Fiou, de la neige

J’aime la neige parce que c’est une certitude. Elle est au Québec ce qu’est le sang dans nos veines.

Photo : L'actualité

J’aime la neige. Je me souviens de m’être assise au Musée des beaux-arts de Montréal devant un tableau de neige. J’aurais aimé vous en donner le titre, mais je ne l’ai pas. Un paysage comme on en a vu plein de fois. Un paysage à la Clarence Gagnon, une de ces toiles dans lesquelles tu as l’impression de te promener quand les arbres ont été ouatés d’une épaisse couche de neige. J’aime ces œuvres, j’en ai chez moi. Non, pas les vraies ; Janvier à Québec, de Jean Paul Lemieux, est exposée sous forme d’affiche dans mon salon. Je trouve ces toiles émouvantes. 

J’aime les tableaux des expositions permanentes, celles qui font presque partie du décor. Celles qu’on remarque moins, parce qu’elles ne sont pas entourées du brouhaha des expositions temporaires. J’aime les paysages de neige, parce qu’ils sont encore plus permanents. Ils traversent les époques. À moins d’y voir une voiture, on trouve aux toiles d’hiver très contemporaines des airs d’antan, parce que chez nous, la neige est là depuis très longtemps. 

J’aime la neige parce que c’est une certitude. Elle est au Québec ce qu’est le sang dans nos veines. Elle va de soi. Une chose de moins à laquelle réfléchir. On sait que la neige viendra. Chaque année pourtant, on a peur qu’elle ne vienne plus. On la regarde incertaine en début de saison, on la voit fondre, se transformer en pluie, on la voit changeante comme la voix d’un ado qui mue. Neige ? Ah non, pluie. Presque neige ? Non, toujours pluie. Mais là on est chanceux, elle est présente et elle est sûre d’elle. Depuis quelques semaines, elle est assise sur les chaises de ma cour avec l’assurance d’un snowbird sur une plage. C’est le temps. C’est « son » temps. 

J’aime la neige parce qu’elle est québécoise, elle est nous. Nous la remarquons à peine, nous sommes habitués. Pour d’autres Terriens, notre façon de vivre est impensable. Il y a des Terriens qui n’ont jamais connu le froid. J’aime la neige parce qu’elle me réconforte, j’aime sa lenteur, j’aime le fait qu’elle arrête tout. Elle ralentit les voitures, elle vient se coucher sur nos villes, elle nous oblige à figer. À réfléchir, à contempler. 

C’est une chance de l’avoir. Que sa beauté soit toujours là, chaque hiver. Qu’elle offre des paysages uniques et qu’on connaît si bien. Elle est ce que l’on a en commun et ce que doivent apprendre ceux qui arrivent. 

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Tellement bien écrit, très sensible, très doux comme les doux flocons. Oui, c’est vrai que l’on aime la neige. Mais quand on a demeuré 32 ans à Fermont, on aime la chaleur. On prend la neige comme elle vient jusqu’à la mi-janvier sachant qu’au retour à la mi-mars elle sera encore là pour la tire sur la neige et des bonhommes avec nos petits.
Mais pas cette année….

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Nous avons une relation amour-haine avec l’hiver et la neige. D’un côté mon pays c’est l’hiver, de l’autre, maudit hiver! Mais nous ne sommes pas les seuls. Il y a nos frères et sœurs autochtones du Nord pour qui l’hiver est un temps absolument essentiel et incontournable. C’est le temps des fourrures d’hiver, fournies et chaudes qui les ont tenus au chaud pendant des millénaires, une relation étroite entre l’humain et la nature. Chez les Inuits, l’hiver c’est aussi le temps du phoque qu’on chasse dans ses aglus (les trous d’air) ou sur le rebord des glaces, tout comme le font les ours blancs. Le réchauffement des températures est un vrai désastre pour eux, là-haut.

L’hiver est une saison rurale car en ville on veut toujours se débarrasse de la neige le plus vite possible alors qu’elle passe de son blanc manteau à un manteau plutôt brun. En campagne, la neige reste souvent toute blanche et elle ne nuit pas, bien au contraire, car on en profite pour aller se promener en raquettes, héritage de nos amis autochtones, ou en ski de randonnée, héritage de nos amis de Scandinavie et, en particulier, à Jackrabbit Johannsen.

Oui, l’hiver change le mal de place et nous fait vivre des expériences particulières que ceux qui vivent au chaud ne connaissent pas. Faudrait bien s’habituer à l’aimer et en faire une partie intégrale de notre identité. Mon pays ce n’est pas un pays c’est l’hiver!

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C’est tout à fait cela…sans elle cet hiver je ne sais pas ce que nous ferions….elle a été constante…Merci pour votre beau texte.

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Merci pour ce beau texte sur la neige que j’aime jusqu’à la dernière tâche au printemps. À 75 ans j’en profite toujours autant. Il n’y en a jamais trop, les tempêtes ne sont jamais trop grosses. J’ai toujours hâte qu’elle vienne éclairer nos automnes et mes marches de nuits…

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