Gaspé contre vents et marées

Rumeurs de fermeture ? « Du vent ! » disent les Gaspésiens, qui jouent d’ingéniosité pour que leur cégep se rapproche des besoins du marché : programmes exclusifs, incitations financières…

Rumeurs de fermeture ? « Du vent ! » disent les Gaspésiens, qui jouent d’ingénio
Photo : Éric Leblanc

Trois éoliennes d’Hydro-Québec, rachetées par le cégep de la Gaspésie et des Îles, ont poussé au printemps 2010 sur le campus de Gaspé ! Elles sont désormais les phares du programme de maintenance d’éoliennes, lancé en 2004 : elles permettent aux étudiants de s’entraîner au travail en hauteur et dans l’espace clos d’une nacelle.

Unique au Québec, cette formation de 14 mois, qui mène à une attestation d’études collégiales (AEC), a le vent en poupe. Un nouveau bâtiment vient aussi d’être aménagé à Gaspé pour abriter le Centre québécois de formation en maintenance d’éoliennes – une réalisation de quatre millions de dollars. On étudie l’idée d’un DEC de trois ans qui pourrait englober l’ensemble des énergies renouvelables.

Avant d’être admis, les candidats à l’AEC en maintenance d’éoliennes sont soumis à des tests de vertige et de claustrophobie. Et mieux vaut ne pas être sujet au mal de mer. « Lors d’une bourrasque de vent ou de l’arrêt d’un rotor, ça tangue comme sur un bateau, dit Benoît Desmarquis. Mais on s’habitue vite ! »

Installé en Gaspésie avec sa famille, ce jeune papa de 24 ans a bon espoir de trouver un emploi : le taux de placement des diplômés est de 90 %. Les salaires, qui commencent à 30 000 dollars dans les parcs éoliens, grimpent à plus de 100 000 dollars pour ceux qui travaillent à l’installation et à la mise en service de ces parcs au Canada et aux États-Unis – ce qui implique de nombreux déplacements. « D’ici 2015, avec les 4 000 mégawatts prévus au Québec, 350 techniciens devront être formés », prévoit Syl­vain Vachon, directeur du groupe Collegia (la formation continue du cégep de la Gaspésie et des Îles et de celui de Matane).

C’est grâce à ce genre de programme unique, branché sur l’emploi, que le cégep de la Gaspésie réussit à faire taire les rumeurs de fermeture. Le nombre d’étudiants avait fondu de moitié depuis 1991 à Gaspé (passant de 1 200 à 600), mais il est stable depuis trois ans. La formation continue – 170 étudiants en 2011 – a vu son effectif augmenter de 23 % par rapport à l’an dernier. Au total, les trois campus (Gaspé, Carleton-sur-Mer, Îles-de-la-Madeleine) et l’école nationale (École des pêches et de l’aquaculture du Québec) comptent 1 107 inscrits cet automne. « On n’a pas encore renversé la tendance, mais c’est un signal positif », dit le directeur du cégep, Roland Auger.

Des bourses de 1 500 dollars sont octroyées aux Gaspésiens résidant à plus de 65 km de l’un des campus. Et d’autres de 5 000 dollars aux étudiants qui viennent de l’extérieur de la région et optent pour certains programmes. Ainsi, le DEC en technologie forestière, suspendu depuis trois ans faute d’étudiants, est de nouveau offert (sur 35 programmes, 8 sont suspendus).

Offert exclusivement au cégep de Gaspé, le DEC en techniques du tourisme d’aventure attire quant à lui chaque année un nombre croissant d’étudiants : 150 cet automne, venus surtout de Montréal, Québec ou Sherbrooke, mais aussi de Nouvelle-Calédonie et de La Réunion. « Nous avons le lieu idéal pour cette formation », dit Dominic Leblanc-Perreault, qui enseigne notamment le kayak de mer et le ski. « Tous nos laboratoires sont en milieu naturel, à moins de 50 km du cégep : sécurité avalanche, portage de canots, sauvetage en eau vive… » Nombre de diplômés décident d’ailleurs de s’établir en Gaspésie.

À l’automne 2012, une nouvelle formule « aventure-études », avec expédition tous les ven­dredis, sera proposée à ceux qui s’inscriront à un DEC en sciences humaines ou en sciences de la nature. On cible les étudiants de la région de Montréal.

La distance n’a plus d’importance non plus pour les étudiants gaspésiens en soins infirmiers. Depuis la rentrée, ils peuvent suivre leur DEC complet (théorie et laboratoires) en vidéoconférence, au campus de Gaspé pour les jeunes en formation initiale ou à l’Hôpital de Maria pour les infirmières auxiliaires. « Une première au Québec », dit Marie-Hélène Bergeron, chargée de l’enseignement à distance.

L’intérêt de cette formule est double. Les infirmières auxi­liaires suivent leurs cours sur leur lieu de travail, à Maria (elles sont libérées trois jours par semaine). Et la région retient les débutants qui partaient auparavant étudier à Rimouski ou à Québec pour ne plus revenir. « Le succès a été immédiat, dit Robert Richard, coordonnateur du Département de soins infirmiers. On a dû refuser du monde faute d’espace : du jamais-vu ! » Le téléenseignement sera étendu l’an prochain à Chandler, puis en 2013 à Sainte-Anne-des-Monts. Et d’autres projets du même type sont sous la loupe pour différents programmes.

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