Étudiants : gare aux faux Robin des bois

Les grévistes étudiants aiment bien se percevoir comme des Robin des Bois, forçant les riches à donner aux pauvres. Mais c’est un mirage, encore plus illusoire qu’un film hollywoodien.

Les grévistes étudiants aiment bien se percevoir comme des Robin des Bois, força
Photo : istock

Quel Québécois n’aspire pas, comme tous ces jeunes descendus dans la rue, à une société juste qui permette à tous de s’épanouir, jusqu’à l’université si les personnes en ont le talent ? Malheureusement, les mesures que les étudiants réclament ne sont pas la solution au problème d’accessibilité aux études supérieures qu’ils disent vouloir régler.

L’équité entre générations est un objectif louable. Discutons-en. Mais cessons de croire qu’on va ainsi « aider les pauvres ».

Le gel des droits de scolarité ne changera pas les possibilités d’études universitaires des enfants issus de familles démunies. Pour eux, les dés auront été jetés bien avant. Avant qu’ils entrent à l’école, parfois. Ou un peu plus tard, au primaire ou au secondaire, si l’école n’a pas su leur offrir les services (collations nourrissantes, orthophoniste, psychoéducateur) dont ils avaient besoin.

Pour améliorer l’accès des pauvres aux études supérieures, c’est en amont de l’université qu’il faut œuvrer. Bien en amont. On peut excuser les grévistes de l’ignorer. Un peu moins les syndicats d’enseignants de faire semblant qu’ils l’ignorent.

La culture des familles est souvent le frein le plus important à l’entrée à l’université des enfants pauvres. Les experts le savent.

Un élève étudiera, en dépit des privations matérielles, si des adultes marquants et la société dans son ensemble lui ont présenté le savoir comme désirable. La culture populaire du Québec fait-elle du savoir un objet de désir ? Ou se moque-t-elle des personnes instruites ?

Un élève réussira s’il maîtrise une attitude essentielle : accepter de reporter la satisfaction à plus tard. Important concept que celui-là !

Les psychologues savent déterminer les chances de réussite d’un enfant dans la vie dès que celui-ci a quatre ans, rien qu’en évaluant sa capacité de ne pas manger une guimauve lorsque l’expérimentateur lui en promet deux s’il patiente, seul, devant la friandise tentatrice pendant 15 minutes !

Une expérience menée à l’Université Stanford depuis les années 1970 a permis d’observer que les enfants qui avaient patienté le plus longtemps avaient, des années plus tard, fait de bonnes études, décroché des emplois payants et fondé des familles stables. C’était beaucoup moins – sinon pas du tout – le cas des participants qui avaient satisfait leur envie sans attendre.

Les éducateurs de garderie qui contribuent à bâtir de jeunes caractères font peut-être plus pour ouvrir les portes de l’université aux pauvres que ne le ferait la gratuité universitaire. Si nous avons à choisir, agissons là !

Étudiants et syndicats martèlent que la gratuité universitaire améliorera l’accès des pauvres aux études supérieures. Cette présumée certitude est comme le fait que l’eau gèle à 0 °C. Cela peut sembler une vérité immuable. Mais c’est parfois faux. Tout dépend des conditions environnantes (pression, atmosphère, surface). Attention au verglas. Attention à l’illusion.

Les étudiants dans la rue plaident pour que l’État assure à l’élite qu’ils deviendront une certaine équité financière avec l’élite qui l’a précédée.

Voilà l’issue souhaitée de leur combat. Rien de plus. Ne mêlons pas trop les pauvres à cette discussion-là.

Les parents québécois paient 17 % du coût réel des CPE, alors que les étudiants universitaires ne paient que 12 % du coût réel de leurs études. La hausse proposée harmoniserait le tout.

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