Guide de survie aux partys des Fêtes

Avec le retour des rassemblements familiaux pour Noël et le jour de l’An, la polarisation des débats en ligne risque de s’inviter dans nos soupers des Fêtes.

Photo : Daphné Caron

Quiconque a vécu au moins une des deux époques référendaires pourra témoigner qu’il n’y a là rien de bien nouveau : il s’en est déchiré des chemises et de la fibre familiale au nom de la question nationale.

Mais, comme le chantait Paul Piché, il s’agissait alors de cocher oui, cocher non… à propos d’un seul sujet. De nos jours, cette posture d’affrontement aux extrêmes du spectre des opinions se démultiplie en même temps que les mouvements politiques et sociaux.

Théorie des genres, vaccination de masse, réchauffement climatique, immigration, mesures sanitaires, racisme systémique, écriture inclusive, culture du viol ou troisième lien sont autant de potentielles pommes de discorde.

Dans ces conditions, nos partys des Fêtes risquent-ils de virer à la foire d’empoigne, comme une enfilade de messages fielleux sur Twitter ? Faut-il proscrire toute discussion à caractère politique pour conserver la paix sociale dans le microcosme familial ? Pas nécessairement. À condition de suivre quelques préceptes de base.

Ne cherchez pas les ennuis

Les réseaux sociaux nous offrent une fenêtre sur le positionnement politique dans nos familles. La cousine qui milite pour les droits des trans, le beau-père qui chante son amour pour Zemmour ou le frère qui ne rate jamais une occasion de planter Éric Duhaime : vous avez vu leurs publications, vous savez que leurs opinions divergent des vôtres. Ne les tancez pas pour déclencher simplement une bagarre.

Désamorcez la situation

Malgré votre bonne volonté, on tente de vous faire sortir de vos gonds ? Souriez, soyez aimable. Renvoyez la question à l’émetteur : je ne sais pas, toi, qu’en penses-tu ? La gentillesse est désarmante. Évitez le sarcasme, la moquerie. Souvenez-vous que vous avez une personne en face de vous, qui ne se résume pas à une opinion à laquelle vous ne souscrivez pas. Les gens sont complexes, bourrés de contradictions. Votre interlocuteur est peut-être plus intéressant que ne le laissent croire ses envolées au vitriol.

Évitez les formules assassines

Les termes du genre « coucou », « fasciste », « woke » ou « révisionniste » ne sont pas très utiles à la conversation. Ce sont des caricatures qui ne collent qu’à certains individus, plutôt marginaux. Ce n’est pas parce qu’une personne refuse d’être vaccinée qu’elle est complotiste. Et rien n’indique qu’on est un brûleur de livres si on proscrit tout usage du « mot en n ». La position des gens est souvent plus nuancée si on va au-delà des archétypes.

Ne débattez pas, discutez

Si un sujet chaud devient incontournable, n’oubliez pas que votre souper n’est pas un débat. Les échanges corsés, c’est vrai, sont satisfaisants lorsqu’on se sent en confiance. Il est grisant d’aligner les arguments en béton, de pourfendre les sophismes et de triompher. Mais à quoi bon humilier son oncle ou sa belle-sœur ? Les réseaux sociaux nous ont transformés en machines à débattre de tout et de rien. Mais dans le contexte d’un souper familial, c’est un combat stérile où ne l’emporte que la rancœur.

Trouvez un terrain d’entente

Il y a toujours moyen de trouver dans un sujet, même controversé, une manière de l’aborder qui, si elle ne fait pas tout à fait consensus, permet d’avoir une discussion posée. On peut parler de la théorie des genres ou du racisme systémique en proposant de les voir du point de vue des personnes concernées, s’intéresser à comment elles se sentent et, peu importe notre position, à la détresse qu’elles vivent. On peut tomber d’accord sur le point de départ sans s’entendre sur la suite. On arrive ainsi parfois chacun à des compromis qui ressemblent à une avancée pour tout le monde.

