Ici, on parle English : les réactions

L’actualité voulait susciter une conversation sur le sujet de la langue en publiant dans son numéro du 15 avril 2012 son sondage sur l’anglais à Montréal. Mission accomplie !

<em>L’actualité</em> voulait susciter une conversation sur le sujet de la langue
Ill : Thomas Guilbault

D’abord, Jean-François Lisée est allé présenter quelques éléments du sondage à l’émission Dutrizac, sur les ondes du 98,5 fm. Puis, à l’Assemblée Nationale, le sondage a été cité autant par le Parti québécois que par le Parti libéral. Le premier s’en inquiétait, tandis que le second y voyait de belles avancées sur le plan du bilinguisme.

Mais c’est dans les médias écrits, anglophones et francophones, que le sondage a eu le plus d’écho.

« Non intégrés », les anglophones ?

Jack Jedwab, le directeur général de l’Association d’études canadiennes, a livré son analyse et ses impressions sur le sondage à l’intérieur même du dossier, dans les pages de L’actualité. Il en a tout de même rajouté dans une lettre au journal The Gazette.

Bien que je crois que la langue française soit menacée, je trouve inacceptable que l’on qualifie de « non intégrés » les non-francophones qui ne le croient pas. Les auteurs de ce sondage ont formulé plusieurs des questions de manière à faire paraître le Québec anglophone comme étant hostile aux francophones et à la langue française. Si les anglophones ne sont pas d’accord directement ou indirectement sur le fait que parler leur lange à Montréal est un danger direct pour les francophones, ils semblent échouer au test de l’intégration. Du coup, ils passent pour de mauvais Québécois.

LIRE LA LETTRE DE JACK JEDWAB >>

Réponse de Jean-François Lisée, publiée dans The Gazette :

Je ne reconnais pas du tout ma pensée dans l’interprétation que M. Jedwab fait de mon travail. Par exemple, il n’y a aucune allusion à la notion « d’intégration » dans mon article. Comme traducteur de ma pensée pour les lecteurs de The Gazette, il est congédié.

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« Qu’il se rassure, répond Jedwab, ce poste de traducteur ne m’intéresse pas. Avis aux candidats potentiels : la pensée de M. Lisée sur certains dossiers peut être parfois difficile à suivre. »

Jeter de l’huile sur le feu

L’éditorialiste François Cardinal, de La Presse, invite à manipuler avec soin ce genre de sondage.

L’interprétation contient trop de points d’exclamation, de tournures subjectives et de conclusions catégoriques pour servir de base à un débat public. Il est par exemple périlleux de conclure que les trois quarts des Anglos-Québécois « n’ont rien à cirer du français », après avoir souligné que la grande majorité des anglophones parlent français (80 %) et trouvent important que leurs enfants soient bilingues (83 %).

Ajoutez à cela le fait que le magazine s’est éloigné de l’objectivité dont il fait habituellement preuve dans ses dossiers d’actualité en confiant le tout à Jean-François Lisée, un commentateur hors pair qui a néanmoins la particularité d’être teinté politiquement. (…) Aurait-on demandé à un conservateur de piloter une « enquête inédite » sur la peine de mort ?

L’intention du magazine n’était pas de jeter de l’huile sur le feu linguistique. Mais c’est malheureusement ce en quoi s’est transformé l’exercice.

LIRE L’ÉDITORIAL DE FRANÇOIS CARDINAL >>

« Il aurait raison de nous semoncer si c’était ce que nous avions écrit », lui répond Carole Beaulieu, éditrice et rédactrice-en-chef de L’actualité, dans une lettre publiée dans La Presse.

Or, nous avons affirmé, sous la signature de Jean-François Lisée, que les trois-quarts des jeunes anglos n’ont rien à cirer de l’avenir du français.

