Est-ce que le changement vous effraie ou vous stimule ?

Les Canadiens sont divisés : 50 % en sont effrayés, alors que 50 % sont stimulés par le changement. Au Québec, ils sont 43 % à le craindre, et 57 % à le voir comme un moteur.

(Photo: iStockphoto)

Le changement est devenu l’un des constituants les plus fondamentaux des sociétés modernes. L’évolution technologique est certainement l’un des principaux moteurs des transformations que l’on vit, mais il n’est certainement pas le seul. L’immigration, la diversité sociale, la mobilité des gens, la compétitivité des marchés, la financiarisation de l’économie, le climat : la vie se transforme et se complexifie de jour en jour. Tous ces phénomènes ont des effets bien réels sur la vie quotidienne des gens.

De plus, nous vivons non seulement une période de changement unique, mais le rythme de ce changement ne cesse de s’accélérer. Sur le plan technologique, comme je l’ai déjà cité dans l’un de mes textes précédents, on peut certainement rappeler la loi de Greg Moore, d’Intel, selon laquelle la capacité des microprocesseurs double tous les deux ans, ouvrant ainsi la voie à un potentiel exponentiel de développement des applications !

Si l’on part des premières traces d’outils en pierre taillée, il y a environ 2,5 millions d’années, à la maîtrise du feu, à 450 000 ans avant notre ère, au début de l’agriculture, il y a environ 10 000 ans, ou à l’invention de la roue, il y a 5 500 ans, on constate que le progrès technique a évolué de façon fort lente dans l’histoire.

Ce qui est tout aussi vrai pour la circulation de l’information. De Gutenberg et ses caractères métalliques mobiles d’imprimerie, en 1452, il a fallu attendre 1894 pour la radio, 1926 pour la télévision, 1938 pour l’ordinateur, 1981 pour le PC (IBM) et 1989 pour le World Wide Web.

Mais depuis, le « progrès » technique s’est de toute évidence emballé. Pour les années qui viennent, on parle d’une généralisation de l’Internet des objets, de l’intelligence artificielle, des chaînes de blocs et de la cryptographie quantique (aouch) ! Et ce rythme d’innovation n’ira qu’en s’accélérant (la loi de Moore encore).

Parallèlement à la technologie, le tissu social se transforme aussi radicalement sous nos yeux. Les conflits, la pauvreté endémique et les changements climatiques poussent des populations de plusieurs régions du monde à migrer vers les pays occidentaux, où la vie est plus clémente. Cet apport migratoire vient notamment poser des enjeux identitaires chez les populations locales, ce qui nourrit la montée des mouvements populistes.

Le tout sans oublier les changements climatiques, avec leurs avaries.

Le but ici n’est pas d’énoncer tous les défis de l’époque, mais bien de présenter le contexte dans lequel on peut interpréter les résultats de ma question de sondage de cette semaine.

En effet, ce nouveau thème porte sur l’attitude des gens à l’égard du changement. À l’énoncé « Le changement, c’est un problème : il est très difficile d’en suivre le rythme », un Canadien sur deux est en accord (50 %), alors que un sur deux est en désaccord. Cette question, et la réalité qu’elle aborde, divise donc de façon étonnante la population canadienne. Ainsi, une moitié d’entre nous « subit » le changement comme une fatalité qui s’abat sur l’époque, alors que l’autre voit des possibilités se décupler pour la société et pour nous-mêmes personnellement.

Soulignons aussi qu’il y a très peu de différences régionales sur ce sujet, à l’exception du Québec. En effet, « joie de vivre » oblige, on observe une différence de presque 10 points d’enthousiasme devant le changement entre le Québec et le reste du pays (respectivement 57 % en désaccord avec l’énoncé, contre 48 %).

Des variations importantes dans presque toutes les caractéristiques

De façon très prononcée, cette question et l’enjeu précisé, le changement, divisent la population selon les âges, les revenus, l’éducation, l’occupation et les tailles de marché !

