Ennuyeux, le Canada ?

Un sondage mené dans neuf pays indique que le Canada change d’image. Russes, Turcs, Chinois, Indiens : ils ont tous une vision différente et parfois surprenante de ce beau pays…

À l’époque de la guerre froide, Andreï Gromyko, ministre des Affaires étrangères de Leonid Brejnev, avait qualifié le Canada d’« ennuyeux second violon des États-Unis ». Les Britanniques, notamment la presse londonienne, ont aussi contribué à répandre dans le monde anglophone l’idée que le Canada était boring. Et il suffit de chercher les mots « Canada » et « boring » dans Google pour en avoir le cœur net : 3,5 millions de pages s’affichent. Shocking !

Pourtant, une enquête Angus Reid Strategies-Maclean’sL’actualité menée dans neuf pays, dont le Canada, semble annoncer la fin de ce stéréotype. Seules des minorités — de 14 % en Turquie, de 11 % en Israël et toutes petites ailleurs — croient que le Canada est ennuyeux. Un autre poncif l’aurait remplacé : le Canada serait un pourfendeur du réchauffement climatique. Comme si un pays dont le territoire est si immense devait être immensément vert ! Partout, une majorité de répondants décrivent le Canada comme un grand défenseur de l’environnement. Une exception : les États-Unis, qui semblent douter — avec raison — de la fibre environnementale canadienne.

Le Canada apparaît aussi, selon la plupart des pays, comme un État qui joue un rôle secondaire sur la scène internationale. Cette perception est particulièrement ancrée en Israël et en Turquie, au cœur d’un Proche-Orient où la voix d’Ottawa est quasi inaudible. Mais pour ce qui est de l’Asie qui a le vent en poupe, la Chine et, à des degrés moindres, l’Inde et la Russie considèrent Ottawa comme un « acteur important ».

Faut-il conclure que le 21e siècle (et non le 20e, comme l’avait prédit Wilfrid Laurier) sera celui du Canada ? Pas si vite ! Il faudra d’abord crever l’abcès du passage du Nord-Ouest. Se trouve-t-il dans les eaux canadiennes ? Oui, répondent 55 % des Américains. Non, rétorquent 71 % des Russes.

En revanche, lorsqu’il s’agit de déterminer qui sont les propriétaires des ressources naturelles que l’Arctique recèle, le Canada ne rallie aucun pays à sa cause. Seuls les Américains (47 %) tendent à penser qu’elles lui reviennent. Les États-Unis seraient-ils moins anticanadiens que les Canadiens ne sont antiaméricains ?

Ce sondage malmène d’ailleurs un autre lieu commun au sujet des Américains : celui de leur ignorance. Nos voisins se seraient-ils mis, depuis le 11 septembre, à suivre l’actualité internationale ? Dans cette enquête, ils tirent bien leur épingle du jeu, du moins si on les compare aux Britanniques, qui font figure de cancres. Un Britannique sur trois n’a jamais entendu parler du président de l’Iran, Mahmoud Ahmadinejad, du premier ministre d’Israël, Ehoud Olmert, ni même du dictateur nord-coréen Kim Jong-il. Un sur deux ne connaît ni le premier ministre du Canada, Stephen Harper, ni le président du Venezuela, Hugo Chávez, ni le premier ministre du Japon, Yasuo Fukuda. Les Américains font meilleure figure, parfois bien meilleure. Les Canadiens aussi. Mais pas toujours. Parmi les pays sondés, par exemple, c’est au Canada que le nouveau premier ministre britannique, Gordon Brown, est le moins connu.

Harper, à l’étranger, ne suscite ni dégoût ni enthousiasme. Mais le jour où il aura à dissoudre le Parlement, il aurait intérêt à se présenter aux États-Unis, en Turquie, en Italie, en Inde, où il est nettement plus populaire que chez lui ! Les Canadiens lui préfèrent Angela Merkel, la chancelière allemande, une conservatrice pragmatique. Harper est quand même plus apprécié que Chávez ou Ahmadinejad. Et il suscite moins l’opprobre qu’un Kim Jong-il. Les Américains sont partagés sur son compte, quoique un sur trois « l’admire grandement ».

La très grande majorité d’entre eux savent que le Canada a envoyé des soldats en Afghanistan. Dans les autres pays, personne ne semble l’avoir remarqué. Curieusement, 51 % des Américains croient également que les Canadiens font partie des troupes de la coalition en Irak. Mais ils ne sont pas les seuls à se gourer, puisqu’il n’y a qu’un pays dont une majorité de répondants savent que c’est faux : la Turquie… qui sert de base arrière aux troupes de la coalition en Irak.

Cet État, presque entièrement musulman, réserve des surprises au chapitre de la religion. Certes, l’affirmation « La religion est très importante dans ma vie quotidienne » n’a recueilli l’adhésion d’une majorité de sondés dans aucune société, sauf en Inde. Mais le pays qui se rapproche le plus du Canada quand il s’agit de définir l’importance de la religion est la Turquie. Ottawa, Ankara, même combat !

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