Voici ce qu’on lit dans L’actualité : « Les Anglo-Québécois de 2012 interagissent avec le français comme jamais leurs parents et grands-parents ne l’ont fait depuis que Wolfe a mouché Montcalm sur les Plaines. Pourtant, ils se désolidarisent massivement du combat pour la permanence du fait français. »

Nous pensons que cette nuance – des anglos bilingues, mais indifférents face à l’avenir du français – était à la portée de tous, d’autant qu’elle avait été longuement expliquée à l’éditorialiste au téléphone.

LIRE LA LETTRE DE CAROLE BEAULIEU >>


Une personnalisation du débat

« La guerre linguistique à Montréal prend un virage personnel », annonce quant à elle la chroniqueuse du Globe and Mail Lysiane Gagnon.

Dans les médias québécois, on ne compte plus les avertissements alarmistes à propos de la « menace » de l’anglais. Mais l’article de L’actualité est d’un nouveau genre : alors que l’ « ennemi » était traditionnellement la langue anglaise, voilà que les « ennemis » sont maintenant les anglophones eux-mêmes, même s’ils parlent français avec aisance. C’est la conclusion implicite qui est tirée d’un échantillon inhabituellement petit, soit à peine 560 personnes, interrogées par internet (…).

Tant pis pour les 83 % qui veulent que leur enfant parle bien français, ce n’est pas assez. Ils sont même réprimandés par L’actualité parce qu’ils n’écoutent pas la musique de Marie-Mai. (Je confesse : moi non plus. Qu’est-ce que cela fait de moi ?)

LIRE LA CHRONIQUE DE LYSIANE GAGNON >>

Ce qui a valu à Mme Gagnon cette réponse de Carole Beaulieu, publiée dans le Globe and Mail le lendemain.

Nulle part dans notre dossier nous ne référons aux Anglo-Québécois comme étant des « ennemis », avec ou sans guillemets. Il s’agit d’une invention de Mme Gagnon.

Prenant un virage personnel elle-même, Mme Gagnon accuse L’actualité d’avoir choisi Jean-François Lisée, qui collabore avec nous depuis 30 ans, comme l’un des auteurs du dossier. L’orientation politique souverainiste de M. Lisée est bien connue, tout comme celles de l’autre analyste invité, l’intellectuel fédéraliste Jack Jedwab, dont la participation à notre numéro semble avoir échappé au regard de la chroniqueuse.

LIRE LA LETTRE DE CAROLE BEAULIEU >>

Des anglos chargés de protéger le français contre… les anglos ?

Don MacPherson, chroniqueur à The Gazette, croit que les demandes faites à la communauté anglophones, sous couvert d’intégration, sont déraisonnables.

Dans notre ignorance, nous pensions qu’en apprenant le français et en le parlant à l’extérieur de la maison, nous faisions notre part pour atteindre l’objectif de la loi 101 : faire du Français la langue commune d’usage au Québec.

Mais ce n’est pas assez, nous informe notre ami [Jean-François Lisée] sur son blogue. Non seulement devons-nous obéir à une loi qui affaibli intentionnellement notre communauté, nous devons aussi l’appuyer.

Et, alors que les Québécois quittent l’Île de Montréal et la laisse aux anglophones, nous devons prendre le relai de la défense du français et protéger le français… de nous-mêmes.

MacPherson termine sa chronique en accusant le « dossier » (les guillemets sont de lui) de L’actualité de « s’insérer confortablement dans la campagne de plus en plus xénophobe du Parti québécois contre les minorités. »

LIRE LA CHRONIQUE DE DON MACPHERSON >>

Sur Twitter

Le débat s’est ensuite déplacé sur Twitter, où Jean-François Lisée a eu quelques échanges incisifs, mais courtois. D’abord avec le chroniqueur Marc Cassivi, puis avec l’éditorialiste François Cardinal, tous deux de La Presse.

En réaction à notre sondage et aux critiques qui y sont formulées quant à la connaissance qu’ont les Anglo-Montréalais de la culture francophone, la journaliste de la Gazette Lesley Chesterman  a lancé le mot-clic #BadAnglo. La majorité des participants y sont allés avec un sourire en coin. Voici une sélection des meilleurs tweets #BadAnglo.

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