« Il faut s’habituer à l’insécurité »

Le terrorisme islamiste frappe de plus en plus souvent l’Occident et même l’Amérique du Nord, encore plutôt épargnée jusqu’à récemment. Quelle approche faut-il pour affronter ce problème?

La boîte de nuit gay le Pulse, au lendemain de l'attaque qui a causé la mort de 49 personnes. (Photo: AP Photo/Chris O'Meara)
La boîte de nuit gay le Pulse, au lendemain de l’attaque qui a causé la mort de 49 personnes, le 12 juin 2016. (Photo: AP Photo/Chris O’Meara)

(Mise à jour, 15 juillet 2016) Tard le 14 juillet au soir, un camion a foncé dans une foule de gens réunis pour célébrer la fête nationale à Nice, en France, faisant au moins 84 morts. En rappel, cette entrevue sur la montée du terrorisme islamiste en Occident.

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L’attaque qui a fait 49 victimes dans une discothèque gaie d’Orlando, en Floride, en juin dernier, la fusillade la plus meurtrière de l’histoire des États-Unis, est venue ébranler un peu plus le sentiment de sécurité qui pouvait régner de ce côté-ci de l’Atlantique. Comment s’adapter à la montée du terrorisme islamiste sous nos latitudes? L’actualité fait le point avec Aurélie Campana, professeure de science politique à l’Université Laval et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les conflits et le terrorisme. Alors que certains observateurs pressent les autorités canadiennes d’en faire davantage pour combattre la menace terroriste et la radicalisation violente, Aurélie Campana est plutôt partisane de la retenue.

Avec la progression du terrorisme islamiste en sol nord-américain et européen, sommes-nous devant un nouvel ordre mondial? Le monde a-t-il changé irrémédiablement?

J’ai beaucoup de mal à analyser la situation sous l’angle de la rupture. Le monde évolue en permanence. Il m’apparaît clair cependant que, depuis 2015, les attentats menés par des groupes islamistes, plus particulièrement par des personnes qui se revendiquent de l’État islamique, se multiplient. Et malheureusement, tous les indicateurs semblent montrer qu’ils vont continuer à ensanglanter des villes occidentales dans les prochains mois.

Aurélie Campana. (Photo: Noémi Mercier)
Aurélie Campana. (Photo: courtoisie)

Faut-il s’habituer à une nouvelle insécurité sur notre territoire?

Oui, pour trois raisons. La première, c’est que même si la menace est extrêmement faible ici comparativement à l’Europe de l’Ouest et aux États-Unis, elle n’est pas à exclure. La deuxième, c’est qu’en raison du rôle joué par les médias et Internet, on a tendance à considérer cette menace comme immédiate et très proche, même si, géographiquement, elle reste éloignée. Et comme le terrorisme joue sur la symbolique, les perceptions, les valeurs, on a l’impression que ces attentats viennent nous toucher dans ce qui nous définit comme occidentaux, ce qui renforce leur résonance.

Et la troisième raison, c’est la réaction de nos gouvernements. Le terrorisme est une menace beaucoup plus importante dans certains pays, comme la France et la Belgique, que dans d’autres, comme le Canada. Mais de nombreux États ont tendance à aligner certaines des mesures qu’ils prennent et à réagir à chaque événement. Et c’est justement l’objectif des groupes terroristes de pousser les gouvernements à la surréaction. En surréagissant, on provoque des dommages collatéraux. On n’a qu’à voir tous les débats sur les liens que certains font entre l’islam et le terrorisme; ça alimente les stéréotypes contre les musulmans, ça fait monter les tensions sociales. On peut aussi penser à la suppression des libertés civiles au nom de la sécurité depuis le 11 septembre 2001; à l’instauration en France d’un état d’urgence qui est maintenu depuis novembre. Et on ne voit pas quel gouvernement aura le courage d’y mettre fin.

Qu’y a-t-il dans l’islam, en ce début de XXIe siècle, qui puisse inspirer certaines personnes à basculer dans une telle folie meurtrière?

Il n’y a pas qu’un seul islam. Comme dans toutes les religions, des personnes font une lecture tendancieuse du livre sacré qu’est le Coran. Il y a des imams extrêmement radicaux dont le discours justifie la violence, voire y incite. Ces imams prêchent dans certaines mosquées, ici ou ailleurs, et publient sur Internet leurs prêches, qui peuvent être traduits dans une cinquantaine de langues. 


