utilisation de services de compagnies privées sans limites. Grosse distinction. L’indignation des « expulsés » vient plutôt du fait qu’ils y voyaient un avantage personnel (soit la dissémination à grande échelle de leur message rendue possible et facile par le service) et qu’ils devront à l’avenir trouver une autre façon facile et tout aussi efficace pour transmettre leur message…. Mais c’est exactement ce qu’ils devaient faire avant l’existence même de ces réseaux et ces « anciennes » méthodes existent toujours, mais peut-être moins efficaces, plus coûteuses. Mais ils peuvent s’exprimer encore, mais par d’autres moyens.

Avec tous ce que vous avez pus constater au fil du temps, tous les messages de violence, de haine, de menaces sans filtre ou restrictions, d’intimidation sans limite et continuelle dont vous avez sûrement eu connaissance (directement ou indirectement) sur les réseaux, ne croyez-vous pas qu’un peu de « règles de comportements civiques » d’utilisation contrôlant ces excès et abus, bénéficieraient à l’ensemble et contribueraient à avoir une meilleure conversation?

Moi, je le crois ardemment et je ne crois certainement que ces règles « entravent » le droit à l’expression, mais contrôlent plutôt la manière dont ces plateformes peuvent être utilisées. On vit en société et il y a des « règles de comportements civiques » partout. Dans réseau social, il y a le mot « social » (« relatif à une société, qui concerne les rapports entre un individu et les autres membres de la collectivité »). Pas très différent n’est-ce pas.

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« Twitter » était déjà invivable et a servi l’extrême droite avec ses raccourcis complotistes. Le Brexit, Trump, Le Pen. Bolsonaro, Herdogan, Orban, Salvini, sont des purs produits de cette jungle dans laquelle l’information s’est retrouvée dévoyée. Les politiciens n’ont désormais d’autres choix que de faire leur promotion sur « twitter ». Quand c’est l’entourage du politicien qui alimente la page twitter en utilisant les mêmes techniques de promotion qui exalte un produit à être consommé, ce sont les citoyens les grands perdants de ces méthodes de séduction.. Le « peuple » se retrouve chosifié. Notre société incivile emprunte une voie qui nous éloigne de notre humanité.. et réveille la bête qui sommeille en chacun de nous. J’ajoute que les excuses exigées par MBC, lequel se réjouit de la liberté d’expression « qu’il retrouve enfin » grâce à Elon Musk (venant de celui qui est omniprésent sur les tribunes réactionnaires de droite en France et au Québec), n’avaient aucune raison d’ëtre alors qu’il se réclame d’une liberté d’expression « absolue ». Il n’en est pas à sa premiere incohérence.

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Très juste tout ça… Une seule observation: on a appris depuis toujours, que les méchants se conduisaient comme des bêtes, comme des animaux.. Je crois qu’on devrait plutôt regarder les animaux comme des gentils, car eux, ils savent se tenir! Alros, d’accord pour «le monstre qui sommeille»?

Je suis du camp qui trouve que la liberté d’expression est une valeur sacrée, tout en étant conscient des dangers.

Prenons le temps de bien y réfléchir avant de règlementer cet univers relativement nouveau qu’est l’Internet.

Face à la notion que seul un gouvernement élu devrait avoir le pouvoir que vient apparemment de s’arroger M. Musk je propose les deux exemples qui suivent. Si Donald Trump n’a plus droit de parole sur Twitter, tandis que les Talibans continuent d’y vociférer leur fiel, c’est parce que les Democrates ont gagné les dernières élections. Justin Trudeau, trois fois élu à la tête du Canada, profite des tribunes qui lui sont données pour propager ses propres faussetés. Amen.

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Qu’est-ce qui nuit le plus à la vérité, la censure ou la liberté de parole?
La liberté de paroles, oui, mais heureusement que les paroles insensées sont faciles à détecter pour ceux qui exercent la pensée critique.
La censure est pire p.c.q. très subtile. Avec la censure, on n’a pas besoin de mentir, non, on a qu’à censurer la vérité, ou encore mieux, omettre de dire la vérité tout simplement par le silence et c’est ça qu’Elon Musk veut éliminer. Il veut s’assurer que la vérité gagne sur les idées farfelues qui flottent sur les réseaux par des débats intelligents qui font ressortir la vérité et non pas des polémiques qui n’aboutissent à rien.

Oui, Elon Musk est un influenceur universel, mais pour les bonnes raisons.
Je n’ai jamais été sur les réseaux sociaux, mais maintenant qu’Elon Musk aura un contrôle sur la censure, je m’abonnerai à Twitter avec confiance.

