Gabrielle Bouchard : Les marginalisées d’abord

La Fédération des femmes du Québec (FFQ) a récemment élu sa première présidente trans, Gabrielle Bouchard. Étant la cible de nombreuses critiques, voici ce qu’elle répond à ses détracteurs.

(Photo : Ryan Remiorz / La Presse canadienne)

À la tête de la FFQ, comment entendez-vous défendre les intérêts des Québécoises ?

La Fédération a décidé de porter une attention particulière aux femmes dans la marge. Les femmes handicapées, autochtones ou issues de la diversité sexuelle font partie des groupes qui, historiquement, se heurtent à des barrières plus grandes. C’est une approche que je vais continuer de défendre, peu importe l’enjeu. Quand on part des positions marginalisées, tout le monde en bénéficie.

Ne pensez-vous pas qu’une majorité de femmes vont sentir que la FFQ ne les représente pas ?

Beaucoup de femmes ont cette inquiétude, et je les comprends. Nos batailles sont plus difficiles à mener quand on part des positions marginalisées. Je veux cependant éviter de reproduire nos erreurs du passé. Par exemple, les femmes blanches ont obtenu le droit de vote bien avant les femmes autochtones, au Québec. Je ne veux pas laisser des gens derrière. J’ai un travail d’éducation à effectuer, mais c’est un travail important, qui va faire avancer le mouvement féministe.

Quel dossier est votre priorité pour 2018 ?

La violence sexuelle faite aux femmes et le harcèlement au travail. Il faut continuer cette conversation qu’on a approfondie avec le mouvement #moiaussi. On voit qu’on a collectivement pris un peu de recul pour écouter ce que les femmes avaient à dire. On doit maintenant passer à l’étape suivante. On doit être capable de croire les femmes et d’agir quand elles réclament des solutions. Ça nous demande aussi de laisser la place à ceux qui causent ces blessures pour qu’ils assument leur responsabilité. Les gens qui voudront dire : je n’ai pas été correct et je veux changer. Ce sera extrêmement difficile à réaliser.

Jusqu’ici, la FFQ s’est pourtant faite discrète dans ce débat…

Ce n’était pas une volonté d’être silencieuse, mais une question de moyens. La FFQ n’avait pas de présidente depuis le printemps et, comme d’autres organismes communautaires, elle a subi des compressions budgétaires importantes. Doucement, on reprend le dessus.

Que répondez-vous à ceux qui craignent qu’une personne née homme n’ait pas la sensibilité nécessaire pour défendre les intérêts des femmes ?

Ça présume qu’on ne peut défendre que les choses qu’on a vécues. Comment une femme noire peut-elle parler des femmes blanches ? Comment une lesbienne peut-elle parler des femmes hétérosexuelles ? Les questions inverses ne sont jamais posées. Mon travail n’est pas de traiter de mon expérience, même si je considère que ça en fait partie. C’est d’être à l’écoute et d’utiliser les expertises du réseau de la FFQ pour porter nos messages.

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9 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Ben oui , en somme , personne ne peut comprendre l’autre
sans vivre la situation de l’autre . Un peu tordu ?
Non , pour ma part , la FFQ doit disparaītre et ne représente
pas grand chose maintenant , à part des autoproclamées sous
influence des lobbys de plus en plus minoritaires .

Exact.

Je me demande bien combien des femmes québécoises se sentent VRAIMENT représentées par ce groupuscule subventionné.

Il est temps de mettre la clé dans la porte.

Cette dame qui a voulu être une femme au point de subir toutes les transformations et qui se sentait femme dans son coeur et son être me parait une grande dame pour nous représenter ,nous défendre et vivre ce qu’une femme doit vivre .Je trouve dommage que certains remettent en cause sa nomination.

