Eugenie Bouchard : la reine des courts

Après les tournois d’Australie et de Roland-Garros, puis de Wimbledon, plus personne sur le circuit du tennis n’ignore son nom : Eugenie Bouchard. Voici le parcours d’une Québécoise qui n’a pas fini de faire parler d’elle !

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Les plus grandes scènes n’intimident pas Eugenie Bouchard, qui tutoie les sommets. À 20 ans, elle a accompli ce qu’aucune Canadienne n’avait réussi avant elle. – Photo : David Vincent / AP / La Presse Canadienne

Deux balles jaunes signées par Maria Sharapova et Martina Hingis, souvenirs d’une visite à Montréal des championnes du tennis féminin, trônent dans un cadre, dans le hall du club cossu de L’Île-des-Sœurs. En attendant leur tour de jouer, des jeunes y jettent un coup d’œil furtif. La plupart ne se doutent pas qu’un « souvenir » plus marquant encore auréole le club. « Il n’y a pas si longtemps, une petite fille blonde de 5 ans tapait des balles sur ces mêmes courts », raconte Zdenek Bukal, 39 ans, qui a été l’entraîneur de ladite jeune fille jusqu’à ses 12 ans. Et cette joueuse, c’est la coqueluche mondiale de l’heure, Eugenie Bouchard !

La Québécoise, née à Westmount, vient d’entrer, à 20 ans, dans le club des 10 meilleures joueuses de la WTA (Women’s Tennis Association). Après Wimbledon, elle s’est hissée au septième rang mondial, éclipsant ainsi le record de sa compatriote Carling Bassett, huitième joueuse de la planète en 1985. Eugenie Bouchard a aussi accompli ce qu’aucune Canadienne n’avait réussi avant elle : atteindre la finale d’un tournoi du Grand Chelem.

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Eugenie Bouchard n’a pas fait partie des 1 000 personnalités les plus médiatisées au Québec en 2013 (recensées par Influence Communication), mais son nom est aujourd’hui sur toutes les lèvres.

« Tous les joueurs de tennis rêvent de disputer un match sur les plus grands terrains, mais beaucoup vont trembler devant l’envergure du rendez-vous. Eugenie, au contraire, élève son niveau de jeu. Elle aime jouer sur les plus grandes scènes », dit Sylvain Bruneau, capitaine de l’équipe canadienne à la Coupe Fed (la Coupe du monde du tennis).

Le circuit WTA a fait d’Eugenie Bouchard le visage de la nouvelle génération lors d’une activité promotionnelle à Singapour, en janvier dernier — avec, de l’autre côté du filet, l’Américaine Chris Evert, l’une des plus grandes joueuses de l’histoire de ce sport.

Quand, en 1998, Michel Bouchard a commencé à jouer avec une balle et une palette en compagnie de ses jumelles de quatre ans, dans le sous-sol de la maison familiale, à Westmount, il était loin d’imaginer la série d’événements qu’il venait de déclencher. Eugenie s’est immédiatement prise de passion pour la balle jaune — alors que sa sœur Beatrice joue pour le simple plaisir. Quelques mois plus tard, Eugenie commençait les cours, particuliers et en groupe, pendant que les enfants de son âge construisaient encore des châteaux de sable.

« L’intérêt qu’elle portait au tennis était très grand, alors on a continué à lui offrir les meilleurs instructeurs, à l’inscrire à des tournois », raconte ce père qui, grâce à Internet, ne manque pas un match de sa jeune championne — la maman, Julie Leclair, accompagne sa fille en tournoi.

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À huit ans, « Genie » s’entraînait déjà avec des garçons de trois ans ses aînés. Elle s’est rapidement démarquée des autres filles par son approche cérébrale, se rappelle Sylvain Bruneau. « Lors des camps d’entraînement, Eugenie était la seule à mettre en application, pendant les parties, tout ce que l’on venait de lui enseigner pendant les exercices. Elle avait soif d’apprendre et c’est encore le cas aujourd’hui », dit-il. Cette attitude n’est pas étrangère aux succès de la jeune femme, croit Sylvain Bruneau. « Elle a compris que c’est comme ça qu’elle deviendrait une grande joueuse de tennis. »

Gagner a toutefois un prix. La famille Bouchard a beau être à l’abri du besoin (le papa est conseiller financier en fusion et acquisition), Michel Bouchard concède avoir eu de la difficulté à payer la facture, qui n’a fait qu’augmenter jusqu’à ce que, en 2009, la joueuse intègre le Centre national d’entraînement de Tennis Canada, à Montréal.

