Flexibilité et mobilité au travail : des exemples bien réels

Qu’ont en commun les employés de la Banque TD de Deux-Montagnes, ceux de l’équipe canadienne de Best Buy, ceux de DLGL à Blainville, et Mathias Böhler, concepteur de sites Web ? Ils profitent d’une grande flexibilité quant à leurs horaires de travail. Voici leurs témoignages.


DLGL

Le bonheur est dans la liberté

Flexibilité et mobilité au travail : des exemples précis
Photo : Christian Blais

Qu’ont en commun les employés de la Banque TD de Deux-Montagnes, ceux de l’équipe canadienne de Best Buy, ceux de DLGL à Blainville, et Mathias Böhler, concepteur de sites Web ? Ils profitent d’une grande flexibilité quant à leurs horaires de travail. Voici leurs témoignages.


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Le bonheur est dans la liberté

Jean-Yves Racine travaille chez DLGL, à Blainville, en banlieue nord de Mont­réal. Cette entreprise, qui commercialise des systèmes et logiciels de gestion des ressources humaines et de la paye, chouchoute ses employés. Des exemples d’avantages offerts ? Deux gymnases et un entraîneur, un bistrot avec table de billard, un cinéma maison, une table de soccer et des jeux vidéo. Ou encore la distribution, deux fois par jour, de fruits et de noix à chaque bureau. Sans oublier le programme de participation aux profits.

Mais ce qui compte le plus aux yeux de ce père de famille est d’un autre ordre : ce sont la flexibilité des horaires et la compréhension de ses patrons. Il en a eu bien besoin lorsque son fils de trois ans est tombé malade, en 2009 – diagnostic probable : sclérose en plaques. « L’année dernière, quand Alexandre a commencé à souffrir de tremblements et de pro­blèmes de motricité, nous avons passé deux semaines complètes à Sainte-Justine, raconte Jean-Yves Racine. Ensuite, j’ai souvent dû m’absenter pour des rendez-vous médicaux. » L’analyste-programmeur, qui se sentait mal à l’aise de manquer si souvent, a proposé à son employeur de prendre ces congés à ses frais. La réponse a été immédiate : il n’en était pas question ! « Mon patron m’a encouragé à être présent auprès de mon fils. C’était un soulagement pour moi, dans les circon­stances, de savoir que j’avais son appui et que je pouvais quitter le bureau lorsque c’était nécessaire. »

 

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Jean-Yves Racine (à gauche) et Luc Bellefeuille dans
un des gymnases de DLGL. Le succès de l’entreprise
repose sur des employés heureux.

 

Donner du lest à son personnel pour s’assurer sa loyauté est au cœur de la philosophie de DLGL. Dès ses débuts, en 1980, l’entreprise a décidé de faire les choses à sa façon et de miser sur la qualité de sa main-d’œuvre. « Nous croyons que le succès repose sur des employés heureux, explique Luc Bellefeuille, directeur des opérations. Plus ils le sont, meilleure est leur performance, plus les clients sont satisfaits et plus nous faisons de profits. » La table de billard et les collations santé ne sont qu’une mince part de la stratégie de DLGL. C’est surtout par l’autonomie accordée aux employés que l’entreprise se distingue.

« On ne gère le temps de personne. Il n’y a ni horaire, ni réserve de congés de maladie, ni même de barème de vacances, illustre Luc Bellefeuille. Les gens savent ce qu’ils doivent accomplir et s’assurent de la satisfaction du client. Ils prennent eux-mêmes leurs décisions, en équipe, choisissent leur échéancier et décident de leurs horaires. »

Le patron part du principe que tous les employés sont honnêtes et compétents, qu’il n’a donc pas à les surveiller – ou si peu. Ces derniers semblent apprécier cette liberté, puisque le taux de roulement est très faible chez DLGL : plus de la moitié de la centaine de salariés compte au moins 10 ans de service. C’est ce qui permet à l’entreprise de leur faire confiance.

Marie-Josée Côté, mère de trois jeunes enfants, n’est jamais stressée à l’idée d’arriver en retard au bureau : elle n’a pas d’horaire de travail. Elle peut aussi participer aux activités scolaires ou s’absen­ter pour s’occuper d’un bambin malade sans crainte. « Je reviens d’un congé de maternité après mon troisième enfant, et je ne sais pas si je serais retournée dans une entreprise qui impose un strict 9 à 5. Une telle liberté, ça n’a pas de prix. »

Photo : Christian Blais

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GROUPE FINANCIER BANQUE TD

Les accommodements astucieux

La succursale de la Banque TD de Deux-Montagnes, en banlieue nord de Montréal, a une direction à deux têtes. C’est Francine Legris qui est à l’origine de cette situation singulière. En 2008, après 10 ans comme directrice de succursale, elle a eu envie de ralentir le rythme. « Je suis allée voir mon patron pour lui dire que j’aimais beaucoup mon boulot, mais que je voulais travailler seulement une semaine sur deux », raconte cette femme de 58 ans. Son chef ne l’a pas regardée de travers. Au contraire, il a trouvé une solution originale.

