Aller marcher, ça marche !

Préserver sa santé mentale, ça commence par poser un pied devant l’autre. Puis on répète.

Photo : gpointstudio / Getty Images

Les preuves sont béton : faire quelques tours du bloc à pied aide à soigner de nombreux troubles mentaux, assure Paquito Bernard, professeur au Département des sciences de l’activité physique à l’UQAM. Un médicament gratuit à la portée de tous.

On associe plutôt l’exercice à la forme physique. En quoi est-il aussi bénéfique à la santé mentale ?

Une foule d’essais cliniques ont montré que bouger diminue les symptômes de la dépression. Les résultats sont si probants qu’un groupe d’experts canadiens, le Canadian Network for Mood and Anxiety Treatments, recommande même la prescription d’activité physique comme soin de première ligne, combinée à un antidépresseur ou à une psychothérapie. L’entraînement augmente les niveaux de sérotonine et de dopamine, deux neurotransmetteurs favorisant le bien-être, en plus de stimuler la connexion entre des zones cérébrales. Ça améliore également l’estime de soi. Enfin, de plus en plus d’études indiquent que l’exercice est efficace pour traiter l’anxiété, les troubles psychotiques et les troubles d’usage de substances. Malheureusement, depuis le début de la pandémie, les Canadiens sont moins actifs, et c’est encore pire au Québec, selon des chercheurs de Toronto et de Vancouver. Chez les enfants aussi, il y a une diminution marquée. 

À quel point faut-il s’entraîner pour en tirer les bénéfices psychologiques ? 

Bien moins qu’on pourrait le penser ! Je recommande de marcher quotidiennement 30 minutes à une vitesse modérée, comme lorsqu’on craint de rater l’autobus. Ce n’est pas une balade, mais pas une course non plus. On peut aussi se fixer un objectif de 5 000 pas par jour. Lors d’une étude récente menée auprès de 7 000 adultes, j’ai découvert, avec des collègues, que c’est suffisant pour améliorer sa santé mentale. Même qu’au-delà de ce seuil, il n’y a pas de gain supplémentaire. Ça m’a moi-même étonné : 5 000 pas, soit de 30 à 40 minutes de marche, c’est un objectif facile à atteindre. 

Ce message de santé publique est peu entendu. Pourquoi ?

D’une part, les kinésiologues sont rares dans les services de santé mentale des établissements de soins au Québec, et leurs postes sont toujours parmi les premiers à sauter lorsqu’il y a des coupes dans le personnel. Ensuite, les médecins ne sont pas suffisamment informés des effets positifs de l’exercice sur le bien-être psychologique, même si la preuve scientifique est très solide. Enfin, quand ils traitent d’activité physique, les médias ont tendance à montrer des jeunes aux muscles découpés, habillés de survêtements dernier cri, en train de pratiquer un sport à haute intensité. Cette image de performance décourage les gens de se mettre à l’exercice, car elle est trop éloignée de leur réalité. J’aime répéter que bouger, ce n’est pas forcément jouer au soccer ou courir sur un tapis au gym. Jardiner, se rendre en vélo au travail et passer l’aspirateur génèrent aussi une dépense d’énergie qui contribue au mieux-être. 

Laisser un commentaire