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Reste que c’est l’islam radical qui semble exercer un pouvoir d’attraction particulièrement fort sur des personnes prédisposées à la violence. Pourquoi?

Toutes les recherches montrent que ceux qui se définissent comme djihadistes ont une connaissance extrêmement superficielle de la religion musulmane. Ils répètent des choses qu’ils ont entendues, mais quand on gratte un peu et qu’on leur demande d’expliquer ce que ça veut dire, ils vous déroulent une espèce de cassette. Pour la plupart, la religion n’est qu’un prétexte pour se trouver une nouvelle communauté d’appartenance. Ce sont des gens mal dans leur peau, qui vivent des crises identitaires ou sont à la recherche d’aventure et qui, autrefois, se seraient tournés vers une autre idéologie. Aujourd’hui, ils vont trouver dans l’islamisme radical, et plus particulièrement dans le djihadisme, une référence. Pourquoi? Parce que ce mouvement est devenu l’une des principales références antisystème. Il n’y a pas un jour qui passe sans que les médias parlent de la violence déployée par Boko Haram, l’État islamique ou al-Qaïda au Maghreb islamique. Les gouvernements occidentaux, qui ont fait de ces organisations djihadistes les ennemis numéro 1, contribuent aussi indirectement à leur donner une visibilité et, comble du paradoxe, une certaine forme de légitimité.

Un policier lourdement armé patrouille en marge de la parade de la fierté gai à New York, deux semaines après la fusillade d'Orlando. (Photo: AP Photo/Mel Evans)
Un policier lourdement armé patrouille en marge de la parade de la fierté gai à New York, deux semaines après la fusillade d’Orlando. (Photo: AP Photo/Mel Evans)

Le djihadisme monopolise l’attention médiatique, mais que disent les données sur la prévalence des autres formes de terrorisme?

Ça dépend des régions. En Inde, par exemple, ceux qui commettent actuellement le plus d’attentats terroristes sont les naxalites, un groupe d’inspiration maoïste. L’Inde est particulièrement touchée par le terrorisme, mais on n’en parle pas.

On ne parle pas beaucoup de l’extrême droite, non plus. Au Canada, elle est relativement tranquille, elle n’est pas institutionnalisée. Par contre, en Europe, en Allemagne en particulier, les actes de violence d’extrême droite, des groupes néonazis dans la plupart des cas, sont en nombre croissant, ce qui coïncide avec l’arrivée massive de réfugiés dans le pays. 

Qu’est-ce qui détermine ce qui constitue un attentat terroriste? Le tireur d’Orlando et celui de l’école Sandy Hook, au Connecticut, ont tous deux commis des massacres de masse, mais l’un est considéré comme un terroriste, l’autre comme un désaxé. Pourquoi?

Le gros problème aujourd’hui, c’est qu’on n’a pas une définition du terrorisme qui fasse consensus, que ce soit entre les États ou même dans le milieu universitaire. La plupart d’entre nous nous entendons sur le fait que le terrorisme est un acte de violence politique. À Orlando, puisque le tueur a appelé le 9-1-1 pour prêter allégeance à l’État islamique et que, par la suite, celui-ci a saisi la balle au bond pour revendiquer l’attentat, ça donne à l’attaque une connotation politique très forte.

Mais ce qui complexifie les choses pour les forces de sécurité, c’est qu’on assiste à une espèce d’amalgame. Il y a des individus qui vont passer à l’acte en se revendiquant d’une idéologie djihadiste, alors qu’ils sont avant tout perturbés par une crise, une vulnérabilité sociale, un désir de vengeance. Dans le cas d’Omar Mateen, à Orlando, on ne sait pas très bien s’il avait refoulé son identité sexuelle, s’il était en colère contre quelque chose, s’il avait vécu un traumatisme ou une rupture qu’il n’arrivait pas à digérer. C’est pareil pour Martin Couture-Rouleau ou pour Michael Zehaf-Bibeau, plus près de nous. Il y a une part de complexité, d’ambiguïté qui reste.

Sachant tout ça, que devons-nous changer dans notre façon de vivre nos vies?

Mais rien! Parce que dès qu’on commence à changer quelque chose, on montre que les terroristes ont réussi à nous faire bouger. Il y a une asymétrie très forte entre ces groupes terroristes et les États qui les combattent. En ciblant nos valeurs, en jouant sur la symbolique, les groupes terroristes tentent de renverser l’asymétrie, de se montrer plus forts qu’ils ne le sont. Ce que je vais dire peut paraître horrible, voire indicible, mais quand on compare le nombre de victimes du terrorisme au nombre beaucoup plus important de victimes d’accidents de la route annuellement, on peut s’interroger sur l’ampleur de la réaction de nos États. Ensuite, on s’estime particulièrement atteints en Occident, mais les pays les plus touchés aujourd’hui par le terrorisme sont la Syrie, l’Irak, l’Afghanistan et le Pakistan. Et ça, personne ne le dit.