Un deuxième employé dirige la succursale en l’absence de Francine Legris. Le reste du temps, il se consacre à d’autres tâches. Ça oblige les deux collègues à communiquer de façon efficace, mais le système fonctionne à merveille. Et la jeune grand-mère peut passer plus de temps avec ses cinq petits-enfants. « Sans cet arrangement, je serais sans doute déjà partie à la retraite, parce que je n’aurais pas pu continuer à temps plein, confie-t-elle. Ça me permet de prolonger ma vie professionnelle, et je suis heureuse de rentrer travailler. »

 

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Francine Legris et son alter ego, Gérard Gravel,
se partagent un même poste de direction à la
Banque TD : chacun sa semaine aux commandes !

 

Pour la Banque TD, une employée d’expé­rience comme Francine Legris qui reste en poste plus longtemps, ça vaut de l’or. Ce n’est pas pour rien que l’entreprise offre de la flexibilité à ses troupes. Dès l’étape du recrutement, dans son site Web, l’institution financière détaille les accommodements possibles : changer les heures de début et de fin du quart, réduire la semaine, partager un poste avec une autre personne, faire ses heures en quatre jours plutôt qu’en cinq, travailler à distance, etc. « On fait tout ce qui est possible pour améliorer la qualité de vie, explique Christine Marchildon, première vice-présidente pour la région du Québec de TD Canada Trust. C’est évident qu’il y a un lien entre notre ouverture aux horaires flexibles et l’engagement des employés. »

Même en succursale, où la nature du travail n’est pas nécessairement propice à la flexibilité des horaires, on tente de trouver des accommodements. « Les employés font eux-mêmes leurs horaires, en tenant compte de leurs obligations, dit Francine Legris. Ça fait moins de gestion pour moi, et les gens sont heureux parce qu’on leur fait confiance. »

 

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MATHIAS BÖHLER, concepteur de sites Web

Maître à bord de sa petite entreprise

Mathias Böhler gagne sa vie parfois les pieds dans l’eau sur une plage, ou dans un petit café de village français, ou à l’aéroport, ou encore dans le bureau qu’il s’est aménagé dans sa maison de Lorraine, en banlieue de Montréal. Il travaille le jour, le soir ou la fin de semaine, selon ses envies et les besoins de ses clients, dispersés sur plusieurs continents et fuseaux horaires.

 

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« Je serais absolument incapable de m’enfermer dans un immeuble de bureaux du centre-ville de 9 h à 17 h », dit ce concepteur de sites Web de 33 ans, qui gère sa propre petite entreprise, Astropof.com. « Je vais en ville de temps en temps pour rencontrer des amis, mais chaque fois, je me dis que j’ai de la chance de pouvoir travailler où et quand je veux. »

 

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BEST BUY

La confiance règne

Le détaillant de matériel électronique Best Buy a vécu une petite révolution à son siège social américain en 2003 : il a mis en place un « environnement de travail où seuls les résultats comptent » (Results-Only Work Environment, connu sous l’acronyme ROWE)

La transformation a été radicale : les employés ont le droit d’accomplir leurs tâches quand et où ils le désirent. Les patrons ne se préoccupent plus de leurs allées et venues, mais seulement de leurs résultats. Même les réunions ne sont plus obligatoires – ce qui, du coup, élimine bien des rencontres inutiles. Les dirigeants de l’entreprise parlent fièrement des membres de leur équipe qui travaillent à leur chalet, sur leur balcon, pendant une expédition de chasse ou un voyage à l’étranger.

Best Buy affirme avoir augmenté sa productivité de 35 % grâce à cette approche qui réduit le stress, l’absentéisme, le taux de roulement du personnel et, en prime, les gaz à effet de serre.

L’équipe canadienne de Best Buy bénéficie aussi du ROWE. Le détaillant n’a pas encore appliqué cette approche à ses magasins, mais tous ceux dont la fonction le permet ont le loisir de choisir leur horaire et leur lieu de travail. C’est ce qui a permis à Isabelle Forget de gagner huit heures par semaine en éliminant le pénible trajet entre sa résidence de Saint-Jérôme et le bureau régional de Saint-Laurent, dans l’ouest de l’île de Montréal. Maintenant, pour aller au boulot, elle n’a qu’à descendre l’escalier qui mène à son sous-sol. Elle ne va au bureau régional qu’une journée par semaine. « Je ne serais pas capable de retourner travailler en ville, dit-elle. J’ai une trop belle qualité de vie, maintenant. »

En raison de la nature de sa tâche, cette analyste de marché de 42 ans n’est toutefois pas tout à fait libre de son horaire : elle doit être devant son écran tous les matins à 6 h pour surveiller les prix de la concurrence et faire les modifications nécessaires avant l’ouverture des magasins. Mais elle bénéficie d’un autre arrangement : elle travaille quotidiennement une heure de plus et obtient ainsi une journée de congé toutes les deux semaines.

Isabelle Forget gagne du temps, et l’entreprise gagne en productivité. Son patron, Georges Gélinas, directeur régional, a constaté que son employée abattait une charge plus importante depuis qu’elle travaillait de chez elle. « C’est vrai, je suis beaucoup plus concentrée, plus efficace et moins stressée, confirme l’analyste. Je sais ce que j’ai à faire, et personne ne vérifie combien de temps je passe devant mon ordinateur. J’aime beaucoup voir que mes patrons me font confiance. »

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