Étudiants, osez l’Asie !

Les études à l’étranger ? Un incontournable pour les jeunes Québécois, croit Bruno-Marie Béchard, ex-recteur de l’Université de Sherbrooke. L’actualité l’a rencontré à son retour d’une année en Asie, où il a observé le bouillonnement des universités.

Osez l’Asie !
Photo : Université de Sherbrooke

Pourquoi est-il si important pour les jeunes Québécois d’étudier à l’étranger ?

– Parce que l’ouverture du Québec sur le monde va s’accentuer. Dans 20, 30, 40 ans, ces jeunes établiront des liens avec l’étranger qu’on ne peut même pas imaginer aujourd’hui. Ils devront mon­trer une certaine expérience internationale pour accéder à n’importe quelle profession. Ça tombe bien, parce que les jeunes ont le goût de voyager. À nous de leur faci­liter la vie, de leur ouvrir des portes…

C’est dans cette optique que vous avez visité des dizaines d’universités en Asie ?

– Oui, pour mieux comprendre les universités, qui sont en plein bouillonnement là-bas. Par exemple, il se crée chaque année en Chine une centaine d’universités : autant qu’il en existe au Canada ! On connaît les bonnes universités européennes, on sait où diriger les jeunes, mais on fait encore très peu d’échanges avec celles de l’Asie. La diversité des établissements quant à la qualité et au style y est phénoménale.

Pas facile pour un étudiant québécois de s’y retrouver…

– Il doit d’abord choisir l’environnement social auquel il s’intéresse : étudier en Inde, en Chine, au Japon ou en Thaïlande, ce n’est pas pareil ! Mais dans toutes les universités que j’ai visitées en Asie, j’ai trouvé un accueil chaleureux, un vif intérêt pour les étrangers. Plus que dans certains pays occidentaux, où le nombre d’étudiants internationaux est élevé.

De plus en plus d’universités asiatiques, notamment au Japon, offrent des cours en anglais, ce qui facilite les choses.

– C’est assez simple, en effet, de faire des études en anglais dans beaucoup de pays d’Asie. Prenez les Philippines : l’enseignement primaire et secondaire s’y donne en filipino, mais presque tout se fait en anglais à l’université. Lors­qu’il a été question d’offrir plus de cours en anglais dans les universités québé­coises, moi qui suis un nationaliste dans l’âme, je suis resté convaincu qu’il fallait garder le français à l’Université de Sherbrooke. La réflexion a mené les Philippins à une autre décision, et depuis qu’ils sont passés à l’anglais, leurs universités se sont reliées plus facilement à un réseau de partenaires étrangers. Même chose au Japon, en Chine, en Inde, en Malaisie… L’anglais ouvre une porte. Je crois toutefois que l’efficacité de nos moyens pour inculquer notre langue aux nouveaux arrivants est aussi un élément clé. C’est d’ailleurs fascinant de découvrir des îlots francophiles partout en Asie. En Inde et à Taïwan, j’ai visité des entités universitaires franco­phones – de littérature, par exemple -, où l’on peut étudier en français.

Si on fait abstraction de la langue, que devrait faire le Québec pour attirer davantage d’étudiants étrangers ?

– Il faut que les universités s’unissent pour orchestrer une promotion internationale efficace. On n’en est encore qu’aux balbutiements.

Et comment inciter plus d’étudiants québécois à partir ?

– Il faut des universités souples, tolérantes envers ceux qui étudient ailleurs et veulent récupérer des crédits, des équivalences. Et il faut donner aux étudiants un coup de main pour les diriger vers la bonne université et le bon programme.

D’autres pays, notamment en Europe, l’ont compris avant nous…

– En Europe, le programme Erasmus [qui a permis à plus de deux millions d’étudiants de participer à des échanges universitaires depuis 1987], c’est époustouflant ! En peu de temps, il a révolutionné tous les parcours universitaires. Et le nombre de séjours à l’étranger a explosé. Je prévois le même essor au Canada. Mais on est encore loin de l’efficacité et de la générosité d’Erasmus. Nos gouvernements doivent en faire une priorité. Notre société a tout à y gagner. Non seulement les jeunes vont acquérir des compétences internationales, mais ils reviendront avec de nouvelles façons de penser.

Beaucoup hésitent à partir pour des raisons financières…

– Il y a des choix à faire : tout dépend de la valeur qu’on accorde à cette expérience. On peut faire des sacrifices ailleurs, trouver de l’aide, frapper à la porte d’une entreprise. Si on est capable de vendre du chocolat pour payer le bal de fin d’année, il doit bien y avoir moyen d’amasser des sous pour s’offrir un séjour dans l’université de ses rêves !

Il faut voir cela comme un investissement ?

– Oui, et qui sera vite rentabilisé. Un séjour d’études à l’étranger est une rampe de lancement pour décrocher le job idéal. Si j’avais 20 ans, je n’hésiterais pas une seconde à inclure des études à l’étranger dans mon parcours !

Doivent-elles être réservées à ceux qui ont les meilleures notes ?

– Ça devrait être obligatoire pour ceux qui sont forts. Ce serait péché que ces étudiants, qui seront vraisemblablement les leaders de notre société, n’aient pas d’expérience internationale. Mais l’idéal serait que tout le monde y ait accès, car un séjour à l’étranger n’est jamais une perte de temps, peu importe l’expérience et le choix de la profession.

Les employeurs sont-ils prêts à reconnaître cette expérience ?

– Oh que oui ! Pour certains, c’est même une obsession. J’ai côtoyé des gens de toutes sortes d’organisations pour qui des études à l’étranger sont presque une condition à l’embauche. Cela peut permettre à un candidat qui a une moins belle personnalité, un moins bon dossier universitaire, de passer devant les autres. C’était le cas il y a quelques années pour ceux qui maîtrisaient plusieurs langues. Dans bien des entreprises, c’est devenu une autoroute pour la sélection.

 

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