Et ailleurs…

En Belgique, en Espagne, en Alsace et en Angleterre, la laïcité est aussi un enjeu.

Photo : NASA

En Belgique, les traitements et les pensions des 4 000 ministres des six cultes reconnus sont à la charge de l’État fédéral, qui y consacre chaque année 150 millions de dollars. Les catholiques reçoivent 75 % de cette somme. Le reste va aux autres cultes reconnus : protestantisme, anglicanisme, orthodoxie, judaïsme et islam. La reconnaissance du boud­dhisme est actuellement débattue. Curiosité : la « laïcité organisée » (groupements pour la laïcité reconnus) émarge également à ce budget. En plus de l’État fédéral, les régions, les provinces et les municipalités financent l’instruction religieuse, comblent les déficits liés à l’exercice des cultes, fournissent un logement à leurs ministres et entretiennent les bâtiments religieux. Les écoles publiques offrent le choix entre l’enseignement de l’une des religions reconnues et celui de la morale non confessionnelle. En septembre, la Communauté flamande – près de 60 % de la population belge – a décidé d’interdire le port du voile dans les établissements d’enseignement.

L’Espagne n’est plus officiellement catholique depuis 1978, mais l’Église y a un statut particulier, puisque l’État l’assure de son soutien économique. Chaque contribuable peut lui affec­ter 0,7 % de son impôt. Cette contribution a rapporté à l’Église 360 millions de dollars en 2008. Sur le plan scolaire, les parents peuvent exiger que leurs enfants reçoivent à l’école publique une éducation religieuse en accord avec leurs convictions, et l’État assume les salaires des pro­fesseurs de religion. Le gouvernement a annoncé en août son intention d’interdire les symboles religieux dans les écoles publiques – soit essentiellement des crucifix. Chaque école réglementera le port de vêtements ou de signes religieux.

En Alsace et dans la Moselle, prêtres, pasteurs et rabbins (l’islam n’est pas reconnu) ainsi que le personnel administratif des cultes sont rémunérés et pensionnés par l’État français, qui y consacre annuellement entre 85 et 90 millions de dollars. Le salaire d’un curé peut atteindre 45 000 dollars (logement fourni). La formation des prêtres et des pasteurs dans les facultés de théologie est à la charge de l’État. Les nominations de l’archevêque de Strasbourg et de l’évêque de Metz doivent être approuvées par le gouvernement. L’enseignement religieux – la loi ne précise pas lequel – est inscrit au programme des écoles publiques. De plus en plus, cependant, les écoles accueillent des élèves de plusieurs confessions. Cette exception française est due au fait que le retour de cette région dans le giron de la France, en 1919, après presque 50 ans d’annexion à l’Allemagne, s’est accompagné de concessions en matière religieuse. La loi française sur la séparation de l’Église et de l’État ne s’y applique pas, tandis que survivent des dispositions du concordat de 1801 entre Napoléon et Pie VII.

L’Angleterre ne serait pas classée parmi les pays laïques si l’on s’en tenait au fait que la chef de l’État, Élisabeth II, est également chef de l’Église anglicane. Les deux archevêques et les 24 évêques de cette Église siègent à la Chambre des lords. Le droit canonique anglican doit recevoir l’approbation du Parlement, dont toutes les séances commencent par une prière. L’État ne finance aucun culte, mais accorde aux groupes religieux un régime fiscal avantageux. En dehors de ces traditions, la liberté de religion est totale. Les écoles publiques offrent un enseignement « d’inspiration chrétienne », avec possibilité de dispense. L’État subventionne des écoles privées confessionnelles, dont certaines sont musulmanes. Le concept de laïcité à la française est étranger à la mentalité britannique. La présence de symboles et de représentants religieux dans les domaines politique et social ne heurte pas les esprits : le foulard islamique n’est pas interdit à l’école et un douanier sikh peut porter son turban au travail. Il y a toutefois une limite : dans des décisions récentes, des tribunaux ont débouté une enseignante et une élève qui contestaient l’interdiction qui leur avait été faite de porter le niqab (voile qui couvre tout le visage, sauf les yeux). Le modèle britannique se veut pluraliste plutôt que laïque.