J’ai lu, j’ai écouté et je suis Elon Musk le plus possible dans toutes ses entreprises. Il fait les choses pour les bonnes raisons, et sa mission est claire et il a les moyens de son ambition; de créer un avenir durable pour l’humanité. C’est là où va son argent, pas dans les paradis fiscaux.

Ce n’est pas avec des idées farfelues qu’on devient la personne la plus riche au monde avec plus de 82 millions qui le suivent sur Twitter.

On voit qu’il est consistant dans ses entreprises Tesla, Space X, Starlink, Solar City, Neuralink, Ad Astra, Boring Co, PayPal et j’en passe. Maintenant, Twitter.

Ses 3 piliers sont:
1. Développement durable, non seulement dans sa production, mais aussi dans la consommation.
2. Permettre l’accès à la connaissance pour toute l’humanité en fournissant l’internet haute vitesse à toute la planète.
3. Étendre la possibilité pour l’humanité d’une vie extraplanétaire pour prévenir l’extinction de l’humanité sur terre soit par un cataclysme naturel comme une collision avec un corps céleste ou en continuant avec le fossile qui n’est pas durable et mènera à notre extinction.

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Quand un dirigeant (par exemple Poutine) veut préparer son peuple à faire la guerre à un autre peuple, son premier soin est de chercher à présenter cet autre peuple comme un ramassis de monstres méprisables et dangereux, comme des êtres inhumains qu’on peut tuer sans remords.

Depuis l’avènement des médias sociaux, on a pu constater combien il est facile pour leurs utilisateurs d’imaginer comme des monstres inhumains et méritant d’être haïs tous les utilisateurs qui ne partagent pas leurs opinions, tout en aimant intensément les utilisateurs qui les partagent. C’est comme si la déshumanisation et la peur de l’ennemi qui ont de tous temps précédé les guerres étaient devenues choses courantes et constantes dans la vie de tous les jours, comme si la haine meurtrière était devenue chose parfaitement banale.

Cela étant, est-ce une mauvaise nouvelle qu’un radical de la «liberté de parole» tel qu’Elon Musk prenne le contrôle complet d’un média social qui a déjà beaucoup fait pour dresser les humains les uns contre les autres? À mon avis, ce ne sera qu’un peu de lubrifiant supplémentaire pour la pente glissante sur laquelle nous descendons collectivement vers l’abîme. Bref, je crois que ça ne changera pas grand-chose.

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C’est justement pour équilibrer (ou modérer) des chroniques comme celle-ci qu’Elon Musk veut prendre le contrôle de Twitter.

Observez comment cet auteur ne fait aucune nuance à l’égard d’EM, il est d’abord négatif et reste négatif tout au long de son texte, alors comment voulez-vous sortir de cette lecture avec le sentiment d’avoir bien été informé, moi qui suis habitué à lire tout ce qui se passe de positif autour des entreprises d’EM. L’esprit critique en prend tout un coup, j’attends de lire dans l’Actualité de l’information pour équilibrer ce qu’écrit cet auteur qui exerce son droit de liberté de parole (négative).

Si c’était un avion je dirais que votre article est pesant de l’empennage et que votre vol est instable et l’on sait que c’est dangereux.

Elon Musk affirme qu’il permettra toujours les avis contraires, mais il faudra savoir que ces avis côtoieront des avis venant de gens informés et auront aussi à défendre leurs points de vue dans un débat qui cherche la vérité pour équilibrer l’information et en sortir par le haut, plus informé ou plus intelligent. Et non pas pour créer la polémique et maintenir, pour le moins qu’on peut dire, la confusion.

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Y a qu’à voir le graphique sur la page twitter de Musk selon lequel graphique, lui, il n’aurait pas bougé du centre ces dernières années, la droite n’aurait pas bougé non plus, alors que que seule la gauche se serait radicalisée?? Musk, par ce graphique, nous fait connaitre sa vision politique laquelle se rapproche de la droite (l’extrême droite étant une vision fantomatique, elle n’existe pas sur son graphique) et s’éloigne de l’extrême gauche (wokes).
Musk veut modérer les chroniques?? Il ne veut rien modérer, il se positionne clairement du côté des théoriciens du complot qui diabolisent la gauche et épargnent l’extrême droite. Voilà pourquoi cet homme est une menace pour la démocratie. Les crimes commis depuis les dernières années sont le fait de l’extrême droite. C’st un fait avéré. Il n’existe aucune commune mesure avec ceux émanant de la gauche. Elon Musk est un narcissique mégalomane pour qui seul son intérêt compte.