Garderies : pourquoi tout le monde y gagne

En 2008, les subventions aux garderies à sept dollars ont coûté 1,65 milliard de dollars à Québec, mais lui ont procuré des retombées fiscales de 1,7 milliard et ont enrichi Ottawa de 700 millions.

Photo : iStock

Le nombre de Québécoises de 20 à 54 ans qui occupent un emploi a augmenté de 250 000 depuis 15 ans. Ce bond spectacu­­laire a eu pour conséquence qu’il y a maintenant plus de femmes sur le marché du travail au Qué­bec qu’en Ontario. On se doute bien que le programme de garde­ries à tarif réduit y est pour quelque chose. Il y a 15 ans, avant son lancement, seulement un enfant d’âge pré­scolaire sur six bénéficiait d’une place subventionnée en garderie au Québec. Aujour­d’hui, c’est un enfant sur deux, et la demande de places dépasse encore largement l’offre.

Les garderies à sept dollars aident les parents à concilier leurs responsabilités familiales et leur travail. Mes confrères Pierre Lefebvre et Phil Merrigan, de l’UQAM, ont employé des méthodes statistiques fines pour estimer l’influence des garderies à tarif réduit sur l’activité des femmes au Québec. Ils ont distingué deux effets : un effet d’« impact » sur l’emploi des mères d’enfants d’âge préscolaire et un effet de « persistance », découlant du fait que certaines mères qui ont commencé à travailler pendant que leur enfant fréquentait la garderie continuent à occuper un emploi une fois qu’il est entré à l’école.

À partir des travaux de Lefebvre et Merrigan, une équipe de la chaire de recherche en fiscalité de l’Université de Sher­brooke, composée de Luc God­bout, de Suzie St-Cerny et de moi-même, a récemment poussé plus loin l’étude des effets du programme de garderies subventionnées. Nous avons estimé qu’en 2008 il avait fait augmenter de 70 000 le nombre de Qué­bécoises qui occupaient un emploi et de 5,1 milliards de dollars le revenu total en circulation dans l’économie.

Ce supplément de richesse de 5,1 milliards au Québec a permis aux gouvernements provincial et fédéral de récolter plus d’impôts et de taxes chez les particuliers et dans les entreprises, et de verser moins de prestations aux familles, celles-ci s’étant enrichies. Nous avons calculé qu’à eux deux ils ont ainsi engrangé des retombées fiscales totalisant 2,4 milliards de dollars. De cette somme, 1,7 milliard a été encaissé par le gouvernement du Québec. Les 700 millions restants se sont retrouvés dans les coffres fédéraux.

Comment les retombées fiscales de 1,7 milliard dont a bénéficié Québec en 2008 se comparent-elles aux subventions versées pour les frais de garde ? Cette année-là, ces subventions ont coûté 1,8 milliard de dollars au gouvernement. Ce qui représente un déficit de 100 millions de dollars. Mais comme les parents qui font appel aux garderies n’ont pas droit au crédit d’impôt du Québec pour frais de garde, cela lui a permis d’économiser 150 millions de dollars. Le coût net du programme a donc été de 1,65 milliard (1,8 milliard moins 150 millions), pour un profit de 50 millions.

En plus de jouir d’une très grande popularité, le programme des garderies à sept dollars s’avère donc une opération financière annuelle rentable pour les gouvernements. Les jeunes familles de toutes les classes de la société, les pauvres comme les riches, y ont largement recours. Naturellement, il soulève des critiques, par exemple sur le développement du réseau de garderies, les règles d’attribution des places, la souplesse des horaires, la contribution financière des familles aisées, la formation du personnel et la qualité des services éducatifs. Ces critiques sont souvent pertinentes. Il faut les recevoir comme autant de défis de croissance à relever. Mais ce n’est plus le temps de tout recommencer à zéro.

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On trouvera une copie de l’étude détaillée des effets du programme québécois de services de garde à contribution réduite à usherbrooke.ca/chaire-fiscalite.

 

 

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