Et pis toé, mon p’tit gars ?

Au coeur de la crise des années 1930, la turlute de La Bolduc a soutenu le moral de bien des travailleurs, y compris mes grands-parents. « Ça va venir, découragez-vous pas », chantait aux chômeurs sans le sou celle qui fut sans doute la première grande vedette de la chanson au Québec.

En 2010, il faudra cesser «la danse du déni de l'évidence», chantent Mes Aïeux
Photo : André Pichette/La Presse

Alors que le monde renoue lentement avec la croissance après la crise économique de 2008-2009, un vent de légè­reté semble déjà vouloir souffler sur tout un chacun en ce début de 2010. Mais pour que l’embel­lie perdure, nous devrons tous troquer nos pantoufles confortables contre des bottes de construction !

Il suffit de lire ce numéro de L’actualité pour constater l’ampleur des chantiers à entreprendre si le Québec veut conserver son niveau de vie et assurer l’avenir de ses enfants. Il faudra bien un jour, comme le chantent Mes Aïeux, cesser de danser « la danse du déni de l’évidence ». En commençant par penser à préparer nos retraites !

Crise de l’unité canadienne née de la lutte contre les changements climatiques, cul-de-sac des finances publiques de la province, vaste territoire nordique à développer dans le respect des peuples et de l’environnement… Ce ne sont pas les défis qui manqueront au cours de la décennie 2010.

Même Claude Demers, président de l’Association de la recherche industrielle du Québec (ADRIQ), disait encore récemment que les entrepreneurs québécois n’ont jamais fait beaucoup d’efforts ! Que la faiblesse du dollar canadien leur a rendu la vie trop facile. Et que s’ils veulent survivre, ils doivent maintenant sortir de leur zone de confort. « Et pis toé, mon p’tit gars, tu sais pu c’que tu vas faire », chantent Mes Aïeux.

Le récent répertoire de la chanson québécoise est riche de ces refrains qui pourraient inspirer ceux et celles qui veulent retrousser leurs manches. En guise d’étrennes du Nouvel An, en voici quelques-uns.

Pour les partisans d’une charte de la laïcité

« Combien », de Karkwa. « Com­ment faire pour retourner les dieux au ciel », chante Louis-Jean Cormier dans un éblouissement de pianos.

Pour réchauffer les frileux identitaires

Okto Echo, des musiciens mont­réalais de haut calibre qui in­­­ven­tent une musique classi­que fondant Occident et Proche-Orient. Riche, novateur.

Ou « Hymne au Québec », de Dubmatique : « Étendard, mon p’tit drapeau, me voilà / De toutes les couleurs, de toutes les origines / De toutes les saveurs, bien plus que t’imagines. »

Pour les Y et ceux qui les suivent

« Dégénération ». Encore Mes Aïeux ! La chanson a rappelé à toute une génération que ses ancêtres avaient bâti un pays, alors qu’elle ne semble accumuler que dettes et angoisses. Un refrain toujours d’actualité vu le taux de décrochage scolaire des garçons… et le récent mini-baby-boom.

Pour tous les contribuables

« Les milliers », de Polémil Bazar. « Négligent d’apprécier ce qu’ils ont / Exigent et veulent, s’octroient raison / Prétextant que tout leur est dû / Oublient qu’ils auraient pu naître au Gabon. » À fredonner pour se consoler quand viendra le temps de payer ses impôts.

Pour Pierre Corbeil, ministre responsable des Affaires autochtones

« La paix des braves », de Samian. « Hochelaga, Stada­coné […], on a décidé de se métisser / Parce qu’on a retissé l’alliance en Nouvelle-France, entre autochtones et francophones. » Pour que les jeunes des Pre­mières Nations aient les outils pour développer leur territoire.

Pour Gérard Deltell, nouveau chef de l’ADQ

L’album Kouraj, de Wesli. Du world beat haïtien, sauce Montréal. « Chaque jour, je me lève / Je remercie Dieu / Qui nous donne la force de rester debout / Surtout quand on voit les misères qu’il nous a fallu traverser / Si la fleur-soleil ne pousse pas / C’est qu’elle n’est pas bien arrosée. » Parce que Deltell en aura besoin, de courage, pour rebâtir son parti.

Pour Stephen Harper

« La complainte du forgeron », de Norouet, portée par le violon de Stéphanie Lépine, la nouvelle coqueluche du néo-trad. « C’est pour la paix que je travaille. Loin des canons, je suis en liberté. » À chanter jusqu’à ce que le Canada sorte de l’Afgha­nistan, en 2011.

Pour les défenseurs de l’environnement

 « L’homme de bois », du chanteur hip-hop Anodajay. « Se tenir debout, se serrer les coudes, affronter tout jusqu’à la foudre. »

Tout un programme pour 2010 ! Allez, bonne année !