Les jeunes, les gens ayant un haut niveau de revenu et d’éducation, les professionnels ainsi que ceux qui habitent dans les plus grandes régions urbaines sont ceux qui accueillent le plus favorablement le changement. Alors qu’à l’opposé, les plus âgés, ceux qui ont les niveaux de revenu et d’éducation les plus faibles, les ouvriers, spécialisés ou non, ainsi que les gens qui résident dans les plus petites municipalités se sentent davantage menacés par le changement.

La vulnérabilité socioéconomique rend les gens plus inquiets par rapport à l’époque, alors que les plus aisés en bénéficient.

Une tendance à la hausse

Par ailleurs, cette vision menaçante du changement semble être en croissance dans la société actuellement. Ce sentiment d’être dépassé par tout ce qui se transforme autour de nous s’accroît linéairement depuis 2014 (première année où nous avons posé cette question). La croissance n’est pas énorme, on passe de 45 % à 50 % de 2014 à 2017 dans l’ensemble du pays, mais la linéarité de cette croissance nous apparaît tout à fait significative (et il est hautement improbable que la variabilité statistique des échantillons erre dans la même direction trois années de suite).

Le monde change trop vite, les gens ont davantage de difficulté à suivre. Ce qui n’augure rien de bon pour les années qui viennent, si le rythme du changement continue à s’accélérer !

Un sentiment d’emprise sur sa vie et une capacité de composer avec l’incertitude

Si les caractéristiques socioéconomiques et sociodémographiques permettent de comprendre un peu l’attitude des gens à l’égard du changement (la vulnérabilité par rapport à l’aisance dans la vie, notamment), les valeurs personnelles et les cordes sensibles nous permettent d’expliquer les motivations profondes et les postures mentales derrière les attitudes mesurées.

Fondamentalement, le facteur le plus déterminant est « le sentiment d’emprise » que les gens ressentent sur leur vie de façon générale. Certaines personnes ont l’impression d’avoir la mainmise sur leur vie, sur leur destinée, un sentiment d’être en mesure de réaliser ce qu’ils veulent accomplir, de maîtriser les leviers nécessaires à leur accomplissement. Cette « posture » par rapport à la vie, cette confiance à l’égard de soi et de la vie en général prédisposent les gens à accueillir le changement avec enthousiasme. Ils le perçoivent comme porteur de bonnes occasions, pour soi comme pour la société. Ils se sentent aussi aptes à composer avec l’incertitude que la vie moderne peut provoquer, étant capables de manœuvrer dans des contextes hasardeux, ayant l’impression qu’il y a toujours des solutions aux imprévus qui se présentent.

Par contre, d’autres expriment des « postures » tout à fait inverses en ce qui concerne la vie actuelle. Ils ont l’impression que leur vie est déterminée par des facteurs qui sont indépendants de leur volonté, sur lesquels ils n’ont aucune emprise. Les marchés mondiaux, les contraintes des entreprises et des institutions, un certain fatalisme par rapport à la vie, une vision défaitiste les amènent à considérer le changement comme une menace. Ils aspirent à la stabilité, à un équilibre quant aux « forces » du monde actuel, avec lesquelles ils doivent composer. Le changement est vu par ces personnes comme une source de rupture qui vient perturber cet équilibre, les plongeant dans l’incertitude (avec laquelle ils vivent difficilement).

Un besoin de pédagogie à l’endroit de la vie moderne et de la complexification du monde actuel

Avec de telles proportions de citoyens dans notre société qui vivent mal le changement, et compte tenu du rythme effréné auquel on risque d’être aux prises dans les années qui viennent, on peut certainement penser que certains chantiers sociaux devraient être mis en œuvre pour aider les gens à s’y adapter. Que ce soit par des initiatives d’implication sociale de la part des entreprises dans leurs engagements relatifs à la responsabilité sociale ou encore des programmes publics destinés à s’attaquer aux répercussions des transformations sociales (dues à l’innovation, à la diversité croissante, aux perturbations climatiques, etc.), une pédagogie d’adaptation à la vie moderne va risquer de s’imposer dans un monde de plus en plus « disruptif » (vous me pardonnerez, je l’espère, cet épouvantable anglicisme).

