Feu vert à l’iPad durant les examens

Des écoles bousculent les façons de faire en autorisant les tablettes pendant les évaluations de fin d’année.

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Photo : Pixabay.com

Cette année, pour la première fois, les élèves de 5e secondaire du collège Jean-Eudes, à Montréal, ont pu apporter leur iPad en salle d’examen et consulter l’application Antidote Ardoise pendant l’épreuve d’écriture de fin d’année du ministère de l’Éducation. Le collège a obtenu une autorisation du Ministère pour que ses élèves puissent utiliser cet outil technologique, auquel la majorité des autres jeunes du Québec n’ont pas (encore) accès.

La toute première autorisation de ce type a été accordée il y a trois ans, m’a précisé une porte-parole du ministère de l’Éducation. Quatorze établissements scolaires l’ont obtenue cette année.

Contrairement au correcteur orthographique Antidote, installé sur bien des ordinateurs, l’application Antidote Ardoise ne donne pas les réponses toutes cuites dans le bec. Il s’agit plutôt d’un ensemble de dictionnaires et de grammaires numériques, dans lesquels il faut chercher les mots et les explications, comme dans n’importe quel autre ouvrage de référence. En réalité, ce n’est pas si différent de ce que font les autres élèves, qui ont eux aussi droit au dictionnaire et à la grammaire pendant l’examen du Ministère, qui consiste à rédiger un texte.

Taper un mot sur sa tablette pour en vérifier l’orthographe, c’est tout de même plus rapide que de fouiller dans les 2 000 pages du Petit Larousse. Michelle Sarrazin, directrice des Services pédagogiques de Jean-Eudes, ne le nie pas, mais elle est convaincue que c’est l’attitude, le savoir-faire et les connaissances du jeune qui comptent, bien plus que l’outil utilisé.

Cette ancienne enseignante de français l’a constaté dans ses classes. « Il y a des élèves qui sont motivés à chercher dans le dictionnaire, d’autres qui ne le sont pas. Il y a des élèves rapides et d’autres qui le sont moins. Il y a des élèves qui doutent de l’orthographe des mots et d’autres qui ne doutent pas. Ces derniers ne cherchent pas, peu importe l’outil à leur disposition ! »

Le ministère de l’Éducation s’est rendu aux arguments présentés par le collège. Il a estimé que l’utilisation de l’iPad n’engendrait pas un avantage indu et a accordé l’autorisation, à condition, bien sûr, que les élèves n’aient pas accès au Wi-Fi et qu’ils utilisent uniquement l’application Antidote Ardoise, et non l’ensemble du contenu de leur tablette (à Jean-Eudes, les appareils sont en mode verrouillé, pour que les élèves ne puissent sortir de l’appli). L’an dernier, un représentant du Ministère a observé le déroulement de l’épreuve dans quelques établissements pour s’assurer du respect des conditions.

Si ces écoles tenaient tant à obtenir ces autorisations, c’est pour accélérer la révolution numérique dans le milieu de l’éducation. Il y a trois ans, une quinzaine d’écoles privées et deux commissions scolaires introduisaient la tablette en classe auprès d’environ 5 000 élèves ; aujourd’hui, on estime qu’ils sont 70 000 à avoir une tablette dans les mains tout au long de l’année scolaire. Logiquement, l’étape suivante consistait à pouvoir utiliser cet outil lors des examens.

Le Ministère avait d’ailleurs prévu le coup. Dans son document officiel au sujet de l’épreuve finale de français de juin 2015, le dictionnaire électronique figure encore dans la colonne du matériel non autorisé. Mais une note en bas de page précise que « le Ministère examine actuellement la possibilité d’autoriser une utilisation balisée de certains dictionnaires électroniques ». La note indique toutefois que « seuls des cas particuliers pourraient faire l’objet d’une entente ». Les autorisations sont donc encore données au compte-gouttes.

Le ministère de l’Éducation comprend que l’école québécoise est à la croisée des chemins. « De plus en plus, le coffre à outils de l’élève est composé d’outils technologiques. C’est pourquoi, pour rendre justice à l’élève, lors de l’évaluation de ses apprentissages, on doit lui permettre l’utilisation de ses outils d’apprentissage », m’a répondu Esther Chouinard, porte-parole du ministère de l’Éducation, quand je lui ai demandé pourquoi le Ministère avait décidé d’autoriser Antidote.

Les examens de fin d’année sont sans doute mûrs pour une réforme. Cela fait des années que des enseignants ayant adopté la technologie en classe pestent contre ces examens menés à l’ancienne, avec crayon et papier. Ils les accusent même d’être un frein majeur au virage numérique de l’école. Beaucoup de leurs collègues estiment en effet qu’il est plus important de préparer les élèves aux examens que de les préparer à utiliser les outils numériques dont ils se serviront dans la vraie vie.

Le Ministère vient de lui-même d’ouvrir une brèche dans ce grand principe.

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2 commentaires
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Quelle aberration.

Le ministère compte 60% de la note finale en français sur l’oral et la lecture seulement, et ils encouragent l’usage d’une béquille lors d’un examen final? Et on s’étonne que les jeunes arrivent au cégep et à l’université en sachant à peine écrire correctement.

Cela me rappelle des souvenirs alors que des employés ayant appris à l’ancienne et souvent avec peu d’instructions pouvaient compter facilement, et continuer à être fonctionnels même lors de pannes d’électricité nous privant des outils électroniques.
Les règles de bases, en mathématiques, en français ou en quoi que ce soit doivent être apprises et sues. Les examens sont des outils pour mesurer ses connaissances.
Sans une tablette à portée de mains, sans wi-fi, que feront donc ses futurs travailleurs?
Plusieurs auront toujours sous la main des outils électroniques pour accomplir leur boulot, mais ce ne sera pas le cas de tous.
La majorité des plus jeunes employés d’entrepôts ne pouvaient pas faire des additions justes de calculs simples pour faire le total sur un bon d’expédition…de 5,6 ou 7 items qui totalisaient moins de 100.
Ne parlons pas de faire un rapport écrit!
Sans technologie, le futur plombier ne pourra pas choisir la bonne bague à remplacer? C’est inquiétant pour tout le reste!
C’est vrai que les robots remplaceront bientôt les humains pour ses tâches ingrates.
Lorsque viendra le temps de la retraite, on pourra toujours demander aux plus jeunes…robots de contribuer d’avantages aux fonds de pension…

L’avenir me semble condamné à toujours plus de gens, plus éduqués et plus diplômés, mais ayant proportionnellement pour un grand nombre, moins de connaissances et par conséquent fort limités.

Voyons donc, où ai-je donc laissé mon iPad?
Zut j’ai oublié de le brancher!