Francophonie : irréductibles Vancouvérois

Même s’ils ne sont que 42 000 dans Victoria et Vancouver réunis, les francophones prennent à la lettre la Charte canadienne des droits et libertés, dont l’article 23 leur garantit une instruction dans leur langue de qualité équivalente à celle de la majorité.

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La victoire de Joseph Pagé et des autres parents servira l’éducation en français partout au pays. – Photo : Dan Toulgoet/Vancouver Courier

Comme les Gaulois d’un village bien connu, ils auraient dû depuis longtemps être assimilés dans la grande marmite vancouvéroise anglophone et asiatique (30 % des résidants du grand Vancouver sont d’origine chinoise).

Mais voilà qu’ils résistent, ces francophones perdus au bout du continent !

Même s’ils ne sont que 42 000 dans Victoria et Vancouver réunis, ils prennent à la lettre la Charte canadienne des droits et libertés, dont l’article 23 garantit aux minorités francophones de tout le pays (et à la minorité anglophone du Québec) une instruction dans leur langue de qualité équivalente à celle de la majorité.

Ces francophones affirment que les 352 enfants de l’école primaire Rose-des-vents, à Vancouver, reçoivent leur enseignement dans des installations scolaires indignes d’eux, selon l’arti­cle 23. Et la Cour suprême du Canada, dans un jugement unanime, vient de leur donner raison !

Si les classes n’ont ni fenêtres ni casiers, si l’école est surpeuplée (352 élèves au lieu des 199 prévus), si elle située trop loin… on comprendra que des parents francophones choisissent d’envoyer leurs enfants dans une école anglaise mieux équipée. L’État, par sa négligence, aura donc encouragé l’assimilation. Ce que l’article 23 vise à combattre, affirme la Cour.

Il faut lire ce jugement pour en mesurer la force et les conséquences. Au Yukon, dans les Territoires du Nord-Ouest, au Nunavut, en Saskatchewan et en Ontario, des dossiers similaires sont devant les tribunaux. Bien des ministres de l’Éducation ont dû avoir mal à leur budget en le lisant.

Verser la même somme pour chaque élève ne suffit pas ! Il faut tenir compte des besoins particuliers des minoritaires. Et du fait qu’ils ne peuvent bénéficier des économies d’échelle dont profite la majorité (pour imprimer des documents, recruter les meilleurs enseignants, par exemple). L’accent doit être mis sur l’équivalence réelle plutôt que sur les coûts par personne, écrit la juge Andromache Karakatsanis, qui signe le jugement.

Le ministre de l’Éducation de la Colombie-Britannique, Peter Fassbender, a déjà indiqué qu’il discuterait de la suite des choses avec le Conseil scolaire francophone de la province. Le gouvernement de Victo­ria a tout intérêt à agir, surtout qu’une autre affaire est dans l’antichambre du plus haut tribunal du pays, relativement au financement de la quinzaine d’écoles francophones britanno-colombiennes.

Tout atermoiement serait honteux, d’autant plus que la Cour suprême a marqué sa désapprobation de manière forte dans le cas de Rose-des-vents, condamnant la province, fait rare, à payer les frais des plaignants. Quelques centaines de milliers de dollars sans doute, estime le procureur de l’Association des parents, Me Nicolas Rouleau, pour qui ce jugement envoie un message clair aux minoritaires : « N’ayez pas peur de vous battre pour vos droits. »

Les parents à l’origine de la poursuite intentée par l’école Rose-des-vents, en 2010, ne bénéficieront pas de cette décision. Leurs enfants sont pour la plupart rendus au secondaire. Des années s’écouleront avant que de petits francophones passent la porte d’une école neuve au centre-ville de Van­cou­ver. La province doit acheter un terrain, trouver un architecte, attribuer des budgets de construction.

Ces parents ont porté un lourd fardeau. Et ils l’ont fait pour ceux qui suivront. Un tel dévouement se fait si rare dans nos sociétés qu’il faut prendre le temps d’applaudir ces irréductibles, qui croient encore que les mots inscrits dans les chartes ont un sens et que l’assimilation doit être combattue. Aussi inexorable semble-t-elle, parfois.

* * *

AU QUÉBEC

Le projet du gouvernement Couillard d’abolir les commissions scolaires pourrait inciter la minorité de langue anglaise à faire appel aux tribunaux, pour protéger son droit de diriger ses établissements scolaires. Un droit aussi protégé par la Charte.

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4 commentaires
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Félicitations à tous ces parents qui se sont battus pour leurs droits, c’est un exemple de courage et d’altruisme que vous montrez ici!

A quand une seule et unique école publique au Québec pour TOUS les enfants?
Exit les écoles anglaises. Exit les écoles juives. Exit les écoles musulmanes. Exit les écoles grecques. Exit les écoles arméniennes. Exit les écoles autochotones. Une seule et unique école pour TOUS les enfants du Québec. Ne sont pas ils tous des enfants québécois?

Bel exemple d’approche coloniale! Le fédéral s’est servi des pensionnats « indiens » pour tenter d’assimiler les peuples autochtones, partie de sa politique de génocide ethnique de ces peuples, et vous voulez suivre leur mauvais exemple? Va falloir sortir du Canada et faire du Québec une grosse réserve ethnique car la constitution a maintenant des protections pour les minorités, ainsi que le droit international en particulier pour les peuples autochtones.

Félicitations aux irréductibles qui n’ont pas peur de faire respecter nos droits constitutionnels. Faut aussi noter qu’il y a un intérêt pour la francophonie en Colombie-Britannique où les écoles d’immersion française sont très populaires et ont souvent des listes d’attente très longues.

Félicitations à l’équipe qui ne lâche jamais! Nous sommes fiers de vous! Merci d’avoir persérvérée pour le bien de tous nos enfants!