Emplois et régions : état des lieux

Les perspectives d’embauche pour la main-d’œuvre qualifiée sont prometteuses en région comme partout au Québec

Emplois et régions : état des lieux
Photo : Paul Brindamour

Elle a analysé les effets de la déforestation au Brésil et des inondations au Pérou, étudié les récifs coralliens à l’île de la Réunion… mais c’est en Abitibi-Témiscamingue que Karine Gauthier-Hétu, 27 ans, a choisi de faire carrière en 2008. À la tête du Service environnement de la société Géo­defor, à Rouyn-Noranda, elle conseille notamment des compagnies minières – en plein boum dans sa région natale. « Je n’aurais jamais eu de telles responsabilités aussi vite dans une grande ville », dit cette brune athlétique, qui a étudié à McGill et à l’Université de Sherbrooke en écologie internationale et en environnement. « Pour moi, c’est plus qu’un emploi : c’est une façon de participer au développement du savoir-faire régional. »

Comme Karine Gauthier-Hétu, de plus en plus de jeunes diplômés viennent – ou reviennent – travailler en Abitibi-Témiscamingue : 73 % des 20-34 ans partis plus de six mois rentrent au bercail, contre 63 % il y a 10 ans, selon une étude de la Chaire Desjardins en développement des petites collectivités, à l’UQAT. Contrairement à la crise économique de la fin des années 1990, celle de 2009 n’a pas entraîné d’afflux vers les grandes villes. C’est même plutôt le contraire. « Les régions éloignées enregistrent aujourd’hui de meilleurs soldes migratoires », observe le démographe Jean-François Lachance, de l’Institut de la statistique du Québec. Rien encore pour enrayer le vieillissement de la population – et donc le recul du nombre de personnes en âge de travailler -, mais tout de même de quoi permettre aux régions de souffler un peu.

(Voir les perspectives d’emplois par région d’ici 2013 >>)

L’emploi s’est développé et diversifié dans les régions, dit le démographe, les protégeant mieux contre les soubresauts économiques. Par exemple, la région de la Gaspésie¬Îles-de-la-Madeleine, dopée par le bon vent qui souffle sur l’industrie éolienne et sur celle du tourisme, a obtenu en 2009 son meilleur bilan migratoire depuis 10 ans. Elle a également connu son plus bas taux de chômage : alors qu’il oscillait autour de 20 % depuis 20 ans, il était de 15,6 % en 2009 (c’est néanmoins le plus fort au Québec). Le nombre de personnes qui travaillent y progresse, et les prestataires de l’aide sociale y sont de moins en moins nombreux : ¬ 46,5 % de 2002 à 2009, selon le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale.

« En dépit de la récession, les régions ressources ont réussi à croître et attirent de nouveau de la main-d’œuvre qualifiée », dit Florent Francœur, PDG de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés du Québec. « Le secteur manufacturier de Montréal est en crise, ce qui incite beaucoup de gens à retourner travailler dans leur patelin d’origine. »

Les séjours exploratoires offerts aux 18-35 ans par l’organisme Place aux jeunes en région (PAJR), financé par Québec, encouragent ce mouvement. Quelque 3 000 jeunes diplômés ont migré en région ces trois dernières années après avoir participé à ces courts voyages permettant de rencontrer des employeurs potentiels dans l’une des 15 régions. La moitié d’entre eux étaient originaires du territoire visité, qu’ils avaient quitté pour leurs études. C’est d’ailleurs durant l’un de ces séjours que Karine Gauthier-Hétu a décroché son emploi en environnement à Rouyn-Noranda. « Le phénomène de l’exode des jeunes s’essouffle, affirme Benjamin Bussière, directeur général de PAJR. Ils sont séduits par les emplois intéressants et la qualité de vie qu’ils peuvent trouver en région. »

Changement de fond ou effet de mode ? Chose certaine, les perspectives d’embau­che pour la main-d’œuvre qualifiée sont prometteuses en région comme partout au Québec (voir l’encadré « Les emplois ne manqueront pas ! »). Selon l’enquête annuelle de Jobboom.com – à l’origine du guide Les carrières d’avenir 2010, qui vient de paraître -, le secteur de l’énergie, par exemple, devrait créer 130 000 emplois d’ici 2015, grâce aux programmes d’efficacité énergétique et au développement de sources d’énergie renouvelable soutenus par le gouvernement du Québec.

Ce sont toutefois les départs à la retraite qui ouvriront le plus de possibilités d’emploi ces prochaines années. Sur les 642 000 postes à pourvoir d’ici 2013, selon Emploi-Québec, 490 000 le seront pour remplacer les baby-boomers de tout le Québec.

« L’enjeu est maintenant de trouver – et donc de former – cette main-d’œuvre qualifiée », dit l’économiste André Grenier, du Centre d’étude sur l’emploi et la technologie, qui relève du ministère de l’Emploi. « La majorité des nouveaux emplois exigeront une formation professionnelle, technique ou universitaire. »

C’est le cas pour la plupart des 127 professions qui seront les plus demandées d’ici 2013, selon la liste établie par Emploi-Québec que nous publions dans ce dossier. Des directeurs des ressources humaines aux géologues en passant par les techniciens Web et les soudeurs, vous découvrirez tous les métiers qui présentent les perspectives d’emploi les plus favorables. Et pour illustrer le tout, nos reporters sont allés à Gatineau, Rouyn-Noranda, Malartic, Lévis, voir sur le terrain quelques-uns des grands secteurs qui vous attendent. Les Laurentides et la Jamésie sont aussi dignes d’intérêt. Québec et Montréal réservent également de belles surprises. Alors, à vos CV !

LES EMPLOIS NE MANQUERONT PAS >>

LES EMPLOIS NE MANQUERONT PAS !

Régions

Demande totale d’ici 2013
(emplois liés à des départs à la retraite)

Montréal
133 500 (94 500)
Montérégie
119 600 (92 500)
Capitale-Nationale
59 500 (50 000)
Laurentides
55 300 (36 000)
Lanaudière
44 300 (30 000)
Laval
33 100 (21 000)
Outaouais
32 600 (18 500)
Chaudière-Appalaches
32 000 (29 000)
Estrie
26 600 (22 500)
Mauricie
23 200 (21 000)
Centre-du-Québec
20 300 (16 500)
Saguenay–Lac-Saint-Jean
19 000 (20 000)*
Bas-Saint-Laurent
16 700 (15 000)
Abitibi-Témiscamingue
9 100 (9 000)
Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine
8 600 (7 500)
Côte-Nord et Nord-du-Québec
8 500 (7 000)
Ensemble du Québec
642 000 (490 000)

* Cela signifie que le Saguenay–Lac-Saint-Jean connaîtra une légère décroissance de l’emploi.

(Source : Emploi-Québec)

Les plus populaires