Identité de genre : comment s’y retrouver en tant que parent ? 

Charlotte, à qui vous avez longtemps fait des tresses et acheté des robes de princesse, déclare désormais s’appeler Charlie et préférer le pronom « iel » ? Voici des pistes pour naviguer dans cette nouvelle réalité.

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Non binaire, trans, queer, etc. : la diversité sexuelle et de genre semble partout présente depuis une vingtaine d’années. Parfois à un très jeune âge, certaines personnes ne se sentent ni homme ni femme. D’autres sont nées dans un corps d’homme, mais éprouvent le sentiment profond d’être une femme. Ou vice versa. D’autres encore refusent de se conformer aux stéréotypes associés à leur genre pour mettre en valeur des caractéristiques différentes, parfois à la grande surprise de leurs proches.   

Si ces réalités sont de plus en plus acceptées, elles suscitent aussi bien des remises en question. Chez les personnes concernées, en premier lieu, mais également dans leur entourage et, lorsqu’il s’agit d’adolescents, chez leurs parents.

Comment aborder ces questions importantes avec son enfant ? Entretien avec Michel Dorais, sociologue de la sexualité et professeur retraité de l’École de travail social de l’Université Laval, qui y réfléchit depuis longtemps et a récemment écrit avec Jasmin Roy, président de la Fondation Jasmin Roy Sophie Desmarais, un guide pratique d’intervention intitulé Aider les jeunes LGBTQI+ avec bienveillance

Pour de nombreuses personnes, la distinction entre le sexe et le genre n’est pas claire. Par où commencer pour s’y retrouver ?

Le sexe, ce sont les caractéristiques anatomiques et physiologiques associées aux filles et aux garçons. Le genre relève plutôt de notre façon d’être : certaines personnes ont des comportements ou affichent une apparence qui sont jugés masculins ou féminins. Dans d’autres cas, ces manières d’être semblent neutres, si on y voit peu de traits typiquement masculins ou féminins, ou androgynes, si on y voit bien les deux genres.

Il est normal de ne pas tout comprendre puisque, depuis très longtemps, les Occidentaux vivaient dans un monde binaire, avec des gens qui disaient s’identifier uniquement au genre masculin ou féminin. Depuis une vingtaine d’années, de plus en plus de jeunes se disent non binaires, ne s’identifiant pas nécessairement à un genre, ou s’associant à une combinaison des deux.

Les parents sont-ils bien au fait que ces questions identitaires puissent surgir tôt ou tard dans le développement de leur enfant ?

Je crois que l’on devrait mieux les préparer à ces diverses éventualités, par exemple au moment de l’échographie, lorsqu’ils demandent quel est le sexe de leur futur enfant. Tous s’attendent à ce que l’enfant soit un garçon ou une fille, mais chaque année, dans 1 % ou 2 % des cas, le médecin est incapable de déterminer le sexe de l’enfant parce qu’il est intersexué. Heureusement, nous ne sommes plus à l’époque où l’on pratiquait une opération dès la naissance pour que le bébé se conforme à un sexe. 

En vieillissant, un certain nombre d’enfants et d’adolescents ne se sentent pas à l’aise dans leur corps. Probablement que ce phénomène n’existe pas plus qu’avant, mais puisque cette réalité est plus visible, elle est moins stigmatisante, donc plus de gens s’y reconnaissent. Dans ce contexte, le défi que posent les jeunes trans et non binaires est le suivant : il faut sortir du fait que l’on est soit un homme, soit une femme, et à 100 %.

Quelle est la meilleure attitude à adopter pour des parents qui sentent que leur enfant est en plein questionnement identitaire ? 

Avant de faire son coming out, son dévoilement à ses proches, un jeune doit faire son coming in, sa révélation à lui-même. Ce processus d’acceptation ne se déroule pas toujours rapidement, et les jeunes ne sont pas forcément prêts à en parler à leur entourage. Lorsqu’ils sont mis au fait, les parents peuvent être surpris, déstabilisés, mais laissons-leur du temps pour assimiler la nouvelle avant de les taxer d’intolérance.

Si nous aimons nos enfants, ayons le réflexe de nous informer, du moins d’être curieux, et affichons une attitude accueillante sans nécessairement forcer les confidences. Il y a tellement de films et de séries qui traitent de ces réalités, ce qui donne l’occasion de montrer son ouverture d’esprit, d’établir un dialogue. À l’inverse, un étudiant m’a récemment raconté que devant une série avec un personnage LGBTQ+, ses parents avaient dit que s’ils avaient un enfant comme ça, ils le renieraient. C’est un jeune non binaire qui, vous vous en doutez, n’a pas vraiment le goût de se confier à eux.

On dit souvent que ça prend un village pour élever un enfant. N’est-ce pas vrai aussi au moment de la construction de son identité ? 