Ainsi, en 2008, lorsque Eugenie a gagné, au Costa Rica, son premier tournoi sur le circuit junior de la Fédération internationale de tennis (à 14 ans), il a aussi fallu payer le séjour de deux semaines à un entraîneur. « Ça nous a coûté environ 8 000 dollars, raconte Michel Bouchard. C’était extrêmement difficile. Nous étions comme une petite PME. »

Tous ces investissements lui ont toutefois paru anecdotiques quand sa fille a soulevé le trophée du tournoi de Wimbledon, dans les rangs juniors, en 2012 — une autre première pour le Canada. « C’était un aboutissement, dit Michel Bouchard. Même si sa carrière s’était arrêtée là, tous les efforts auraient valu la peine rien que pour ce moment historique. »

Eugenie Bouchard reste une jeune fille de son temps, accro aux réseaux sociaux, grâce auxquels elle entretient sa communauté d’admirateurs, rassemblés sous le nom de « Genie Army ». Sa bonne humeur a également accompagné le Canada jusque dans le groupe des meilleures nations au monde, qui se disputent la Coupe Fed.

« Dans notre équipe, elle a instauré une activité de charades, explique le capitaine de l’équipe canadienne, Sylvain Bruneau. À Québec, en avril, lorsqu’on a battu la Slovaquie, nous sommes allés fêter la victoire dans un restaurant, qui était plutôt vide puisque c’était le dimanche de Pâques. Nous en avons profité pour jouer aux charades jusqu’à je ne sais quelle heure ! »

Les dirigeants du tennis canadien se frottent les mains devant les succès d’Eugenie Bouchard. « Le Canada, depuis deux ans, est le pays dont on parle le plus dans le monde tennistique, grâce notamment à Eugenie », explique Louis Borfiga, qui a travaillé à l’éclosion des joueurs français Jo-Wilfried Tsonga, Gaël Monfils et Gilles Simon avant de traverser l’Atlantique pour devenir vice-président de l’élite à Tennis Canada.

« Notre stratégie est d’utiliser les bons résultats des joueurs d’élite pour populariser le sport et encourager les enfants à pratiquer le tennis. Eugenie, tout comme Milos Raonic chez les hommes, joue un rôle important, car les jeunes joueurs du pays savent maintenant qu’ils peuvent tutoyer les sommets. »

Elle crée l’histoire, et c’est tant mieux, note pour sa part Zdenek Bukal. Depuis 23 ans, il tente de donner toutes les armes aux jeunes joueurs du Québec pour percer au plus haut niveau. « Les filles vont maintenant vouloir être la future Eugenie. Espérons que le tennis au Canada en profite. »

Sur les traces de Sharapova

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En 2002, à Miami, Eugenie Bouchard avait 8 ans, Maria Sharapova 15 ans. Deux grandes vedettes en devenir. – Photo : Collection privée

 

Eugenie Bouchard
Âge : 20 ans
Taille : 5 pi 10 po (1,78 m)
Poids : 134 lb (61 kg)
Victoires contre Sharapova : 0

 

Maria Sharapova
Âge : 27 ans
Taille : 6 pi 2 po (1,88 m)
Poids : 130 lb (59 kg)
Victoires contre Bouchard : 3

 

 

 

 

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En janvier 2013, Bouchard et Sharapova posaient pour une pub de Nike.

 

L’accent d’Eugenie

Son accent anglais, lorsque Eugenie Bouchard s’exprime en français, en a étonné certains. La jeune femme l’explique par le fait qu’elle a été élevée dans un milieu anglophone, à Westmount, et a vécu en Floride de 2007 à 2009.