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15 commentaires
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Il est fort intéressant de lire qu’il ne faut surtout pas que les gouvernents réagissent ou que nous changions nos vies…Qu’il faut demeurer serein et que nos gouvernements ne devraient rien faire parce qu’ils légitimisent les terroristes et ainsi les encourages.
Mme rêve, le monde à changer. Elle déclare que se sont les Pays du Moyen-Orient qui souffrent le plus. Mme oublie que l’Amérique en entier augmente ses défenses anti terroristes depuis 9/11, à tel point qu’il est devenu extrêmement difficile pour les terroristes de l’extérieur, d’agir. Mme oublie que nos prisons détiennent un nombre croissant de terroristes qui se sont fait prendre par les autorités Canadiennes et Américaines avant qu’ils ne passent à l’acte. On ne semble pas parler du travail des agents responsables de notre sécurité. Les biens pensants et les intellectuels ne veulent surtout pas que les Gouvernements ne se mêle de les surveiller

Absolument d’ accord avec vous ! Les gouvernements doivent démontrer hors de tout doute qu’ ils vont s’ attaquer à ce phénomène et qu’ ils ne laisseront pas leurs citoyens se faire massacré par ces demi-civilisés qui veulent changé le monde !

Orlando la fusillade la plus meurtrière de l’histoire des ÉU? Peut-être selon certains mais en réalité le massacre de Wounded Knee demeure certes la fusillade la plus meurtrière où plus de 150 Sioux, hommes, femmes et enfants, ont été massacrés. Sur le fond vous avez parfaitement raison – ces « attentats » sont marginaux et les réactions des gouvernements ont finalement donné raison aux terroristes (criminels de droit commun) en visant les libertés civiles. Les outils légaux qui existaient au moment des attaques du 11 septembre 2001 étaient plus que suffisants pour traiter ces criminels mais les gouvernements ont versé dans la démagogie en faisant peur au monde et en profitant de la situation pour réduire les libertés civiles et envahir l’Iraq malgré la preuve que les terroristes n’avaient rien à voir avec ce pays. Si le monde ne sera jamais plus le même, c’est en grande partie à cause de la réaction des gouvernements…

Comme la très grande majorité des média de l’occident vous ne posez pas la question la plus importante et ainsi cachez la vérité à vos lecteurs. La question la plus importante quand quelqu’un vous attaque, c’est POURQUOI ??? Quel est la véritable cause du terrorisme djidahiste ? Hélas, les peuples de l’occident se font laver le cerveau par nos média. Ces média qui tentent de nous faire avaler que la cause du terrorisme en occident est l’islam radical.

Pourtant nous n’avons qu’à écouter le message que les djidahistes attaquant l’occident crient à haute voix, surtout ce qui vient après le fameux »Allah akbar » . Cela nos média ne nous le font pas entendre. Donc on ne peut pas l’écouter ni comprendre la cause du terrorisme.

L’islam radicale est la conséquence de cette cause dont nos dirigeants ne veulent pas parler.

MAIS CETTE DAME QUI A ECRIT CET ARTICLE VIT DANS QUEL MONDE ?????? SURMENT DANS LE MONDE DES BISOUS NOURSE …. CES GENS ONT BELLE ET BIEN UNE IDEOLOGIE ET ILS HAISSENT L’OCCIDENT ….ET ILS NE SONT NI PERDUS NI EN MANQUE DE SENSATION FORTE NI JE NE SAIS KOI … ARRETER VOTRE RAISONNEMENT MÉPRISANT, VOUS IGNOREZ TOUT DE CETTE RELIGION …. ILS SONT DANS UNE CONQUETTE ET SONT PRETS A LA GUERRE. ET LE QUEBEC EST EXTREMEMENT MENACÉ VU LE NOMBRE DE JEUNES FANATIQUES …… IL FAUT REPONDRE AVEC FERMETÉE : RENFORCER LE RENSEIGNEMENT CONTROLER MIEUX L’IMMIGRATION (JE SUIS IMMIGRÉ….) .. EN GROS LE GOUVERNEMENT DOIT DONNDER PLUS DE MOYENS AUX FORCES DE L’ORDRE.. ET ARRETONS DE VERSER DANS L’ENGELISME, ET LE POLITIQUEMENT CORRECT PAS ETONNANT QUE TRUMP GAGNE LE COEUR DE BEAUCOUP D’ELECTEURS NORD AMERICAINS…..

