Hillary Clinton peut-elle changer la politique ?

Certains soutiennent que les femmes gouverneraient différemment si elles étaient plus nombreuses dans l’arène politique. Fini les guerres de tranchées, place à la collaboration. Un cliché ?

Photo : Andrew Burton / Getty Images
Photo : Andrew Burton / Getty Images

La candidature de Hillary Clinton à l’investiture démocrate américaine — et sa présence presque assurée aux présidentielles de 2016 — relance une question qui ressurgit chaque fois qu’une femme aspire aux plus hautes fonctions d’un État : saura-t-elle gouverner autrement ?

À l’heure où les débats politiques semblent plus polarisés et acrimonieux que jamais, certains avancent qu’une représentation féminine accrue dans l’arène assainirait le climat, ouvrirait la voie à une gouvernance axée davantage sur la recherche de consensus que sur la partisanerie et les combats de coqs. D’autres voient là un cliché gros comme le bras, l’image éculée de la femme « maternelle » qui ne peut s’empêcher de chercher l’harmonie partout où elle va, même dans les tranchées de la joute politique.

Entendons-nous : la fosse aux lions ne se transformerait pas magiquement en jardin de roses dès que Hillary Clinton prendrait possession du Bureau ovale. Mais si davantage de femmes suivaient ses traces à tous les échelons du gouvernement, la politique changerait-elle pour le mieux ? Pour l’instant, elles ne comptent que pour 20 % des élues au Congrès des États-Unis, 26 % à la Chambre des communes, à Ottawa, et 27 % à l’Assemblée nationale du Québec. Seuls 24 pays dans le monde ont une femme comme chef d’État ou de gouvernement.

Deux professeurs de science politique, Patrick Miller, de l’Université du Kansas, et Pamela Johnston Conover, de l’Université de la Caroline du Nord, apportent un début de réponse dans une nouvelle étude (pdf), parue cette année dans la revue Politics, Groups, and Identities. Ils sont parmi les premiers à avoir analysé scientifiquement la manière dont les deux sexes abordent les rivalités politiques.

Les spécialistes se sont intéressés à un univers parmi les plus polarisés qui soient : les élections de mi-mandat au Congrès des États-Unis, en 2010. Ils ont puisé dans les données d’un sondage mené à cette occasion auprès de 55 000 personnes par un consortium d’universités américaines. Les participants, s’identifiant comme démocrates ou républicains, ont notamment répondu à des questions sur leurs interactions avec des sympathisants du camp adverse.

Les résultats donnent raison au cliché. La partisanerie rend les hommes imperméables aux arguments de leurs adversaires, tandis que les femmes, même les plus fidèles à leur parti, demeurent disposées à dialoguer avec l’ennemi.

Ni les hommes ni les femmes ne se fendent en quatre pour discuter avec des gens qui ne partagent pas leur avis ; nous avons tous tendance à fréquenter surtout ceux qui pensent comme nous. Mais les données montrent que les hommes sont encore plus repliés sur leurs positions : les hommes démocrates, par exemple, sont beaucoup plus nombreux que les femmes de même allégeance à ne jamais causer politique avec des républicains (et vice-versa), et ils admettent en plus grande proportion que de toute façon, ils n’écoutent pas ce que leurs opposants ont à dire. Et quand on leur demande à quoi ressemblerait, selon eux, une conversation avec l’ennemi, les hommes imaginent le pire : ils s’attendent à se sentir mal à l’aise, irrités, méfiants ou hostiles dans pareille situation, tandis que les femmes, même les plus attachées à leur parti, envisagent ces échanges avec un optimisme relatif.

Mais peut-être ont-ils besoin qu’on insiste un peu… Que se passe-t-il quand on leur met sous le nez les idées de ces rivaux qu’ils préféreraient ignorer ? C’est ce que Patrick Miller et Pamela Johnston Conover ont voulu vérifier dans le deuxième volet de leur étude. Les politologues ont recruté 460 étudiants universitaires de différentes obédiences politiques et leur ont soumis un faux éditorial, signé par un sénateur républicain ou démocrate ; les sujets devaient ensuite donner leur avis sur ce qu’ils venaient de lire. Là aussi, les hommes se sont révélés plus aveuglément partisans : ils avaient tendance, plus que les femmes, à rejeter du revers de la main les arguments du parti opposé au leur. En fait, si on se fie au peu de temps qu’ils ont passé à lire le texte en question, nombre d’entre eux n’ont pas dépassé le titre avant de décider qu’ils étaient fortement en désaccord avec la position défendue, sans la connaître, pour la simple raison qu’elle portait la signature d’un élu du clan adverse. Vous avez dit dialogue de sourds ?

Bien sûr, les femmes aussi rejettent spontanément les idées de leurs adversaires. Mais selon ces travaux, elles y sont moins hostiles que les hommes, et elles y tendent l’oreille plus longuement avant de se forger une opinion.

L’idée que les femmes vont pacifier l’enceinte politique du seul fait qu’elles sont femmes a pourtant quelque chose d’agaçant. Cette conception ô combien traditionnelle de la féminité — conciliatrice, empathique, vertueuse —, cette manière d’angéliser les femmes, cela vient encore renforcer le cliché voulant qu’elles ne sont pas vraiment faites pour les luttes de pouvoir coriaces qui sont un ingrédient essentiel du leadership politique. Les Hillary Clinton de ce monde devraient pouvoir aspirer au sommet de la hiérarchie sans qu’on s’attende à ce qu’elles y parviennent dans la douceur et la bienveillance.

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On peut aussi se retourner vers l’histoire et l’actualité politique pour constater que les femmes peuvent constituer d’aussi bons ou aussi mauvais chefs d’état et tout aussi vindicatives et intransigeantes que leurs collègues masculins. On peut penser à Mme Thatcher (qu’on appelait la Dame de fer) et Mme Ghandi par exemple ou encore, plus près de nous, de l’actuelle présidente du Chili, Mme Bachelet qui ne se gêne pas pour violer les droits fondamentaux des Mapuche, un des peuples autochtones du Chili.

Mme Thatcher n’a pas hésité à recourir à la force militaire imposante de la Grande Bretagne quand l’Argentine a envoyé un contingent aux Malouines, des îles perdues de l’Atlantique sud que l’Argentine revendiquait depuis longtemps au lieu de tenter de résoudre le conflit par la diplomatie (ici, je ne juge pas de la valeur des 2 options mais souligne simplement que l’option militaire au lieu de la diplomatie a été choisie très tôt dans le conflit et le fait que la GB était dirigée par une femme ne semble pas avoir fait de différence).

Il y a des différences de styles autant parmi les hommes que parmi les femmes et ces dernières peuvent être de bonnes ou de mauvaises politiciennes, comme les hommes. C’est le style de la personne qui compte, pas son sexe, et si on préfère une approche moins agressive, on peut choisir un politicien qui sied mieux à nos préférences, que ce soient des femmes ou des hommes. On se souviendra par exemple de Jack Layton qui avait une approche beaucoup plus conciliatrice que la plupart des autres politiciens, ce qui a beaucoup plu à une grande part de l’électorat lors de la dernière élection fédérale.