Garderies : Des loups et des berceaux

Surfacturation illégale, processus d’attribution des places trop peu transparent, odeur de favoritisme… Les services de garde connaissent des ratés. Et le ministre de la Famille, Tony Tomassi, peine à montrer qu’il peut protéger la bergerie.

Surfacturation illégale, processus d’attribution des places trop peu transparent
Photo : Jacques Boissinot / PC

La semaine dernière, il s’est dit « ouvert à la remise en place d’un palier de décision local ou régional » pour l’attribution des 15 000 nouvelles places promises d’ici 2012. Il était temps ! Il doit dissiper l’impres­sion que des loups profiteurs rôdent trop près des berceaux subventionnés. Le développement rapide du réseau n’expli­que pas tout.

Le Québec a beaucoup accom­pli depuis la création des premiers centres de la petite enfance (CPE), en 1997 : 208 984 enfants profitent aujourd’hui de places subventionnées, soit dans les CPE, soit dans les garderies privées ou en milieu familial. Il y a cinq ans, on esti­mait qu’avec 200 000 places l’État répondrait aux besoins… C’était sans compter l’embal­lement des familles ! Plus d’enfants que prévu sont nés. Plus de femmes travaillent.

Comme une maison qu’on aménage au gré des naissances – une chambre au sous-sol pour le plus vieux, une au grenier pour le cadet et une autre dans une ancienne penderie pour le petit der­nier -, le réseau de garde pousse de façon chaotique, au déplaisir de ceux qui rêvent d’une architecture uniforme.

Mais en cette époque où l’État est en mode de décroissance, il a tout de même réussi à aider un nombre grandis­sant de parents à concilier travail et famille. Il aurait été surprenant que cela se fasse sans heurts. Comme dans une maison trop petite, ça joue des coudes le matin devant la porte de la salle de bains. Des familles inscrivent leur nom sur plusieurs listes d’attente. Nul ne sait combien de places manquent : il y a cinq fois plus de noms sur les listes que d’enfants au Québec !

Pour y voir clair, l’État a mis en place 13 guichets régionaux. Les parents devraient pouvoir y inscrire leur nom une seule fois, valable pour toute leur région ! Mais encore faut-il que toutes les garderies jouent le jeu. En février 2010, dans tout le Québec, moins d’une garderie sur trois avait accepté de le faire.

Aussi complexe que soit l’intégration des garderies privées au réseau, le Québec a besoin d’elles. Les CPE ne sont pas la solution universelle ! Le privé et la garde en milieu familial sont parfois plus adaptés aux besoins des parents. Ces modèles permettent aussi de contenir les coûts. Une place dans un CPE coûte 44,91 $ par jour à l’État. Dans une garderie privée subventionnée, 37,09 $. En milieu familial, 20,60 $.

Le privé coûte moins cher à l’État pour plusieurs raisons. Les garderies n’ont pas de secrétaire et parfois un seul directeur pour deux ou trois centres de garde. Les éducatrices sont parfois plus jeunes, moins formées et moins bien payées que les syndiquées des CPE. Pour faire des profits, le privé se débrouille. Mais il respecte les normes relatives aux services donnés aux enfants. C’est cela qui devrait compter. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faille pas le baliser pour mettre fin à la surfacturation ou à la revente de permis à gros prix.

Une garderie à 25 $ par jour ne revient pas nécessairement plus cher aux parents qu’un CPE à 7 $. Grâce aux crédits d’impôts, la facture finale est sensiblement la même, à moins d’avoir un revenu de plus de 125 000 $. Cela ne consolera pas les familles des banlieues en plein baby-boom et en disette de places. Ni les Montréalais qui paient 45 $ par jour une place dans une garderie privée du centre-ville, alors que des employés de grandes entreprises jouis­sent d’un CPE sur leur lieu de travail. Mais ces CPE n’auraient pas vu le jour si les entreprises n’avaient pas contribué à l’aménagement des locaux dans ce quartier où les loyers sont trop élevés, selon les normes de l’État.

Pour que la maison grandisse, il faudra accepter encore un temps qu’elle soit biscornue. Et envisager de changer d’autres règles pour vivre plus à l’aise. Pourquoi ne pas augmenter le coût des places, à 10 $ par exemple ? Le moduler selon les revenus des parents ?

En attendant, il faut hausser les clôtures pour tenir les loups à distance. Le vérificateur général pourra fournir des munitions s’il fait enquête et soumet des recommandations. Si Tony Tomassi s’avère trop piètre chasseur, Jean Charest devra le remplacer.

Les derniers mois ont bien montré que les services de garde ont pris des allures de symbole au Québec. L’État voulait des Québécois inté­ressés par la famille ? Ils le sont devenus !

UN RÉSEAU EN CHIFFRES

Places subventionnées

     79 170 dans les CPE

     38 207 dans les garderies privées

     91 697 en milieu familial

Places non subventionnées, mais avec permis

     10 893 dans les garderies privées

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