Êtes-vous YOLO ?

L’acronyme de You only live once est devenu le cri de ralliement d’une génération.

Photo : iStock

Rares sont les jeunes anglophones qui ne reçoivent pas, au moins une fois par jour, un texto se terminant par « YOLO ».

YOLO ? C’est l’acronyme de You only live once (on n’a qu’une vie). Le rappeur canadien Drake (nom de scène d’Aubrey Drake Graham) l’a formulé dans sa chanson « The Motto », sur l’album Take Care, en 2011 : « You only live once : that’s the motto, nigga, YOLO » (on ne vit qu’une fois : c’est la devise, nèg’, YOLO).

Cette expression est devenue virale un an plus tard, après que l’acteur Zac Efron, vedette du film High School Musical, se l’est fait tatouer sur le poignet. En avril 2012, la journaliste Maura Judkis l’a utilisée dans le Washington Post : « Nous vivons dans un état de YOLO ! » En février, la chaîne française W9 a même lancé une téléréalité intitulée YOLO : On ne vit qu’une fois.

L’acronyme a eu une forte résonance auprès des jeunes. Il exprime un mélange de rébellion, de témérité et d’insouciance mâtiné d’un esprit de fête, voire de débauche. « On l’emploie quand on sait qu’on est en train de faire une bêtise », explique ma nièce Ceilidh Barlow-Cash, 19 ans, étudiante à l’Université de Guelph, en Ontario. « Comme quand on sort faire la foire avant un examen important. »

L’expression « You only live once » n’est pas nouvelle. Formulée pour la première fois par Samuel Richardson dans son roman épistolaire Clarissa (publié en 1748), elle a été reprise dans une chanson de Frank Sinatra ainsi que dans un film de la série James Bond : You Only Live Twice (On ne vit que deux fois).

Ce qui est nouveau, c’est l’acronyme, qui est en voie de devenir très courant dans la culture texto, comme d’autres créations – OMG (oh, my God !, oh, mon Dieu !) et LOL (laughing out loud, je ris à voix haute), qui ont aussi pénétré d’autres langues que l’anglais. « On ne prononce pas souvent le mot », explique ma nièce Ceilidh. En effet, YOLO apparaît surtout sous la forme #YOLO, car il sert souvent de mot-clic dans les réseaux sociaux. Il agit donc comme une sorte de marqueur qui permet aux utilisateurs de se rassembler autour d’un concept.

Tout cela a-t-il un sens ? On en débat. Si le prestigieux Oxford American Dictionary considère cet acronyme comme une innovation linguistique déplorable, le Washington Post le qualifie de « carpe diem de la génération Y », par allusion à l’aphorisme latin qui signifie « mets à profit le jour présent ». Certains parlent de « cri du cœur des jeunes ».

La toile de fond de ce débat est un autre courant sociologique, qui consiste à étiqueter chaque décennie ou chaque génération. Il y a eu les années folles (années 1920), la génération perdue (de l’entre-deux-guerres), la génération grandiose (qui a fait la Deuxième Guerre mondiale). En 1991, l’historien William Strauss et l’économiste Neil Howe publiaient Generations, livre qui fondait la théorie selon laquelle chaque génération porte des valeurs particulières, voire son archétype : les baby-boomers (la génération du moi), la génération X (les fainéants). En 2000, ils ont consacré un autre ouvrage à la « génération du millénaire », nommée la génération Y par la suite, qu’ils décrivent comme plutôt engagée et optimiste.

Si l’attitude YOLO ne colle pas tout à fait au portrait qu’en brossent Strauss et Howe, c’est à cause de la récession de 2008, que personne n’a vue venir et qui a refroidi les plus optimistes. « Les gens de mon âge sont convaincus qu’il n’y aura pas d’emplois pour nous », dit ma nièce.

YOLO est-il l’étiquette d’une nouvelle génération ou une mode passagère ? La publicité s’en est déjà emparée pour vendre des t-shirts, des berceuses « tendance » et même de l’assurance vie ! S’insurgeant contre cette récupération, Drake aimerait bien qu’on le paie pour sa « marque ». Après tout, on ne vit qu’une fois…