Grève étudiante : six questions à CUTV

Avec les images prises au cœur de l’action que ses journalistes ont captées au risque d’être aspergés de poivre de Cayenne, la chaîne communautaire CUTV, du campus de l’Université Concordia, propose une couverture inédite de la grève étudiante. Depuis le début du conflit, elle a diffusé sur son site Web, en direct et en différé, plus d’une centaine d’heures sur le sujet.

Avec les images prises au cœur de l’action, la chaîne communautaire CUTV, du cam

Avec les images prises au cœur de l’action que ses journalistes ont captées au risque d’être aspergés de poivre de Cayenne, la chaîne communautaire CUTV, du campus de l’Université Concordia, propose une couverture inédite de la grève étudiante. Depuis le début du conflit, elle a diffusé sur son site Web, en direct et en différé, plus d’une centaine d’heures sur le sujet.

Même si elle est résolument partisane de la cause étudiante, la chaîne a vu ses images reprises par des réseaux comme LCN, RDI… et même CNN !

L’actualité a rencontré Laura Kneale, la directrice générale de CUTV.

CUTV, c’est : la station de télévision communautaire du campus de l’Université Concordia.
Elle est diffusée : sur Internet et sur le campus de Concordia.
Elle existe depuis : 1969, mais depuis deux ans dans sa forme actuelle (diffusion sur le Web, et contenu proposant sept émissions aux thématiques précises ainsi que la couverture en direct des événements qui surviennent dans les rues de Montréal et sur le campus).

Votre couverture de la grève étudiante est loin d’être neutre. Comment s’est effectué ce choix ?

C’est notre mandat. Il apparaît sur notre site et est très clair : un média communautaire existe pour équilibrer les messages des secteurs privé et public. Notre objectif consiste à donner une voix aux communautés qui n’en ont pas. Notre point de vue est donc celui des personnes qui vont être touchées par les décisions du gouvernement ou des grandes entreprises. La couverture du mouvement étudiant dans les autres médias n’est pas objective non plus. Elle représente les intérêts des diffuseurs publics et privés.

Qui sont les gens à qui vous donnez un micro ? Sont-ils étudiants en journalisme ?

Pas exclusivement. Tous nos bénévoles reçoivent une formation et, des dires mêmes des étudiants en communication de Concordia, elle est très complète. Les professeurs de journalisme veulent travailler davantage avec nous. Pour les stages, entre autres, parce que CUTV offre une expérience très près de la réalité, ce qui manque souvent à la formation.

Étiez-vous surprise de voir vos images reprises par LCN, RDI et même CNN ?

Ce n’était pas la première fois que ça arrivait. L’an dernier, nous étions les seuls à couvrir les manifestations des communautés arabes à Montréal. La chaîne Al Jazeera a alors diffusé nos images à l’international. Quand nous couvrons des événements très locaux, mais dont l’impact est international, les autres médias convergent rapidement vers nous.

C’est avantageux pour Radio-Canada et RDI, avec qui nous avons une entente, de pouvoir accéder à notre contenu. Ce n’est pas le genre de couverture que ces réseaux ont envie de faire eux-mêmes.

Quel équipement utilisez-vous pour aller dans la rue ?

Notre studio, c’est le monde et la rue. Notre équipement a donc été adapté pour être le plus mobile possible. Tout se fait au moyen d’un sac à dos transmetteur, d’une caméra et d’un petit trépied.

Le sac contient un ordinateur, et un écran à l’arrière permet de voir ce qu’on transmet. C’est quand même assez lourd. Lorsqu’on monte des côtes, ça peut devenir difficile.

Les images sont transmises par ondes cellulaires sur un réseau 4G. Nous les recevons et les diffusons sur Internet par Livestream. Ces temps-ci, nous dépassons souvent la limite de notre forfait. Chaque personne qui écoute nous coûte alors 27 sous.

Notre public a été plus nombreux que d’habitude dernièrement, mais il a aussi été incroyablement généreux. Ses dons nous permettent de rester dans les rues. Comme nous sommes un média communautaire, c’est important pour nous.

Croyez-vous que vous avez un effet sur le déroulement des événements ?

Je pense que oui. Nous apportons de la transparence. Le public nous dit que le fait que notre couverture ne soit pas coupée et montée leur donne l’impression de se trouver sur place, de prendre le pouls de la rue. Une société plus informée, c’est une société qui est plus politisée.

Quel moment vous a le plus marquée ces dernières semaines ?

Les scènes qui ont le plus circulé sur Internet sont celles où nos journalistes ont été arrêtés ou poivrés. Mais pour moi, ce qu’il y faut retenir de ces manifestations, ce sont les sourires, les belles choses que les gens disent et les discours passionnés.

La semaine dernière, j’ai vu un jeune enfant qui voulait jouer avec un policier de l’escouade anti-émeute. C’était tout près du Palais des congrès, où des manifestants allaient être violentés. L’enfant était impressionné par le costume de l’homme. Ce sont des images qui choquent, du jamais vu. Constater que la population ne réagit pas de façon apeurée ou agressive à ce visuel de violence m’encourage par rapport à l’avenir.

En vidéos :

Un exemple de la couverture en direct de CUTV.

Un reporter de CUTV se fait arrêter par la police.

Amir Khadir demande à parler avec le responsable de la police lors d’une manifestation.

Résumé de la couverture d’une manifestation nocturne.

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