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Les commentaires sont fermés.

Felicitation a Eugenie mais il y a un mais son « coach » doit travaille le retour croise sur les coins de ligne des services,de un en attaquant vers l’avant ne pas rester en arriere .
Pour le service Eugenie est trop sur arriere qui lui enleve de la force et la mais en desiquilibre pour sa vision pour anticiper et attaquer.Le service doit etre au dessus de la tete mais en transferant son poids vers l’avant et non vers l’arriere qui enleve de la force .
Euginie si tu ameliore ses deux elements soit avoir plus de force pour ton service et une meilleure vision et en attaquant plus vers le net pour frapper ses croiser devastateur de la derniere fin semaine .
Bonne chance tu va etre la champoinne du monde tres vite ici un mois deux mois tout va dependre de ton entrainement tout est pesque la ,il sagit d’etre calme mais il y a mais lorsque tu te fait destabiliser il faut qu’il se passe que chose et ses la contre attaque en enticipant et en allant au net.

À votre tour, avec un bon prof en français, vous pourriez améliorer votre expression écrite..

Eugenie est toujours en contrôle de ses émotions sur un court de tennis, un peu comme Federer. Elle est très forte mentalement, ce qui lui permet de revenir de l’arrière régulièrement durant un set ou un match et elle démontre une remarquable maturité pour ses 20 ans. C’est tout un phénomène et c’est très bon pour le tennis au Canada et au Québec.
Bravo Eugenie!

Vous écrivez, monsieur Destouches, à propos de l’accent d’Eugenie :

« Son accent anglais, lorsque Eugenie Bouchard s’exprime en français, en a étonné certains. La jeune femme l’explique par le fait qu’elle a été élevée dans un milieu anglophone, à Westmount, et a vécu en Floride de 2007 à 2009. »

La peur de susciter des réactions hostiles d’une partie du public québécois pousse Eugenie et sa famille à cacher la vérité : la famille Bouchard est une famille anglophone, et l’anglicisation s’est faite, tout l’indique, avant même la naissance d’Eugenie.

Notons que le français d’Eugenie est d’excellente qualité. J’ai pu constater, lors du passage de son petit frère William au téléjournal il y a quelques jours, que lui aussi parle un très bon français, avec le même accent qu’Eugenie : pour lui comme pour sa grande soeur, le français est une langue seconde.

Le fait que la famille d’Eugenie, dont trois des quatre grands-parents sont francophones, se soit anglicisée, alerte notre sentiment d’insécurité collective. Justin Trudeau, lui, a trois grands-parents anglophones sur quatre et, bien qu’étant plus à l’aise en anglais, il parle un français presque dépourvu d’accent (avec parfois des fautes horribles, mais qui se font plus rares avec les années).

Il ne sert à rien d’en vouloir aux individus : depuis la Conquête, bien des familles francophones et allophones se sont anglicisées, et cela va continuer. En revanche, beaucoup plus d’anglophones que de francophones quittent le Québec pour aller vivre ailleurs en Amérique du Nord, ce qui rétablit plus ou moins l’équilibre. Étant donné notre situation géographique et le prestige de la langue anglaise, le français sera toujours en danger chez nous. Il faut nous y faire, et travailler à rendre le français plus attrayant, si sa survie nous tient à coeur.

Merci pour cette information. Sachant que son père parle français sans accent, je croyais que sa mère était anglophone mais je vois qu’elle a un nom français. D’où le risque d’assimilation en milieu minoraitaire.

En espérant qu’il reste des jeunes francophones dans Westmount qui parlent sans accent et avec qui Eugenie pourrait pratiquer…

Le continent québécois et se huit millions d’individus est acculé à l’Atlantique et entouré de quelque 350 millions d’anglophones. L’influence anglophone ne fait qu’augmenter, la loi de la nature quoi!
Et puis j’aime mieux entendre un français précis mais « accentué » que notre joual québécois des tavernes.

On n’a peut-être pas de potion magique, mais le village québécois saura sans doute résister encore longtemps et conserver son parler particulier.

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