Bien entendu qu’elle ne dit pas pourquoi. Le personnes comme elle veulent que la population considère ces tueries comme des « acts of God » qui arrivent par hasard, un peu comme des tremblements de terre. Malheureusement, la plupart des politiciens pensent comme elle : il ne faut rien faire, sauf peut-être limiter la liberté d’expression (le gouvernement Couillard a fait une démarche dans ce sens) et s’assurer de la complicité des journalistes et forces policières pour dissimuler autant que possible les nouvelles « désagréables », ou sinon les « spinner » dans le bon sens (c-à-d n’importe quel sens sauf l’islamisme radical) quand une nouvelle est trop grosse pour être dissimulée. La recette se trouve en Europe, notamment en Suède et en Allemagne.

Ignorance ou propagande de cette universitaire? Je citerai donc le philosophe français Michel Onfray : » Le Coran contient 256 versets qui justifient les actions des djihadistes. » Je recommande, à Mme Campana, de lire le Coran ou Penser l’islam de Michel Onfray qui, lui, l’a lu.

Dommage que les commentaires soient aussi émotifs. Ça prouve encore qu’il est difficile d’agir intelligemment dans des situations émotives.
Je suis 100 % en accord avec « ne rien faire ». Le but du terrorisme est de terroriser. Visiblement, les terroristes ont atteint leur but auprès de quelques commentateurs précédents qui réagissent. Peut-être que « Rien faire » est un peu abusif, mais on devrait réagir au minimum et non pas selon le maximum.
Réagir en panique est équivalent à payer la rançon à ce qui font des enlèvements. Plus ils réussissent, plus on paie et plus ils recommencent. Donc ne pas paniquer est la meilleure réaction, même si c’est contre-intuitif.
Toutefois, il y a des choses à faire: Le budget de la défense nationale du Canada est de 19 milliards et celui de l’aide internationale de 3 milliards. Si on veut vivre dans un monde sécuritaire, on doit mettre fin aux injustices, payer décemment les travailleurs de tous les pays et leur permettre de vivre dignement. Un petit coup de pouce additionnel du coté de l’aide internationale et du commerce international pour leur permettre de vendre leurs produits et développer leur pays fera certainement plus que le largage de bombes ou les contrôles dans les aéroports.

Plein de terroristes sont riches et éduqués. Ceux du Bengladesh dernièrement, entre autres. Ce sont des bêtises à la Trudeau que vous dites.

« Je suis 100 % en accord avec « ne rien faire ». » (sic)

…tout comme les Français et les Anglais lors de l’expansion du nazisme à l’aube de la Dernière Guerre Mondiale…

S’ils avaient stoppé Hitler en 1938 en Autriche ou en Mars 1939 lorsqu’il envahit la Tchécoslovaquie, cette guerre n’aurait pas eu lieu car aux dires mêmes des hauts gradés allemands après la guerre, l’Allemagne n’était pas prête à une guerre à ce moment-là.

On voit où a mené la non-intervention des Alliés…

Aurélie Campana dit que la menace terroriste est géographiquement éloignée de nous. Pas tant que cela je trouve. Dans les trois dernières années, j’ai croisé une dizaine de femmes portant le niqab. Avant 2010, j’avais vu le niqab à la télé seulement. Notre monde réel aussi change rapidement, et, comme le niqab est d’une violence de degré variable selon notre âge, notre conscience de la discrimination homme-femme ou même notre religion (car même la plupart des musulmanes ne voudraient pas le porter), nous devons faire des efforts énormes pour accepter ces nouveaux citoyens et voisins avec des valeurs que nous ne comprenons pas. Cela fait partie d’un sentiment d’ insécurité globale et nous permet de comprendre les gens d’autres pays qui font face à la vraie menace d’être atteint par des balles.

Une religion qui méprise les femmes, les homosexuels et qui favorise la charia ( la loi de dieu ) enseignée partout en occident dans les mosquées !
Il y a de quoi à se poser des questions et sans faire d’ amalgames ; il faut sérieusement surveiller ces imans réfractaires aux droits de tous et chacun d’ entre nous et à la laicité!