Grand-parent : l’art de bien définir son rôle

Être parent, cela s’apprend de jour en jour. Devenir grand-parent aussi. Pour que chacun se sente respecté, une saine communication est nécessaire.

monkeybusinessimages / Getty Images

La naissance d’un enfant est un événement joyeux, mais aussi un moment important qui redéfinit les rôles de chacun, car la dynamique familiale ne sera plus jamais la même. Dans ce contexte, certains grands-parents ont toujours l’impression d’en faire trop ou pas assez, d’être à la remorque des besoins des nouveaux parents essoufflés ou alors d’être tenus à l’écart. Comment devraient-ils se comporter ? 

Le secret du succès, c’est une bonne dose de communication, selon Suzanne Vallières, psychologue, conférencière et coautrice du Psy-guide des grands-parents : Aimer, soutenir, réconforter (Éditions de l’Homme), et Andrée-Anne Boucher, professeure de sociologie au cégep de Victoriaville et autrice d’un mémoire de maîtrise intitulé Devenir grand-parent au Québec.

Selon vous, quel est le profil du grand-parent idéal ?

Suzanne Vallières : Il est d’abord un soutien pour les parents, surtout s’il s’agit de leur premier bébé, mais il doit aussi créer un lien affectif avec son petit-enfant. Cela dit, le grand-parent ne devrait jamais émettre une opinion… sauf si on lui demande son avis. Il doit accepter que les méthodes d’éducation sont différentes de celles du temps où il était lui-même un jeune parent. D’ailleurs, on entend souvent dire : « Ma mère était plus sévère avec moi qu’avec ma fille ou mon fils. » C’est normal que les parents soient plus fermes, car ils ont un rôle éducatif qui n’appartient pas aux grands-parents. 

Andrée-Anne Boucher : Il y a plus de 50 ans, c’était une question de statut : tes enfants ont leurs propres enfants, donc tu es grand-parent. Les baby-boomers ont longtemps associé ce terme avec la vision qu’ils avaient de leurs propres grands-parents: des gens vieux, malades, détachés ou absents. La volonté de ne pas vieillir est très présente chez eux ; ils vivent d’ailleurs plus longtemps, en meilleure santé, et ils veulent montrer qu’ils sont des grands-parents pleins d’énergie. Mais ce rôle est négocié avec le parent, et il est complémentaire puisqu’il permet, par exemple, d’offrir des choses différentes aux petits-enfants. Il peut s’agir de transmettre des savoirs et des traditions familiales, comme la couture, le tricot ou la cuisine ; ou de participer concrètement à l’éducation des enfants (règles à respecter, devoirs, alimentation, etc.).

Dans cette relation sans cesse changeante, les conflits sont-ils inévitables ?

Suzanne Vallières : Disons qu’ils peuvent être évitables ! Surtout, il ne faut pas abuser des textos, car un commentaire peut être très mal interprété par un parent fragile, épuisé, débordé, qui a l’impression de ne jamais être à la hauteur. Dans une conversation téléphonique, on entre facilement dans son rôle de soutien, en plus de corriger les mauvaises interprétations.

Andrée-Anne Boucher : On devient grand-parent, et le mot « devenir » est très important puisque l’on découvre ce rôle par essais et erreurs. Les attentes sont variées d’une dynamique familiale à l’autre, et les faux pas, les conflits se révèlent des occasions de réajustements. Car les grands-parents doivent se maintenir en orbite autour de la famille, donc être assez près, mais aussi assez loin. Leur implication est toujours souhaitée, mais l’autorité principale relève sans équivoque des parents.

La gestion du temps d’écran est un des enjeux sur lesquels les parents sont amenés à négocier avec les tout-petits. Les grands-parents ont-ils leur mot à dire à l’heure des tablettes et des téléphones intelligents ?

Suzanne Vallières : Lorsqu’un grand-parent s’occupe ponctuellement de ses petits-enfants, il n’a pas besoin de mettre de limites, car il entre dans une dynamique d’activités ; le jeune aura donc moins tendance à utiliser un téléphone. Mais lorsqu’on voit ses petits-enfants sur une base quasi quotidienne, on doit s’appuyer sur les consignes des parents, s’orienter selon celles-ci. Donner un cellulaire à un enfant qui en est privé par ses parents pendant 24 heures, ça enlève toute crédibilité parentale, en plus de créer un conflit avec eux.  

Andrée-Anne Boucher : Si le grand-parent agit en concertation avec les parents, ce n’est pas nécessaire d’avoir un consensus sur tout. Et le nouveau parent peut même dire : « Offre à mon enfant ce que je ne peux pas lui offrir. » À condition, bien sûr, qu’il soit d’accord avec le cadeau, le privilège ou l’activité que le grand-parent prévoit. Cela fait en sorte qu’il y a des règles à suivre à la maison, mais que chez les grands-parents, c’est différent. Dans une relation ponctuelle, sortir des cadres habituels, comme regarder des films et manger du popcorn, ce n’est pas très grave. Mais quand les grands-parents habitent à trois maisons de distance et jouent un rôle parental, c’est le parent qui a le dernier mot.

Puisque nous y sommes, parlons alimentation ! Jusqu’où doit-on aller pour s’adapter aux choix des parents quand on s’occupe de nos petits-enfants ?

Suzanne Vallières : La nutrition est un enjeu qui évolue. La majorité des grands-parents d’aujourd’hui ont probablement beaucoup moins mangé de tofu et de pois chiches que les plus jeunes générations ! Le grand-parent ne doit pas se braquer et refuser de donner des légumineuses à son petit-enfant, mais s’entendre avec le parent : « Je pense cuisiner tel plat pour ton enfant. Est-ce qu’il est allergique ? Est-ce qu’il en mange ? » En le demandant au parent, on lui laisse l’occasion de proposer autre chose. Il pourrait ainsi suggérer d’apporter lui-même un plat que l’enfant aime, ou qui correspond aux valeurs de la famille, par exemple si elle est végétarienne. Avec la nourriture, il ne s’agit pas de gâter ses petits-enfants, par exemple en leur donnant une barre de chocolat parce qu’ils la réclament cinq minutes avant l’heure du souper, mais de les choyer avec de petits privilèges à l’occasion. 

Andrée-Anne Boucher : Dans mes entretiens pour mon mémoire de maîtrise, les sources de conflits autour des routines et des habitudes du quotidien ressortaient souvent. Un morceau de gâteau au chocolat de temps en temps, pourquoi pas. Mais trois soirs par semaine, comme je l’ai entendu, c’était problématique pour les parents. En fait, l’alimentation est apparue comme le sujet qui suscite le plus de négociations et le plus d’insatisfactions. Heureusement, la majorité des personnes à qui j’ai parlé dans le cadre de mon mémoire avaient réussi à régler leurs conflits au moment de notre rencontre.

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.