[Extrait] La machine à broyer les rêves : Si Maurice Richard était né en 2013, jouerait-il au hockey ?

Selon Statistique Canada, à peine 5 % des enfants dont les parents gagnent 30 000 dollars ou moins jouent au hockey. C’est quatre fois moins que ceux issus de familles qui touchent 60 000 dollars ou plus.

Photo: Bruce Bennett/Getty Images
Photo: Bruce Bennett/Getty Images

Du pee-wee à la LNH : l’histoire d’un rêve

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Jouer dans la Ligne nationale de hockey. Soulever les foules. Gagner des millions de dollars. C’est le rêve de milliers de jeunes Québécois — et de leurs parents, qui dépensent des sommes de plus en plus folles pour nourrir un rêve de moins en moins accessible. L’histoire s’ouvre avec le dernier repêchage de la LNH, alors que le clan d’Anthony Duclair, un des hockeyeurs québécois les plus prometteurs, attend nerveusement le sort réservé au jeune homme. Au fil du récit, vous serez soufflés par les sacrifices que les jeunes hockeyeurs doivent consentir pour espérer, un jour, percer dans les grandes ligues. Pendant six mois, le journaliste Jonathan Trudel a eu accès aux coulisses du rêve. Le hockey est-il devenu un sport de riches ? En vente sur iTunes, dans la boutique Kindle d’Amazon et la boutique Kobo.


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Le mercure indique plus de 25 °C en ce dimanche après-midi de la fin juin à Brossard, en banlieue de Montréal.

Des milliers d’enfants ont envahi les piscines et pataugeoires de la région métropolitaine.

Zachary Marquis-Laplante, neuf ans, a quant à lui enfilé ses épaulettes, son casque protecteur et chaussé ses patins. Comme quelques centaines d’autres jeunes, il participe à la finale du tournoi Champion des champions, qui réunit certaines des meilleures équipes de hockey mineur du Québec, au Complexe sportif Bell, là où s’entraîne le Canadien de Montréal.

Plus que quelques secondes et les Nordiques AAA, l’équipe de Zachary, remporteront les grands honneurs dans la catégorie novice.

Quelques instants plus tard, dans le vestiaire des vainqueurs, le Gatorade coule à flots. Sur les murs du couloir menant à la patinoire trônent des photos géantes de Carey Price, Brian Gionta et autres vedettes du Canadien. Les yeux brillants, Zachary s’imagine déjà parmi eux, dans la LNH. Quand je lui demande depuis quand il caresse ce rêve, il me répond sans hésiter : « Depuis que je suis né ! »

Son plan est déjà fait. Il aimerait jouer pour les Penguins de Pittsburgh, idéalement avec Sidney Crosby.

À neuf ans, l’ailier droit trime déjà dur pour voir se réaliser son vœu. Il a chaussé les patins à l’âge de trois ans, s’est joint à sa première équipe à quatre ans. Depuis, il fréquente les patinoires 11 mois par année. En plus de la saison officielle de sa ligue, qui se termine en avril, il participe à divers tournois printaniers et à des camps de perfectionnement l’été.

« Ça fait des saisons coûteuses », admet son père, Dany Marquis. Mais ce n’est pas un sacrifice, insiste-t-il. « On est une “gang” de parents passionnés de hockey, on a du plaisir. »

Directeur d’usine à Lévis, le papa prend régulièrement congé le vendredi pour accompagner l’un ou l’autre de ses deux fils à un tournoi. « Ça demande d’avoir des employeurs compréhensifs », dit-il. Et un emploi bien rémunéré, pourrait-il ajouter. Cette seule fin de semaine à Brossard lui coûtera 800 dollars, en calculant l’hôtel, l’essence et l’inscription au tournoi. Chaque année, Dany Marquis « investit » plus de 10 000 dollars dans l’aventure du hockey de ses deux fils.

« Pour ceux qui ont moins de moyens que nous, ça devient difficile de suivre, dit-il. Est-ce que le niveau élite réunit vraiment les meilleurs joueurs ou ceux qui en ont les moyens ? La question se pose. Je connais des jeunes qui avaient le talent pour aller dans le bantam AA ou même AAA [niveau élite], mais qui n’avaient pas assez d’argent. »

Si Maurice Richard, fils d’ouvrier d’usine, était né en 2013, jouerait-il au hockey ? En aurait-il les moyens ?

Combien de Mario Lemieux potentiels sont condamnés à compter des buts contre un gardien virtuel dans un jeu vidéo ? La question hante un nombre grandissant de dépisteurs, d’entraîneurs et de parents.

