Formons des esprits libres !

Depuis quelques semaines, lors d’assemblées d’information et de formation, des enseignants et des parents québécois découvrent le contenu réel de ce fameux cours d’éthique et de culture religieuse que des critiques, croyants ou athées, ont dénoncé férocement ces derniers mois dans les journaux.

Le soulagement de nombre d’entre eux témoigne de ce qui semble de plus en plus évident : ce programme n’est pas le démon des uns ni l’épouvantail de superstitions des autres. C’est au contraire un pas dans la bonne direction. Ce qui ne veut pas dire que sa mise en place dans toutes les écoles du Québec, à l’automne 2008, ne demandera pas dans certains milieux bien du courage et de la diplomatie. Ce qui ne veut pas dire non plus qu’il ne faudra pas adapter, remanier, modifier. Mais le jeu en vaut la chandelle.

 

La société québécoise a besoin que ses écoles forment des esprits libres, aptes à faire face aux défis de la société pluraliste de demain. Ce programme offre plus de chances d’y arriver que ne le fait l’actuel régime de ségrégation entre les élèves du cours de morale et ceux du cours d’enseignement religieux.

Tous les élèves vont dès l’automne se familiariser avec l’éthique et ses applications dans leur vie quotidienne. Ils découvriront aussi que des gens croient en Dieu — pas tous au même — et d’autres pas. Devenus adultes, ils pourront choisir la façon dont ils veulent vivre ou ce à quoi ils veulent croire. Cela s’appelle la liberté. Et il est bon de ne pas être trop ignorant pour pouvoir bien l’exercer.

Des parents s’inquiètent que leur enfant soit tenté de quitter sa religion pour en embrasser une autre ou qu’il les renie toutes  ? C’est leur défi, pas celui de l’école. À eux de prendre les moyens, hors de celle-ci, pour transmettre leurs croyances et leurs valeurs. L’école, elle, doit voir au bien commun. Et le bien commun commande que les enfants du Québec, devenus adultes, puissent vivre en paix dans une société pluraliste.

Certes, le programme est parfois rédigé dans un jargon difficile à comprendre. Mais ses principes et ses objectifs sont clairs et pertinents. Des parents et des enseignants qui ont déjà pris part à l’une ou l’autre des rencontres d’information disent regretter de ne pas avoir eu de formation semblable quand ils étaient jeunes.

Le cours traitera d’incroyance, même si le mot « athéisme » n’est pas au programme. Difficile de ne pas s’y attarder quand on vise à parler de la réalité des enfants. L’athéisme et l’humanisme séculier sont en hausse dans notre société. Le cours en témoignera.

L’enseignant ne devra pas faire de prosélytisme pour une religion ou pour une autre. Il devra être neutre. Toute entorse à cette neutralité pourrait le mettre dans la ligne de mire d’un avocat, qui porterait l’affaire jusqu’en Cour suprême afin d’obtenir une exemption (ou un accommodement raisonnable  ?) pour « non-respect de la liberté de conscience ». L’avocat Julius Grey a déjà offert ses services. Ne manque plus que le client. Les gens qui forment présentement les enseignants sont conscients de l’importance de la tâche de ces derniers, qui auront besoin de soutien. Investissons là nos efforts.

Des Québécois qui ont farouchement combattu l’Église catholique à une certaine époque demandent avec force que seul un cours de philosophie soit offert pour éviter qu’on emplisse de « sornettes » l’esprit des jeunes. Ils craignent que les enseignants ne soient pas de taille à gérer les diverses croyances. Voilà deux objections pertinentes.

Un cours de philosophie à lui seul ne permettrait toutefois pas de relever d’autres défis qui se présentent à la société québécoise. La Charte des droits et libertés de la personne du Québec protège le droit des citoyens de se doter d’écoles privées où ils peuvent enseigner leur foi. Comment faire en sorte que ces citoyens-là ne vivent pas enfermés dans leur ghetto de croyances  ? Le programme d’éthique et de culture religieuse est une des réponses possibles.

Car dans les yeshivas de Montréal comme dans les collèges catholiques, tous les élèves devront entendre parler d’églises, de mosquées, de synagogues et de l’éthique des gens qui mènent leur vie sans croire en aucun Dieu. Des enfants qui grandissent dans des milieux éducatifs hier fermés au pluralisme seront sensibilisés au fait que certains de leurs voisins donnent des réponses différentes de celles de leurs parents aux grandes questions liées au sens de l’existence humaine. Il faut s’en réjouir.

Les Québécois ne sont pas seuls à chercher des moyens de faire face à un monde changeant. L’Assemblée des parlementaires européens a invité tous ses pays membres à examiner de nouvelles approches pour donner à leurs élèves du primaire et du secondaire une meilleure compréhension des phénomènes religieux, incroyance comprise. La paix et la prospérité de nos sociétés pluralistes pourraient être à ce prix.

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Pour connaître le calendrier des rencontres avec les parents dans les écoles du Québec et relire des articles de L’actualité sur ce sujet  : lactualite.com/religion

« L’existence de Dieu est douteuse. Celle des religions ne l’est pas. »

André Comte-Sponville, L’esprit de l’athéisme (Albin Michel)

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