Et si c’était vrai ?

Les manuels d’histoire, en 2050, racontent un hiver politique étonnant au Québec. Celui où la deuxième Révolution tranquille de cette nation francophone s’est mise en marche. Elle avait même un slogan : «Préparer le printemps pour nos enfants»…

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Le président du Conseil du Trésor, Martin Coiteux, invite les syndicats à travailler avec lui pour «projeter l’État du Québec au XXIe siècle». Bien. Encore faut-il qu’il y mette la manière... – Photo : La Presse Canadienne

Les manuels d’histoire, en 2050, racontent un hiver politique étonnant au Québec. Celui où la deuxième Révolution tranquille de cette nation francophone s’est mise en marche. Elle avait même un slogan : « Préparer le printemps pour nos enfants ». La population en âge de travailler déclinait. La productivité stagnait. Les coffres de l’État étaient dégarnis. Le temps d’agir était venu.

Au lieu d’annoncer à la hâte une série de mesures, le gouvernement avait pris un an de réflexion et de préparation. Sortir la guillotine ne pressait pas. La dette n’avait pas atteint la hauteur de celle de la Grèce ou du Portugal. Le gouvernement avait étudié consciencieusement tous les rapports de sa Commission de révision permanente des programmes, surtout ceux portant sur la santé — plus gros poste budgétaire, avec 37 milliards de dollars de dépenses en 2014-2015.

Les stratèges du parti avaient rechigné. Pour être réélu, le gouvernement devait faire des compressions tout de suite, disaient-ils. La grogne populaire serait oubliée d’ici la prochaine élection.

Heureusement, le gouvernement était d’une autre trempe. Il savait qu’en agissant trop vite, sans créer les alliances nécessaires et sans donner aux gens le temps de s’adapter, il ne ferait que polariser l’opinion et démoraliser tout le monde. Sans compter le risque, s’il retirait quatre milliards de dollars de l’économie, de déclencher une récession en 2016.

Une fois l’état des lieux établi, on envisagea les conséquences des politiques possibles. On repensa notamment le domaine de la santé, en s’inspirant d’une refonte suédoise aux résultats concluants.

Fut alors dressé un plan de frugalité — non d’austérité. La frugalité, les Québécois connaissaient. D’autres générations avant eux l’avaient pratiquée. Et ils reconnaissaient que la situation l’exigeait.

Lorsque ce plan échelonné sur quelques années fut annoncé, à la télé et sur le Web, le premier ministre n’était pas seul. On entendit en effet ce jour-là des médecins spécialistes annoncer qu’ils renonçaient aux hausses de salaire étalées sur sept ans que le gouvernement leur avait concédées en 2013. Après tout, ils étaient déjà les professionnels les mieux payés du Québec. Si tous consentaient des sacrifices, eux aussi en feraient, d’autant que certains, qui étaient « incorporés », gagnaient plus d’un million par an et n’étaient imposés qu’à un taux de 19 %. La santé qu’ils souhaitaient pour les Québécois dépendait aussi d’éducatrices en garderie enseignant de bonnes habitudes alimentaires aux tout-petits, d’organismes communautaires offrant un soutien aux aidants naturels, de parents moins stressés jouissant de congés parentaux adéquats. Il fallait préserver ces missions.

On vit aussi des pompiers et des policiers admettre qu’ils faisaient partie d’une « aristocratie de la retraite ». Pour éviter que leur Ville ne fasse faillite ou ne puisse plus entretenir les terrains de jeux et les arbres, ils choisissaient de contribuer à l’effort collectif. Que la rémunération globale dans le monde municipal soit de 37,9 % plus élevée que dans la fonction publique et parapublique était une situation qui ne pouvait plus durer.

Cet état d’esprit n’était pas né spontanément. Il y avait eu des rassembleurs. Les ministres les plus « polarisants », au verbe méprisant et au ton glacial, avaient cédé le micro à d’autres, plus habiles à susciter les adhésions. La tâche avait été ardue. La nature du jeu politique ne favorise pas les consensus. Mais on avait persévéré.

Tout ce qui précède est évidemment de la politique-fiction. Ce n’est pas ainsi que l’hiver 2015 s’est engagé. Mais il y a quelques signes positifs. Continuons d’espérer.

.     .     .

Dépenses consolidées de l’État québécois en 2014-2015
(en milliards de dollars)

Santé
37

Autres missions
30

Éducation
19

Service de la dette
11

(Source : ministère des Finances du Québec)

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11 commentaires
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En vous lisant, j’ai cru un moment que votre politique-fiction n’en était pas une. Je commençais à me réjouir tout-à-coup. Mais… il n’en était rien et si tous ne finiront pas guillotinés, plus d’unes et d’uns finiront tous plumés.

— Alouette, gentille alouette (Air connu) !

Les pays qui paient leur dette enrichissent les banques et du même accepte de payer la rançon auprès des ravisseur de la démogracie. Qui sont ceux qui ne paient pas leur dette actuellement? Ceux qui on le pouvoir 🙂
Les USA… Et demain ce sera la Chine qui décidera de ne plus payer les banquiers, ces Clerc du crime organisé.

Curieux mais prévisible que dans votre petite fiction nos oligarques chéris du système avec multiples subventions, multiples façons de détourner les impôts comme se payer en dividendes, se payer en actions, multiples abris fiscaux, multiples paradis fiscaux disponibles avec la complicité des élu(e)s avait aussi acceptés de faire un effort……………..en renonçant à ces vols organisés,mais comme il s’agit d’une fiction, l’arnaque continue.

Exercise complètement ridicule. Finis la politesse avec ces voleurs du PLQ qui ne prêchent pas par l’exemple.

ue la rémunération globale dans le monde municipal soit de 37,9 % plus élevée que dans la fonction publique et parapublique était une situation qui ne pouvait plus durer.

Facile à expliquer: en 82, Lévesque avait coupé les salaires de 20% des fonctionnaires. Les employés municipaux avaient évité la coupe. Comme les augmentations qui ont suivi se sont accumulé sur ce 20% non coupés, on se retrouve avec cet écart monumental de 38%.
Trouvera donc un jour un maire pour couper les salaires de 38% d’un seul coup?

La preuve est faite, coup après coup, dans pays après pays, l’austérité ne marche tout simplement pas.
Il ne fait que rétrécir l’économie et le nombre emplois plus que jamais.

Je suis déçu des Libéraux. Les médias ne font que parler d’austérité… Mais quelle austérité ? Le gouvernement ne coupe pas de façon courageuse dans les dépenses pour diminuer celles-ci. Il augmente plutôt les tarifs de la classe moyenne ! Voici une solution facile que n’importe qui aurait pu faire…

Il est facile de rêver d’un monde idéale et uni . L’être humain , avec ses égos , est inconciliable . Quelle sera la race dominante des Québécois en 2050 , si , pour que survivre notre race , nous devons faire appelle à des étrangers pour peupler le Québec .

Ce que votre édito nou montre, c’est qu’il faut d’abord bien communiquer, mobiliser la population pour lui faire accepter des changements aussi drastiques. De plus, je suis tout à fait d’accord avec vous quand vous dites que le gouvernement devrait prendre note des recommandations du Comité sur la révision permanente des programmes. D’ailleurs je ne comprends vraiment pas comment il se fait qu’il ait pris des mesures avant même d’avoir ce rapport et/ou fait le contraire de ce qui y était suggéré.