Longtemps étiqueté sport de cols bleus, le hockey est désormais hors de portée d’une grande partie de la population. Selon Statistique Canada, à peine 5 % des enfants dont les parents gagnent 30 000 dollars ou moins jouent au hockey. C’est quatre fois moins que ceux issus de familles qui touchent 60 000 dollars ou plus.

Au niveau élite, la disparité est encore plus grande. Même la classe moyenne a de la difficulté à suivre.

Dans certaines équipes midgets AAA, le niveau avant le junior, le coût d’inscription pour une saison atteint 8 000 dollars. Et c’est sans compter l’équipement, dont le prix peut dépasser 4 000 dollars. À eux seuls, les bâtons en graphite prisés par les adolescents coûtent jusqu’à 300 dollars pièce. De quoi donner des maux de tête à bien des parents.

« L’an dernier, mon fils a cassé son bâton à l’entraînement en voulant tester sa flexibilité », raconte Lyne Rivard, mère d’Alexandre Bolduc, qui évoluait l’an dernier avec les Forestiers d’Amos, en Abitibi, dans la ligue midget AAA. « Mon mari et moi, on a fait une entente avec lui : on lui rembourse celui-là, mais à moins d’un accident, s’il en brise un autre, il le paie de sa poche. »

De son propre aveu, cette résidante de Val-d’Or n’a aucun souci d’argent. Son mari, ingénieur minier, touche un salaire annuel dans les six chiffres, sans compter son revenu à elle, plus modeste, d’assistante dentaire.

Le hockey finit tout de même par grever le budget familial. « On ne regrette rien, mais quand le parcours d’Alexandre dans le monde du hockey va se terminer, disons qu’on va enfin pouvoir prendre des vacances à l’étranger », dit-elle en riant.

Lyne Rivard a compilé minutieusement les sommes dépensées au fil des ans pour aider son fils (repêché au premier tour par les Cougars de Sherbrooke, de la Ligue de hockey junior AAA, en juin dernier) à progresser. La liste comprend une série de camps d’été (jusqu’à 525 dollars la semaine), de tournois printaniers (300 dollars), de séances avec un entraîneur personnel (125 dollars et plus). Mais elle exclut les coûts de la famille d’accueil d’Alexandre à Amos (125 dollars par semaine) et ceux de son hébergement à Sherbrooke, ainsi que ses propres dépenses (essence, chambre d’hôtel, restaurants) quand elle va voir son fils en action.

Lyne Rivard n’a jamais osé additionner les chiffres sur sa liste.

Beaucoup d’autres l’ont fait. En règle générale, la facture oscille entre 12 000 et 15 000 dollars pour une seule année dans le midget AAA.

Pas si loin du coût d’une année d’études en médecine à l’Université de Toronto (près de 20 000 dollars).

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Trouvez le texte complet («La machine à broyer les rêves : Une enquête de 16 pages dans les coulisses du hockey») dans le numéro de L’actualité du 15 décembre, offert dans l’application iPad de L’actualité ou dans Google Play,
ou en format livrel. Pour lire le premier extrait, cliquez ici.

 

Les commentaires sont fermés.

Mon fils fait partie d’une equipe Bantam AAA de la nouvelle structure d’Hockey Quebec. Une fois que toutes les dépenses seront comptabilisées, ( sports-etudes, inscription au club, tournois, autobus, uniforme, équipements ) nous aurons dépensé au minimum 5000$ . Il a reçu aujourd’hui un courriel qui dit ceci :

Suite a ta performance au cours de la saison, la Structure Intégrée des
> *********** (Region Midget AAA) te félicite de ta sélection pour la Coupe Québec U15 qui aura
> lieu à Gatineau du 5 au 9 mars 2014
>
> Ceci est la première communication, tu dois me confirmer ta présence dans les
> plus brefs délai a cette adresse de courriel ******************
>
> les coûts pour cette activité seront communiquer aussitôt que tu auras
> confirmé ta présence.

Est ce que les dirigeants du Hockey ont des salaires si élevé, qu’ils ne réalisent pas que les parents doivent connaitre le coût pour donner la réponse ? Parce qu’Hockey Quebec ne prend pas de paiement par carte de crédit ! Ou ils croient que tous les parents rêvent de LNH pour leur fils et que par conséquent, ceux-ci ne refuseront jamais l’invitation, peu importe le prix !

Merci de ne pas mettre mon nom si vous publier ce commentaire. Mon fils pourrait être retranché de la sélection a cause de sa mère !!
Une maman qui essaie d’encourager les rêves de ses 3 enfants.