Eugenie Bouchard et la génération sans complexe

Elle n’a peur de rien. Eugenie Bouchard se présente, souveraine, devant ses idoles, prête à livrer bataille, persuadée de pouvoir gagner… On n’avait pas vu ça depuis longtemps ! Un essai de Pierre Cayouette.

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Sous le feu des projecteurs, Eugenie Bouchard est comme un poisson dans l’eau. L’adepte des selfies pose avec la joueuse de tennis Chris Evert, à Singapour, en janvier. – Photo : Rahman Roslan / Getty Images pour la WTA

Cannes et Roland-Garros. Le cinéma d’abord, le tennis ensuite. Les deux happenings s’enchaînent coup sur coup, fin mai, début juin, et marquent l’arrivée des beaux jours pour les Français. Du sable blanc de la Croisette à la terre ocre du stade de la porte d’Auteuil, les paparazzis s’affolent, à la recherche de visages connus sous les panamas.

Cette année, ce printemps typiquement français fut celui du Québec. Coup sur coup, deux jeunes Québécois ont volé la vedette et fait s’extasier la presse internationale. Sur les courts de terre battue de Roland-Garros, Eugenie Bouchard, 20 ans, a connu un parcours de rêve, allant jusqu’à accomplir l’exploit d’atteindre la demi-finale. Elle ne s’est avouée vaincue qu’après une longue et rude bataille contre la reine russe Maria Sharapova, son idole de jeunesse, devant qui elle n’avait plus, le temps d’un match, la moindre déférence. À Cannes, quelques jours plus tôt, les festivaliers et la presse n’en avaient que pour Xavier Dolan, 25 ans, déjà un vieil habitué des grands honneurs.

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Bien sûr, ils œuvrent dans des univers qui sont aux antipodes. Mais ces deux-là, Dolan et Bouchard, ont beaucoup en commun. Ils appartiennent à une nouvelle génération de jeunes Québécois qui visent le sommet, et rien de moins. À Venise ou à Cannes, Xavier Dolan cherche le Lion ou la Palme d’or et ne s’en cache guère. Eugenie Bouchard, elle, a soif de victoires et semble dépourvue de cette humilité et de cette peur qui ont paralysé tant de joueuses de tennis québécoises et canadiennes avant elle. Comme Dolan, elle affiche son ambition avec une assurance tranquille que des esprits habitués à la défaite confondent parfois avec de l’arrogance ou de la forfanterie.

À vrai dire, il y a longtemps que les Québécois se sont débarrassés de tout complexe et sont partis à la conquête de la planète. Le monde des arts, en particulier, a généré plus que son lot de stars mondiales, de Robert Lepage à Céline Dion. Le tennis, sport particulièrement exigeant sur le plan psychologique, demeurait jusqu’à récemment l’un des derniers champs d’activité où subsistaient des traces des complexes d’autrefois. Pour se hisser parmi les plus grands du monde, il faut non seulement une discipline de samouraï, mais aussi, et surtout, une confiance en soi et une force de caractère exceptionnelles. Le monde du tennis québécois a attendu longtemps, en vain, sa « Céline Dion ». Et si c’était Eugenie ?

Devant la presse enthousiasmée par son ascension fulgurante, Eugenie Bouchard refuse la modestie, vraie ou fausse, qui a caractérisé jusqu’à ce jour bien des joueuses québécoises. « Chaque fois que j’entre sur le court, je sais que j’ai une chance. J’ai confiance en mon talent », a-t-elle confié au quotidien français L’Équipe. Elle le dit depuis l’enfance : elle veut devenir la première joueuse au classement mondial.

* * *

Les accros du tennis — j’en suis —, qui se retrouvent depuis plus de 30 ans, été après été, à la Coupe Rogers, entendent parler d’Eugenie Bouchard depuis un bon moment. Dès sa première participation au tournoi de Montréal, en 2008, alors qu’elle n’avait que 14 ans, elle avait attiré l’attention, même lors de sa défaite au premier match des qualifications. Déjà, Louis Borfiga, l’entraîneur de Tennis Canada grandement responsable des succès récents des Canadiens, lui prédisait un brillant avenir. On se méfiait, tout de même. Car tant de joueurs et de joueuses aux lendemains pleins de promesses n’ont pas tenu promesse, justement. On soupçonnait l’émergence d’une autre brave Québécoise qui connaîtrait une carrière internationale plus que respectable, comme Marie-Ève Pelletier, Stéphanie Dubois ou Aleksandra Wozniak, sans jamais toutefois atteindre ces sommets — le « top 20 » mondial — où l’air se fait plus rare.

Eugenie Bouchard n’est pas de cette mouvance. En 2012, la Québécoise avait déjà rallié bien des sceptiques en remportant le titre en simple, à Wimbledon, chez les juniors.