Lorsqu’on regroupe tous les marginalisés ensemble, on fait des non-marginalisés, de nouveaux marginalisés. Si on exige que tous aient les mêmes droits, les mêmes avantages, ça ne fait pas que des femmes blanches aient des droits avant les femmes noires ou vice-versa. Si ça c’est déjà fait dans le passé, ce fut une grave erreur. On a pas à en marginaliser certains pour en démarginaliser d’autres. En voulant être plus catholique que la religion, elle-même, on tombe, inévitablement, dans le piège du « politically correct », un concept jadis inventée afin de s’assurer qu’une fraction des bien pensants mettent leur cerveau à « off » pour mieux se positionner sur le « cruise control » du politically correct » ou du « tout réfléchis d’avance » jetable après usage. Ce n’est pas parce qu’on fait le bien, qu’on fait, systématiquement, de la bonne façon. Ces minorités doivent s’imbriquer dans le groupe plus grand qui se trouve à être, ici, le féminisme. Si on applique les grands points du féminisme à tous, on touchera tout le monde. Si on privilégie les minorités, on en crée une autre, ce qui est tout à fait inacceptable. Je suis tout à fait contre la tangente qu’a pris la FFQ depuis quelques années. Son train roule carrément à côté de la trac. Fais un bout que j’en suis descendue.

Les femmes autochtones n’en voulaient du droit de vote puisqu’elles ne se sentaient pas canadiennes. Max Gros Louis n’a jamais voté et toujours vomi sur ce droit de vote.
Vous voulez vous occuper de la violence sexuelle. Bravo. Il est temps. Maintenant allez voir qui agresse les femmes sur les campus, dans les taxis et métros, dans les bars. Vous allez être surpris de voir qui pratique la culture du viol icite

Dans un article, Annie-Ève Collin, philosophe, explique ceci: «Être femme n’est pas une identité que l’on s’approprie. C’est une réalité biologique. Cette réalité vient avec diverses implications en ce qui concerne les besoins en termes de santé, la puberté, l’éventualité de grossesse, les façons de vivre sa sexualité et les risques liés à celle-ci. Elle vient aussi avec des implications sur le plan social : si les mouvements féministes au Québec ont permis un énorme progrès, il n’en demeure pas moins que nombre de formes d’exploitations (dans le monde, pas au Québec en particulier) font des victimes qui sont majoritairement, dans certains cas exclusivement des femmes : exploitation sexuelle, exploitation de mères porteuses, mariages forcés, violence conjugale, excision, minorité à vie (avec son mari, son père ou son frère comme tuteur), etc. C’est ce genre de problèmes sociaux que le féminisme est censé combattre. Le détournement du féminisme pour défendre les causes des personnes qui revendiquent une identité de genre (ou pour défendre bien autre chose, comme le multiculturalisme, le voile islamiste par exemple) n’est pas du tout dans l’intérêt des femmes.»
Plutôt que de combattre des discriminations, des inégalités parce des femmes sont des femmes, la FFQ défend maintenant des «clientèles»: des femmes voilées, des «travailleuses du sexe», etc…. Très très décevant

Enfin une question à laquelle je peux répondre brièvement et sans ambages :

« Comment une femme noire peut-elle parler des femmes blanches ? »

En rien, pardi ! Pas plus que l’inverse bien sûr : puisque le fait d’être « noir » tout court ou « blanc » tout court ne rime à rien, ne correspond plus à la diversité humaine réelle depuis que nous marchons debout. Il suffit par exemple de tomber sur une dame haïtienne à la peau blanche ou sur une Beauceronne à la peau noire pour tout de suite saisir (si ce n’était déjà fait !) que l’haïtianità n’est pas un fait racial, que la francesità canadese n’est pas un fait racial et que quelqu’un qui est à la fois haïtien et canadien-français ne l’est aucunement par quelque délirant « croisement de races » (« mixed racial heritage ») mais tout au contraire, l’est devenu au gré des influences culturelles, du contexte social, de l’éducation, du hasard des rencontres, etc.

Je commence à en avoir soupé de ces faux antiracistes qui croient dur comme fer au délire de la race.

Comment Marie-Ève Collin définit la réalité biologique d’un humain né avec des organes sexuels semblant masculin mais un ADN qui indique XX(féminin)? La biologie a des aléas, la biologie se fiche des catégories, elle en invente, en croise, en mute. Suggérez-vous que le regard de Mme Collin s’y bute?

Un homme président de la FFQ veut bannir le mot mère, et personne n’ose parler.

Pensez-y quelques instants.