Tout le monde ne possède pas les mêmes informations et n’évolue pas à la même vitesse, d’où la nécessité de notre guide destiné aux personnes impliquées dans le milieu scolaire ou celui de la santé et des services sociaux, pour éviter les situations de rejet et d’intimidation. 

Heureusement, de plus en plus de travailleurs sociaux et de sexologues se spécialisent dans ces questions, et de plus en plus d’écoles intègrent ces réalités dans leur code de vie. 

Des ressources existent, non seulement pour aider les jeunes, mais aussi les parents, comme Jeunes identités créatives, qui leur permettent de rencontrer d’autres gens qui sont passés par là, qui se sont posé les mêmes questions. Il ne faut pas non plus dénigrer Internet. On y trouve beaucoup de choses négatives, mais d’autres très positives : des jeunes trans et non binaires peuvent échanger avec des personnes qui vivent les mêmes réalités. Ils s’assument davantage parce qu’ils sont de plus en plus visibles, de plus en plus acceptés et de mieux en mieux intégrés.

Ressources

Pour toutes les personnes concernées par les questions de diversité sexuelle et de pluralité des genres : Interligne.co.

Livre : Nouvel éloge de la diversité sexuelle, de Michel Dorais (VLB, 2019). 

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Autrement dit, on laisse l’enfant à lui-même dans cette nouvelle réalité (sic), on l’écoute nous instruire sur sa condition, on regarde avec lui des œuvres de fiction et on se procure un livre sur l’éloge de la diversité.

À quel moment les adultes jouent leur rôle de parents et remplissent leur obligation de voir au bien-être de leur enfant et de lui donner accès aux ressources et soins dont il a besoin? À quel moment les professionnels non militants entre dans le portrait?

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Je suis d’accord avec vous, madame. Cet article est incomplet, complaisant et nuisible au bien-être des mineurs entraînés dans cette spirale pharmaco-chirurgicale.

Militant pour quoi ? Pour le respect et l’amour inconditionnel ? De quoi d’autre a besoin un adolescent qui s’ouvre à toi et qui te dévoile qui il est ?

Quand on laisse certaines idéologies prendre le pas dans nos universités, ça donne des alignements comme ceux-là. On n’a qu’à se rappeler le recteur de l’Université d’Ottawa qui a craché au visage (au figuré) de son enseignante qui a osé prononcer le mot ¨Nègre¨ dans un cours et dans un but de formation et non de ¨racisme¨. On n’a qu’à regarder ce qui se passe à l’Université ¨Evergreen¨ aux États-Unis où les enseignants doivent faire des déclarations toutes aussi loufoques que risiblement ridicules donnant raison à leurs ¨supposés étudiants¨ woke. Et cette vague s’installe maintenant ici au Québec et partout dans le monde occidental (seulement, soit dit en passant).
Le monde était malade avant, mais il l’est encore plus depuis les vingtaines d’année mentionnées dans ce texte. Ne vous demandez pas d’où vient la confusion chez nos jeunes aujourd’hui, elle est inventée de toute pièce par nos ¨intellectuels et spécialistes en tous genres¨ qui se plient à cette nouvelle ligne de pensée pour en faire une loi universelle incontestable passible d’excommunication pour quiconque ose la contredire.
Je suis heureux que mes enfants soient devenus des adultes équilibrés, mais je crains désormais pour mes petits enfants qui devront naviguer dans ce monde de brouillard complètement désaxé.

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Je suis entièrement d’accord avec le texte, mais la seule ombre au tableau c’est que nous devrions changer le mot non binaire pas non genré, c’est impossible physiologiquement ,nous avons tous des gamettes.

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Il y a beaucoup de réflexion à faire sur ce sujet. Comme c’est dit au tout début, oui il y a des jeunes qui se remettent en question. Mais il y a aussi beaucoup de jeunes qui ne se remettent pas en question. J’ai un certain malaise avec tout ça parce que je sens qu’on essaie encore de caractériser et catégoriser les personnes. Au début pour définir le genre, l’article dit « certaines personnes ont des comportements ou affichent une apparence qui sont jugés masculins ou féminins ». Pour moi le grand enjeu est dans le jugement. Si tu es une femme, que tu te considères une femme mais que physiquement tu es costaude, tu seras jugée « masculine ». Pourquoi? Pourquoi une femme ne peut pas juste être différente de ce qui est jugée « féminin »? Et pourquoi ça ça ne peut pas aussi être jugé féminin?

Ça me rappelle un video que j’avais vu où ils demandaient à des jeunes de lancer une balle comme une fille et, systématiquement, les jeunes le faisaient de façon un peu niaiseuse et pas bonne. Puis ils demandaient aux mêmes personnes de lancer une balle comme un gars et c’était systématiquement plus fort et mieux. Et ce autant pour les garçons que les filles. Je pense qu’on a beaucoup de travail à faire pour redéfinir les standards de ce qui est jugé féminin ou masculin. Et que la réflexion devrait commencer là avant de questionner le genre.

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