L’harmonie sociale des prochaines années en dépendra !

L’« Air de la folie », de Lucia di Lammermoor, dans Le cinquième élément, de Luc Besson

Quoi de plus indiqué pour mon clin d’œil opératique sur le thème de cette semaine que de plonger dans la science-fiction, fantasmant un scénario de ce à quoi pourrait ressembler la société dans l’avenir, à la suite de l’évolution que l’on s’apprête à vivre. Luc Besson, dans son film Le cinquième élément, nous plonge dans un monde futuriste et « dystopique », dans lequel, quand même, on apprécie toujours l’opéra.

Une scène célèbre de ce film nous montre une extraterrestre chantant l’« Air de la folie », de l’opéra Lucia di Lammermoor, de Gaetano Donizetti. L’air est chanté en fait par Inva Mula, une soprano albanaise. Tout porte à croire que la voix de la cantatrice aurait été retouchée, certaines notes et particulièrement leur enchaînement semblent humainement impossibles.

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Luc Besson : Le cinquième élément, Bruce Willis, Milla Jovovich, etc., Columbia Pictures, 1997.

Alain Giguère est président de la maison de sondage CROP. Il signe toutes les deux semaines un texte sur le site de L’actualité, où il nous parle de tendances de société… et d’opéra.

Pour lire d’autres chroniques d’Alain Giguère sur des tendances de société et de marché, rendez-vous sur son blogue.  

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8 commentaires
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J’ai déjà lu quelque part cette phrase ô combien révélatrice: « Les gens veulent du changement à la condition que ça ne change rien pour eux…! ».

Je crois que nous ne pourrons jamais endiguer les changements technologiques. C’est comme se camper dans le milieu d’un fleuve et tenter d’arrêter le courant d’autant plus que les changements technologiques d’aujourd’hui viennent de partout et sont facilement accessibles. Aucun pays et/ou état ne pourra y faire quoique ce soit.

Pour ce qui est des changements politiques, il faut faire très attention à ce que l’on demande car on pourrait bien être exaucés. Les Américains voulaient du changement et voyez où ils en sont. Les Montréalais voulaient également du changement et regardez avec qui ils sont « pognés ».

Le changement prend plusieurs aspects et les gens peuvent être plus affectés par les uns et moins par d’autres. Par exemple l’immigration importante au Canada affecte l’identité des Canadiens et en particulier des Québécois. Le tissu social que nous connaissions au XXème siècle tend à disparaître dans une société qui n’a presque plus de dénominateur commun. Si pour une personne l’identité est importante, alors l’immigration peut devenir un facteur négatif.

Les changements technologiques vont affecter les gens plus âgés car ils ont vécu plus de changements que les plus jeunes et leur capacité d’adaptation peut s’éroder avec le temps même si ces changements sont inévitables.

En ce qui a trait à l’environnement et la nature, les changements sont nettement menaçants et si une personne s’en trouve plus affectée, elle réagira plus négativement. Les gens des villes vont moins sentir les changements environnementaux car leur environnement est de moins en moins « naturel » mais ceux qui vivent en nature voient leur environnement changer considérablement, que ce soit par l’expansion de la population et son augmentation constante dans les zones rurales, soit par la destruction progressive de la nature et l’éradication des espèces qui se fait à un rythme inconnu depuis la dernière grande extinction.

Enfin, des gens peuvent aussi être complètement aveugles aux changements. Ils ne se rendent même pas compte de ce qui se passe autour d’eux sur la planète et auront tendance à se sentir moins affectés par ces changements. La question qui reste: est-ce que les Québécois adoptent les changements avec plus d’enthousiasme ou est-ce qu’ils les voient moins que les autres Canadiens?

