Étudier et travailler

C’est la formule des Maisons familiales rurales pour contrer le décrochage.

Photo : Jean-François Lemire

« Avant d’arriver ici, on voulait tous lâcher l’école ! » Debout dans un champ, près d’un tracteur, Jessica Veilleux suit son dernier cours sur l’ensilage du foin. L’élève de 18 ans termine ses études en production laitière à la Maison familiale rurale (MFR) du Granit, école secondaire de Saint-Romain, village de 650 âmes, en Estrie.

Les MFR font des petits au Québec. Depuis 10 ans, cinq ont été fondées. Une sixième ouvrira ses portes en septembre, dans la réserve de Mashteuiatsh, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, et une septième devrait voir le jour dans les Laurentides en 2010. « Des gens songent à en implanter au Nunavik », dit André Campeau, président fondateur de la MFR du Granit, la première du genre, née en 1999. Lui rêve d’une trentaine de MFR au Québec. « C’est une des solutions au décrochage scolaire », dit ce producteur laitier de 59 ans. Au Québec, 30 % des jeunes abandonnent l’école en cours de route.

Créées en France il y a près de 70 ans, les MFR attirent les jeunes manuels, qui ne trouvent pas leur place dans les classes traditionnelles. De la 3e à la 5e secondaire, les élèves y apprennent le métier de producteur laitier, d’éleveur bovin, de travailleur forestier, d’acériculteur, de mécanicien de machinerie légère, etc. Et ils le font sur le plancher des vaches !

Deux semaines par mois, les jeunes étudient en classe et vivent ensemble dans un internat attenant à l’école. Ils déménagent ensuite chez un fermier, où ils passeront deux semaines. Leur maître de stage, bénévole, les héberge gratuitement et leur transmet son savoir.

« Près de 90 % des élèves de la MFR du Granit obtiennent un diplôme d’études professionnelles », dit André Campeau, président de la Coopérative de solidarité en formation et développement rural du Granit, qui gère l’école en partenariat avec la commission scolaire de la région. La majorité d’entre eux décrochent aussi un diplôme d’études secondaires et certains poursuivent leurs études au cégep.

Il n’y a pas que le jeune qui y gagne. Le maître de stage reçoit une aide d’appoint. Et la région conserve sur son territoire une jeune main-d’œuvre formée. D’une pierre trois coups!