Grands parleurs, petits faiseurs ?

Assez de discours sur les « valeurs des Québécois ». Si on commençait par être à la hauteur de ce qu’on dit ?

Assez de discours sur les « valeurs des Québécois ». Si on commençait par être à la hauteur de ce qu’on dit ?

Les immigrants « doivent respecter nos valeurs ». S’il y a une phrase qui a souvent été prononcée en 2007, c’est bien celle-là. En 2008, on voudrait enfin changer de sujet ! Alors, si on agissait au lieu de parler ?

Du code de vie de Hérouxville aux audiences de la commission Bouchard-Taylor, des milliers de gens ont invoqué « leurs valeurs » ainsi que l’urgence de les voir affirmées dans l’espace public et parfois même dans l’espace privé. Mais de quelles valeurs parle-t-on exactement ?

Égalité des droits entre hommes et femmes ? Liberté d’expression ? De religion ? Solidarité ? Justice ? Respect des aînés ? Partage ? Famille ? Travail ? Langue ? Religion ?

Parmi ces valeurs, certaines sont-elles plus importantes que d’autres ? Oui, ont répondu les Québécois à l’occasion d’un grand sondage dont les résultats sont publiés dans ce numéro.

Entre les valeurs qu’ils veulent transmettre à leurs enfants et celles qu’ils veulent que le Québec privilégie à l’avenir un consensus clair émerge. L’éducation, la famille et l’estime de soi sont prioritaires. La religion trouve une petite place loin derrière.

Ce qui n’a rien de surprenant.

Comme l’explique fort bien le philosophe français Frédéric Lenoir dans son stimulant essai Le Christ philosophe (Plon), de nombreux Occidentaux ont délaissé l’institution religieuse et ses dogmes, mais la grande majorité continuent d’adhérer à l’éthique universelle issue des enseignements chrétiens. Égale dignité de tous, liberté de choix et de conscience, fraternité humaine, émancipation de la femme à l’égard de l’homme, séparation du politique et du religieux, primauté de l’individu sur le groupe. Tel était le message du Nazaréen ! L’institution ecclésiastique l’a obscurci, trahi, dénaturé. Il faut dire que l’homme n’y allait pas de main morte ! Il invitait les individus à s’affranchir de leur famille, clan, tribu ou secte, pour se reconnaître comme des frères, au-delà de leurs différences. Remplacez les sadducéens et les pharisiens d’alors par les nationalistes, les anglophones, les musulmans, les francophones ou tout autre groupe, et vous verrez comme il était révolutionnaire. Vivez libre, disait-il. Selon votre conscience. Affranchissez-vous du groupe ! Ouille ouille ouille…

Les penseurs de la Renaissance et des Lumières ont fait renaître ses idées sous la forme d’un humanisme laïque. Et c’est dans ce terreau, non dans les dogmes, que bien des Québécois puisent !

Qu’ils soient jeunes ou vieux, francophones ou allophones, musulmans ou catholiques, plus de la moitié des Québécois privilégient l’éducation comme valeur à transmettre à leurs enfants ! Il faut s’en réjouir. Voilà un objectif autour duquel s’unir et bâtir un projet collectif.

L’ignorance est sans doute le plus grand fléau de l’humanité, source de toutes les misères morales et matérielles. Là où l’ignorance recule, grandissent souvent la santé, la justice, les libertés, la tolérance, l’ouverture aux autres… En choisissant l’éducation, les Québécois font donc un choix d’avenir. Mais un choix exigeant. Car l’éducation a un prix.

Sommes-nous prêts à le payer ? Des milliers de gens ont sorti leur carte de crédit cet hiver pour s’offrir un téléviseur à haute définition ou un cinéma maison… Auraient-ils versé ces centaines de dollars de plus en impôts pour assurer à tous une éducation universitaire gratuite ? Se seraient-ils privés de ce téléviseur pour offrir à leur fils, leur nièce, leur cousin, d’éponger une hausse des droits de scolarité ?

En ce début d’année, lançons-nous donc collectivement un défi : celui d’être cohérents avec nos valeurs ! Que ferons-nous en 2008 pour promouvoir l’éducation ?

• Ferons-nous un don à la fondation de l’école primaire de notre quartier pour qu’elle enrichisse sa bibliothèque ou améliore son équipement informatique ?

• Offrirons-nous en cadeau d’anniversaire à un neveu un livre ou un abonnement à un magazine plutôt que des billets pour un match de lutte ?

• Combattrons-nous l’attitude de mépris que trop de Québécois ont encore à l’endroit des « bollés », ces jeunes qui aiment apprendre et dont on fait encore trop souvent des têtes de Turc ?

• Trouverons-nous une façon de sauver l’école Félix-Antoine, petit établissement privé qui aide des adultes abandonnés par le système public à terminer leurs études secondaires ?

D’autres générations avant la nôtre — celle de la Révolution tranquille, notamment — se sont botté le cul pour investir dans l’éducation. Et nous ?

Histoire de commencer, L’actualité inaugure ce mois-ci, dans son site Web, une nouvelle section nommée Campus. Étudiants, parents, enseignants y trouveront un espace où s’informer et discuter de leurs projets d’études postcollégiales. Qu’il s’agisse d’étudier à Moscou ou à Montréal, à Vancouver ou à Baie-Comeau, l’éducation en français y sera en vedette. Parce qu’il faut bien être fidèle à ses valeurs…

À SAVOIR

Au Québec, les droits d’inscription pour une année d’études à plein temps à l’université s’élèvent à 1 768,20 $. C’est à peu près le prix d’un téléviseur à haute définition avec écran de 40 pouces !

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