« Il faut que tu fasses quelque chose avec tes saucisses ! »

Après un parcours pour le moins tortueux, Luc Bouffard a trouvé sa voie grâce à la pandémie. Et elle est pavée de saucisses ! 

Photo : Ariane Labrèche

Les contrats de Luc Bouffard comme directeur artistique d’événements pour un traiteur montréalais ont été balayés par la pandémie, en mars. Se retrouvant avec une cuisine pleine et un horaire dégagé, l’homme de 48 ans à l’énergie bouillonnante s’est mis aux fourneaux, transformant son îlot en véritable usine de charcuterie. Excédée par la montagne de saucissons, de bacon et de cretons qui s’empilaient dans la cuisine du triplex que possède ce passionné de bouffe dans Rosemont, sa conjointe, Vanni Lussier, lui a donné « le coup de pied au cul qu’il lui fallait ». Luc Bouffard a décidé que le moment était venu de soumettre ses créations à un test gustatif.

« J’ai commencé à monter des petits kits avec mes charcuteries, qui sont mes recettes que je fais le mieux, et j’en ai vendu à mes amis. Les commentaires ont été dithyrambiques. C’est là que ma blonde m’a donné un autre coup de pied au derrière, en me disant qu’il était temps que je réalise mon rêve d’ouvrir mon propre commerce », raconte Luc Bouffard en rigolant.

À l’automne, il a lancé sa boutique, à la fois magasin général, épicerie fine et comptoir lunch. Pas question d’ouvrir un restaurant, « parce que j’ai vu trop de mes amis se planter malgré tout leur talent et la reconnaissance du public », dit-il. Le fait que Montréal risquait à tout moment de basculer en zone rouge n’allait pas ralentir cet habitué des parcours tortueux. 

À la fin de l’adolescence, l’homme aux yeux rieurs a étudié en dessin mécanique industriel avant de travailler quelques années comme machiniste automobile. Délaissant la clé à molette, il s’est ensuite tourné vers le travail social, devenant intervenant et même directeur d’une maison de jeunes pendant quatre ans. 

À 28 ans, Luc Bouffard s’est encore réinventé et est entré à l’École supérieure de théâtre de l’Université du Québec à Montréal. « Dès ma sortie en 2004, j’ai décroché beaucoup de rôles dans des publicités. J’ai fondé deux compagnies, La S.H.O.P. et Les Ouvriers Théâtre, et j’ai participé à la création du festival Midi, Minuit, au Prospero. C’était vraiment tripant ! Mais à un moment donné, le milieu a changé, les contrats étaient moins avantageux, et je me suis dit que j’avais besoin d’un plan B », raconte-t-il. 

La solution de rechange, travailler pour divers traiteurs, avait toujours été présente, au fond : enfant, Luc Bouffard demandait des robots culinaires à ses parents, perplexes devant cette passion précoce pour les arts de la table. Comme tant d’autres artistes, il avait trouvé un boulot alimentaire en restauration, revenant toujours derrière les comptoirs au fil des ans. « Je ne faisais pas ça juste pour vivre. La cuisine, c’était vraiment mon dada », note l’entrepreneur. 

Quand Luc Bouffard a mis la main sur les clés du local qui allait accueillir L’Andouille à la fin juin, les morceaux du casse-tête se sont mis en place naturellement. Sa conjointe a pris en charge l’identité visuelle de la boutique. Des amis qu’il n’avait pas vus depuis des années se sont même proposés pour donner un peu d’huile de coude. Les passants s’arrêtaient pour jeter un coup d’œil curieux. 

Casquette vissée sur la tête, son trousseau de clés tintant sur un mousqueton à sa ceinture, Luc Bouffard arpentait sa future épicerie avec des étoiles dans les yeux. La même flamme fait briller son regard lorsqu’il parle aujourd’hui des produits qui remplissent ses étalages : son célèbre bacon sans gras, ses saucissons, son végépâté, ses sodas et sa bière d’épinette. L’aventure n’est cependant pas venue sans sacrifices : il a décidé d’emménager l’été dernier dans l’appartement de sa conjointe et de louer son triplex, question d’absorber les coûts importants.

Après plus de 25 ans à caresser son rêve, Luc Bouffard en a finalement fait une réalité. Enthousiaste, il pense déjà à une deuxième succursale, à une troisième et, pourquoi pas, à des produits préparés offerts en épicerie…

« Je branle dans le manche, mais une fois que je suis parti, c’est impossible de m’arrêter ! » s’exclame-t-il en éclatant de rire. 

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