Guerre de 1812 : l’histoire de Laura Secord

Qui de mieux qu’une femme, une civile de surcroît, pour incarner l’héroïsme? Le Canada célébrera celle qui a contribué à repousser les Américains lors de la guerre de 1812-1814.

Guerre de 1812 : l’histoire de Laura Secord
Laura Secord avertit le lieutenant FitzGibbon

La grande héroïne canadienne de la guerre de 1812, celle qui a aidé les soldats des États-Unis avant de précipiter leur chute, était… américaine! Trahison, nouvelle citoyenneté, allégeance variable… À elle seule, Laura Secord – qui ne fut jamais chocolatière – exprime bien les contradictions et les confusions de ce conflit militaire, le seul de l’histoire à avoir opposé les États-Unis à cette colonie britannique qui deviendra le Canada.

Avec le major général britannique Isaac Brock, le lieutenant-colonel Charles-Michel de Salaberry et l’Amérindien Tecumseh, chef de la tribu shawnee, Laura Secord est l’un des quatre personnages historiques autour desquels gravitent les commémorations de la guerre 1812-1814, qui seront lancées en grande pompe en octobre par le gouvernement Harper.

Laura Ingersoll – de son nom de jeune fille – est née en 1775, dans une famille du Massachusetts favorable à la Révolution américaine. Enfant, elle déménage avec ses parents dans la vallée du Niagara, dans ce qu’on nomme alors le Haut-Canada (Ontario), afin de profiter des terres gratuites offertes par la Couronne britannique.

La famille Ingersoll est loin d’être une exception. Entre 1776 et 1812, plus de 60 000 Américains s’établissent au nord, formant près du sixième d’une population estimée à 500 000 personnes dans les colonies canadiennes d’Angleterre – les États-Unis comptent alors 7,5 millions d’habitants.

Lorsque la guerre éclate, le 18 juin 1812, Laura est mariée au marchand James Secord depuis 15 ans déjà. Comme des milliers de citoyens, il s’enrôle dans la milice pour défendre la Couronne et se retrouve dans la première grande bataille du conflit, le 13 octobre 1812, à Queenston Heights, sur le bord de la rivière Niagara. Blessé, il sera secouru in extremis par… Laura, venue à sa recherche.

Un an plus tard, la famille Secord reçoit à souper des commandants américains qui ont exigé leur hospitalité pour une soirée. Autour de la table, les soldats discutent d’une attaque surprise à venir contre les troupes britanniques du lieutenant James FitzGibbon, à Beaver Dams. Son mari n’étant pas entièrement remis de ses blessures, Laura décide d’alerter elle-même les militaires britanniques. Le 22 juin 1813, elle part à l’aube et parcourt, à pied, les 32 kilomètres de forêts et de champs entrecoupés de ruisseaux qui la séparent de Beaver Dams.

À la tombée de la nuit, épuisée par 18 heures de marche, elle rencontre des combattants amérindiens alliés aux Britanniques. Ils la conduisent au lieutenant FitzGibbon, qui prend l’avertissement au sérieux, note l’emplacement des Américains et prépare ses soldats. Le 24 juin, avec une poignée d’hommes, il surprend les 500 militaires américains et les force à capituler. Aucune balle ne sera tirée.

Le périple héroïque de Laura Secord doit être mis en perspective, croit l’historien Donald Hickey, professeur au Wayne State College au Nebraska, et auteur du livre Don’t Give Up the Ship: Myths of the War of 1812. La victoire de Beaver Dams n’a pas changé le cours de la guerre. Et contrairement à la légende, Laura Secord n’a pas fait le trajet pieds nus et n’a pas survécu à une nuit froide dans les bois. «Au fil des années, le Canada et les États-Unis ont utilisé leurs héros de 1812 à des fins de propagande. On a amplifié la réalité», dit-il, ajoutant que la récupération politique des conflits historiques est une pratique commune dans tous les pays.

Les origines de la guerre de 1812

Les guerres menées par l’empereur français Napoléon Bonaparte entre 1799 et 1815 en Europe forcent la Grande-Bretagne à prendre une série de mesures pour se défendre. Parmi ces mesures, qui irritent la nouvelle république américaine, neutre dans ce conflit, Londres exige un permis pour naviguer en Europe. Les navires américains sont fouillés et arrêtés afin d’inspecter la marchandise.

Les capitaines britanniques considèrent comme déserteurs les citoyens américains nés aux États-Unis avant 1783 et n’hésitent pas à les arrêter à bord des navires et les forcer à travailler sur des vaisseaux britanniques – ils seront 10 000 ainsi appréhendés entre 1803 et 1815. Une atteinte à la souveraineté américaine que Washington n’apprécie pas. Le commerce américain, qui repose sur les exportations vers l’Europe, est grandement ralenti.

En 1807, au large de la Virginie, le commandant de la frégate américaine Chesepeake refuse à l’équipage du navire britannique HMS Leopard de monter à son bord pour une inspection. Le HMS Leopard fait feu, tue trois marins et en blesse 18 autres. Cette attaque marque les esprits aux États-Unis.

Au même moment, les États-Unis tentent de prendre de l’expansion vers l’ouest du continent, mais leurs efforts sont freinés par des escarmouches avec les Amérindiens. En 1811, le général William Henry Harrison engage le combat contre des autochtones à Tippecanoe Creek, près de la rivière Wabash, dans ce qu’on nomme aujourd’hui l’Indiana. Le chef des Shawnees, Tecumseh, allié des Britanniques, livre une rude bataille. Les Américains perdent le combat, mais saisissent aux Amérindiens des armes de fabrication anglaise, preuve selon eux que leur progression est freinée par l’Angleterre.

Les esprits s’échauffent aux États-Unis, si bien que les États de l’Ouest et du Sud veulent entrer en guerre contre la Grande-Bretagne, alors que les États de l’Est et du Nord veulent utiliser la diplomatie pour régler les différends.

Le 1er juin 1812, le président James Madison envoie un message de guerre au Congrès. Le 4 juin, la Chambre des représentants vote pour le déclenchement des hostilités par 79 voix contre 49. Le 17 juin, après plusieurs jours de débats, le Sénat adopte la résolution par 19 voix contre 13. Il s’agit du vote d’entrée en guerre le plus serré de l’histoire des États-Unis. Le 18 juin, James Madison signe le décret. En raison de la lenteur des communications outre-mer à l’époque, Londres ne recevra la déclaration de guerre qu’à la fin juillet.

La guerre durera 929 jours, du 18 juin 1812 jusqu’à la signature du traité de Gand, le 24 décembre 1814. La dernière bataille, au large de la Nouvelle-Orléans, aura toutefois lieu après la signature du traité, le 8 janvier 1815.

 

LES GRANDES BATAILLES

 

île Mackinac, juillet 1812

Fort Dearborn, août 1812

campagne de Niagara, 10 affrontements de 1812 à 1814

Queenston Heights, octobre 1812

York, avril 1813

Châteauguay, octobre 1813

Washington et Baltimore, août 1814

Nouvelle-Orléans, janvier 1815