Gérer la complexité

L’écologie est en retard sur les autres sciences. Plus pour longtemps. Un Institut de la complexité réunira des scientifiques de tous les domaines.

Saviez-vous que les modèles actuels de prévision des coupes forestières ne tiennent aucun compte de facteurs comme les incendies ou l’activité humaine? Que les modèles de gestion des stocks de pêche ne tiennent compte que d’une espèce, sans égard aux interactions avec les autres, notamment les prédateurs? Et après, on se demande ce qui cloche dans les forêts ou les Grands Bancs de Terre-Neuve!

« Les écosystèmes sont complexes, et nous ne savons pas encore vraiment comment ils fonctionnent », dit Lael Parrott, fondatrice du Laboratoire de systèmes complexes de l’Université de Montréal – un des premiers du genre au monde. « Sur le plan scientifique, l’écologie se trouve aujourd’hui dans la même position que la physique était avant la découverte des lois de la gravité par Newton. »

Ingénieure agricole native de Vancouver, Lael Parrott travaille à jeter les bases d’une véritable science écologique. « Nous cherchons à analyser, simuler, modéliser l’environnement, afin de prévoir de façon réaliste, ce que personne ne sait faire actuellement. »

À 37 ans, elle dirige une équipe de 13 personnes dans trois locaux exigus. Devant leurs ordinateurs, ces physiciens, ingénieurs, géographes, biologistes triturent des milliards de données à la moulinette de la statistique, des mathématiques non linéaires ou de la théorie du chaos. Leur rêve : sortir l’écologie de ses balbutiements et de l’à-peu-près.

« Il y a urgence », dit Christian Messier, professeur d’écologie forestière et directeur du Centre d’étude de la forêt, à l’UQAM. « Nos modèles simplifient trop la réalité, et ça ne marche pas. »

Avec Christian Messier, Lael Parrott travaille à créer à Montréal un Institut de la complexité, qui réunirait des professeurs de toutes les universités et de tous les domaines : la chimie et la biophysique, la biologie, les mathématiques, mais aussi la sociologie et l’économie! « En unissant les sciences humaines et appliquées, on pourra tenir compte de la place de l’être humain dans l’écosystème, dit Lael Parrott. On en est encore très loin. »

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