Écoutez au lieu de parler

Il est assez intéressant de poser des questions aux gens avec lesquels on est en désaccord. Pourquoi pensent-ils ainsi ? Qu’est-ce qui leur fait croire ceci ou cela ? Pas besoin de leur souligner qu’ils sont dans le champ. D’autant que, dans certains cas, on est dans le domaine de la croyance, de l’identité, voire du sens de l’existence. Retracer leur cheminement intellectuel peut nous aider à mieux les comprendre, et aussi à réhumaniser la conversation.

Faites preuve d’empathie

Comme le dit si bien Dylan Marron, à l’origine de l’excellent balado Conversations With People Who Hate Me : l’empathie n’est pas une forme de validation. Vous pouvez apprécier certaines facettes de la personne devant vous, comprendre ses motivations, mais ne pas adhérer à ses opinions pour autant. Vous n’avez pas à devenir les meilleurs amis du monde non plus. Seulement vous mettre dans sa peau, quelques secondes, pour réaliser qu’elle n’est pas un monstre. Et vous souvenir que vous n’avez que quelques heures à passer avec elle chaque année.

Donnez l’exemple

Vous êtes témoin d’une conversation qui déraille ? Ne vous contentez pas de hausser les épaules ou de dire : « Tsé, y’é comme ça, mononcle André… » Trouvez une façon de recentrer la discussion en utilisant un ou plusieurs des procédés proposés plus haut. Cherchez le terrain d’entente, faites dévier le dialogue sans nécessairement éluder le sujet de la chicane naissante. Il y a moyen d’avoir des conversations sur des questions difficiles sans se sauter à la gorge. On peut donner l’exemple.

En cas de désaccord irréconciliable, esquivez

J’ai récemment refusé de discuter avec quelqu’un qui n’a pas la même notion de la vérité que moi. Parce que c’est juste impossible d’échanger si les mots du vocabulaire n’ont pas le même sens pour tout le monde. Si la personne devant vous soutient avec insistance que la Terre est plate ou que l’homosexualité est une maladie, déclinez toute conversation qui touche à autre chose que la débandade du Canadien cette année. Rien ni personne ne peut réfuter pareille vérité.

Si le débat vire à la foire d’empoigne, que rien n’y fait, mettez-y rapidement fin, aimablement, en affirmant qu’il vous faudra vous mettre d’accord sur votre désaccord et qu’on s’en tiendra à ça, faute de mieux.

Enfin, si une personne est agressive, qu’elle tente de vous blesser, qu’elle vous insulte, vous avez aussi le droit de partir sans demander votre reste.

Toutes les familles sont psychotiques

J’écris cela avec en tête ces quelques lignes d’une chanson de Noël de Pierre Lapointe : « La famille a ce je-ne-sais-quoi qui fait du bien / Même si elle nous dégoûte parfois, on y revient. »

Les familles ne sont pas toutes toxiques, mais elles sont généralement plus ou moins psychotiques, pour paraphraser le titre d’un roman de Douglas Coupland.

Si vous l’échappez, donc, et que la situation dégénère, n’attendez pas le prochain Noël en marinant dans le ressentiment. Prenez le téléphone (surtout pas de messagerie, qui déshumanise les conversations) ou rencontrez la personne avec laquelle vous vous êtes engueulé. Tirez les choses au clair, calmement, relisez les conseils plus haut et mettez-les en pratique cette fois.

On partage parfois avec d’autres membres de la famille un tempérament inflammable. Un peu de bonne foi permet d’apaiser des tensions qui ne méritent pas de pourrir des relations précieuses, bien que par moments houleuses aussi. 

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J’ajouterais prendre conscience de ma capacité à vivre avec la différence (d’opinion, de croyance, de sentiment) des autres sans me sentir menacé dans mon identité. Une personne n’est pas son opinion, ni sa croyance; elle vit des expériences, subi des influences et elle a des valeurs qui peuvent être différentes. Elle n’a pas besoin d’être alimentée dans ses biais psychologiques.

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