C’est en foulant de nouveau l’herbe menue du All England Club, l’année dernière, qu’Eugenie Bouchard a été sacrée pour de bon star mondiale du tennis. J’y étais, par un beau hasard de la vie, moi qui rêvais depuis longtemps d’un pèlerinage à Wimbledon. Ce jour-là, son match devait se disputer sur un court secondaire, devant une foule modeste. Or, à la toute dernière minute, les organisateurs ont décidé de le déplacer sur le court central, lieu mythique qui intimide même les plus courageux. Pas la jeune Québécoise, cependant. Eugenie Bouchard, alors 66e au classement mondial, n’a pas craqué et s’est surpassée pour vaincre la Serbe Ana Ivanovic, 12e favorite, et faire tourner toutes les têtes. Elle sait quand gagner, rappelle l’ex-joueuse Hélène Pelletier, qui analyse le tennis depuis 25 ans sur les ondes de RDS. Et plus l’enjeu est grand, plus elle se dépasse. C’est en cela qu’elle se distingue de plusieurs générations de joueuses québécoises.

Un an plus tard, Eugenie Bouchard est dans le top 10 du classement mondial. Elle n’est pourtant pas la plus forte d’un point de vue technique. Elle n’a ni le service terrifiant ni le coup droit dévastateur de Serena Williams, ni non plus le jeu de jambes gracieux de Steffi Graf. Mais elle est solide dans tous les aspects du jeu. Sa détermination fait pencher la balance. « Une vraie guerrière », disent en chœur ses entraîneurs.

Souvent, dans le sport professionnel, on retrouve cette rage de vaincre chez les athlètes issus de milieux modestes. Eugenie Bouchard a plutôt eu une enfance dorée. Elle a grandi à Westmount. Puis, elle s’est expatriée en Floride, dès l’âge de 12 ans, pour étudier au Saviano High Performance Tennis, l’école que dirige son entraîneur actuel, Nick Saviano.

On en conviendra, ce n’est justement pas le genre d’enfance qui donne envie de se battre corps et âme. On a vu tant de gosses de riches ne rien faire de leur vie et s’en remettre à la fortune familiale. Non, il faut chercher ailleurs l’explication de son succès et de sa rage de vaincre. C’est peut-être qu’elle est, comme Xavier Dolan et d’autres Québécois dans la jeune vingtaine, d’une génération qui vise le sommet et qui l’assume pleinement.

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Les commentaires sont fermés.

Très beau papier! Eugenie c’est ca: Une vraie championne dans le sang et dans l’âme! Tellement québécoise aussi!

On ne nous a pas encore expliqué comment une fille qui s’appelle Bouchard, qui a une mère qui s’appelle Leclair, trois grands-parents francophones (Bouchard, Martin et Leclair) peut casser son français à ce point???

J’ai des oncles, des tantes, des cousins, des cousines avec des noms français qui ne parlent pas un mot de cette lagnue. La langue n’est pas synonyne de nationalité. C’est plutôt anglophone à Westmount n’est-ce pas?

Bonjours Eugenie, merci pour cette belle performance tu le mérites bien . André gros bisous et la prochaine ca va être toi

C’est vrai que c’est un bon article. mais généraliser les succès d’Eugénie Bouchard à toute une nouvelle génération « sans complexe » les banalisent. Chaque génération a produit ses stars, des gens fonceurs, sûrs d’eux et gagnants. Et, entre vous et moi, avoir eu une vie comme celle qu’elle a eue, entourée de gens qui l’ont encouragée tout au long de son parcours, je n’aurais peut-être pas trop de complexes moi-même. Enfin, ce ne sont pas uniquement les gens issus de milieux modestes qui ont une rage de vaincre… Plusieurs leaders de la finance, politiciens ou autres, le prouvent.

Merci pour votre commentaire! Il y a un an ou deux je recevais une édition de l’actualité avec une couverture annonçant la génération YOLO! C’était finalement un ramassis de jeunes plutôt aisés qui avaient les moyens de se réaliser, ce qui n’est pas représentatif. Il ne faut pas généraliser une génération sur un seul individu!

Bon v’là les journalistes encore parti en peur. Ils idolâtre cette jeune athlète. Mais ce qui me dérange c’est l’emphase mit sur sa québécitude. Elle est peut-être né ici mais justement sont accent anglo. et son vocabulaire restreint dit tout. Et puis à ce que j’apprends de cet article-ci c’est qu’elle n’est même pas issue de l’école de tennis du Canada puisqu’elle s’est exilée en Floride avec son coach. O.K elle est québécoise mais on peux tu tempérer un peu. Et bravo pour elle tout de même car le travail c’est elle qui le fait avec le support de sa famille. Elle persiste chaque jour. Et puis elle n’a pas la grosse tête. Elle est chaleureuse et généreuse en entrevue. Bien agréable de la suivre.

À Repentigny, elle s’adresse à la foule seulement en anglais.

Elle affirme en public que l’accent Québécois. est dégueulasse.

Certains trouvent cela admirable, moi pas.