En tant que cégepien des années 70, j’ai eu à analyser à mon cours de philosophie : The Medium is the Massage, de Marshall McLuhan, paru en 1967 pour qualifier les effets de la mondialisation, des médias et des technologies de l’information et de la communication. Le village planétaire, ou village global (en anglais Global Village), est une expression , tirée de cet ouvrage. On ne peut pas dire que nous n’avons pas été avertis à l’avance. Nous vivons donc désormais, comme l’avait si bien prédit McLuhan, à l’échelle planétaire et tous ceux qui, comme ces disciples de la secte de Trump, refusent de s’adapter vont être écrasés par la marche inéluctable de l’Évolution humaine.

Le changement c’ est intrasèque avec l’ avenir ! On a bien sûr comme personne le droit d’ avoir peur, mais comme sociétaire on doit s’ ajuster avec ÇA ! Eh! Oui , on n’ a pas le choix ! Les syndicaleux qui se votent une grève à 90% et qui pensent que leurs conditions seront respectées ad-vitam-eaternam seront les plus floués dans leur intimité! Ceux qui seront les moins floués à long terme ce sont bien sûr nos employés!!!!!

Les robots s’est bien beau, mais quand les robots vont prendre nos emploie, qui vas payé les service sociaux, les pension de vieillesse, les école, les hôpitaux,….. Est-ce que les robots vont payé des impôts? De ou viens la richesse d’un pays (les emploie) Le privé et ses emploie crée la richesse d’un pays. Sinon de ou viens l’argent pour payé nos fonctionnaires, nos docteurs, nos enseignants,…. Leur emploie sont important mais l’argent pour les payé vient de ou?

C’est le même genre d’attitude qui a prédominé les changements technologiques dans les derniers siècles. Il y a eu du grabuge lorsque le métier à tisser a été inventé. Idem pour l’imprimerie, l’électricité, etc…toutefois, personne au monde ne voudrait revenir en arrière.

Les robots vont très certainement prendre certains emplois ce qui contribuera à abaisser les coûts et à faire en sorte que les produits fabriqués à l’aide de ces derniers deviendront plus abordables pour tous. Et en plus, ça affaiblira les grosses centrales syndicales ce qui est toujours un plus.

De l’autre côté, ça prendra des milliers de gens pour créer, contrôler et améliorer ces robots. Il y aura des centaines de milliers d’emplois de créés. Bref, les emplois changeront de camp comme cela s’est toujours fait dans l’histoire économique.

« Le changement est devenu l’un des constituants les plus fondamentaux des sociétés modernes. »

J’ai beaucoup ri. Le changement est inhérent à toute société humaine depuis que nous marchons debout. L’Homme étant un être historique (donc « non-naturel par excellence », comme disait si bien Hannah Arendt), les sociétés humaines sont en perpétuelle transformation.

Au sommet de leur liste des pires clichés du langage public, Fruttero et Lucentini dans ‘LE RETOUR DU CRÉTIN’ citaient : « Nous vivons une époque de transition. » Évidemment que nous vivons une époque de transition, pardi ! Comme toutes les époques.

Et l’autre tarte à la crème: « Le changement », sans autre précision. Êtes-vous pour ou contre le changement ? Cette question n’a pas de sens, à moins bien sûr de répondre par une question (ce qui, dans les sondages, est interdit) : « Euh… lequel ? » Je ne peux pas être pour ou contre « LE » changement. C’est une question-bateau qui n’a pas de sens.

Chaque changement doit être considéré pour lui-même, grâce à une aulne appelée progrès. Et c’est aussi préférable si on veut vraiment comprendre en quoi il consiste. Voyons voir, tel changement est-il un progrès ? Et celui-ci ? Et cet autre ? Et le petit là-bas qui se cache derrière les autres changements ? Et ainsi de suite.

Tout changement qui bouscule les normes ou un certain ordre établi effraie… Ainsi, par exemple, le changement climatique ne nous laissen pas dormir sur nos deux oreilles: ça nous fait peur.