Ils surfent… en pagayant !

Combinant les plaisirs du surf et du kayak, la planche à rame se pratique dans les vagues comme en eau calme. Pas étonnant qu’elle soit en train de conquérir la planète ! Et le Québec n’y échappe pas.

Photo : Mike Hitelman/KSF

Cet été, partez à l’aventure dans les archives de L’actualité pour (re)découvrir les grands classiques estivaux du Québec.

Quand Hugo Lavictoire a vu pour la première fois des gens pratiquer le stand-up paddleboarding (plan­che à rame ou planche à pagaie), en Californie, en 2008, il n’en croyait pas ses yeux. « Je me suis dit : quelle idée ridicule de faire du kayak et du surf en même temps », se remémore le propriétaire de KSF, une école de kayak située à LaSalle. Il décide néanmoins, par acquit de conscience, de rapporter deux planches à rame à Montréal en vue de les mettre à l’essai. Une décision qui transformera sa vie !

Contre toute attente, non seulement il devient complètement accro de ce sport, mais la planche à rame propulsera son entreprise vers de nouveaux sommets. Aujour­d’hui, le SUP — acronyme de stand-up paddleboarding — constitue l’activité-vedette de son école, déclassant le kayak et le surf de rivière. « L’éclosion du SUP est phénoménale, car les Québécois sont des beach boys dans l’âme. Ils rêvent de faire du surf, peu importe la manière », raconte Lavictoire, pionnier de cette activité au Québec.

Né à Hawaï et popularisé au début des années 2000, le SUP connaît depuis un engouement monstre partout dans le monde. Selon l’Outdoor Foundation, regrou­pement américain de l’industrie du plein air, c’est le sport qui enregistre la plus forte croissance de popularité aux États-Unis. Et le Québec n’échappe pas à la vague. Dans les alentours de Montréal, on ne compte plus les écoles qui offrent une initiation au SUP, tandis qu’en région la nouvelle bibitte prolifère dans les centres de villégiature.

Avec l’apparition récente de planches gonflables, qui se ran­gent dans un sac à dos et sont donc plus faciles à transporter, la démocratisation de la planche à rame ne fait que commencer. « On n’est qu’au début d’une puissante vague de fond », affirme Vincent Bédard, directeur des communications et du marketing chez Pelican, un leader mondial dans la fabrication d’embarcations nautiques en tout genre.

Père de famille de 41 ans, Sébas­tien Giguère a découvert l’existence du SUP en 2012, en magasinant en ligne. Curieux, il a loué un équipement. Après une seule journée d’essai, il est devenu accro comme il ne l’a jamais été pour un autre sport. « Debout sur une planche, on a l’impression de marcher sur l’eau, de posséder son île flottante. C’est surnaturel ! » raconte ce résidant des Cantons-de-l’Est.

La beauté de la planche à rame, c’est qu’on peut en faire partout. Inutile d’attendre la grosse vague, comme Brice de Nice dans le film du même nom. Elle se pratique aussi bien en mer qu’en eau calme, en lac ou en rivière. « Pour la mise à l’eau, on n’a pas besoin d’un quai ou d’une plage : on peut l’effectuer n’importe où », dit Sébastien Giguère. Sans compter que la planche à rame ne coûte pas la peau des fesses. Un équipement se vend entre 500 et 2 000 dollars. Par la suite, on surfe sans débourser un sou de plus, car l’accès aux plans d’eau n’est pas (encore) tarifé ! « C’est moins cher que le vélo de route et le ski alpin », ajoute-t-il.

Bien que considérée comme un sport naissant, la planche à rame n’est pas vraiment nouvelle. Même si la question suscite un débat, on juge qu’il s’agit, en fait, de l’ancêtre du surf traditionnel, puisque les Polynésiens naviguaient en mer sur des embarcations à fond plat à l’aide d’une pagaie. Jusque dans les années 1950, les surfeurs ne boudaient pas la pagaie pour jouer dans les vagues, comme le démontrent des images d’archives. Étrangement, cet outil de propulsion a été abandonné avec le temps, avant de revenir en force au début du XXIe siècle sous l’impul­sion de légendes du surf, comme Laird Hamilton et Dave Kalama, pour qui la pagaie est devenue un accessoire de prédilection.

Leur adhésion à la planche à rame, décriée par les puristes, a créé un engouement. Depuis, SUP rime avec cool et branché. Un sport qui compte maintenant ses vedettes et ses propres magazines. Et qui se démarque par son image grand public. « On n’y trouve pas l’esprit sectaire du monde du surf traditionnel », affirme Julien Nantais, fondateur de UNDA SUP, une jeune entreprise québécoise qui fabrique des planches à rame.

En matière d’accessibilité, le SUP se démarque. Un novice trouve son équilibre en quelques minutes seulement, alors qu’il lui faudra des heures d’entraînement pour maîtriser le surf traditionnel, la planche à voile ou la planche aérotractée (kitesurf). Autre avan­tage : lorsqu’on tombe à l’eau, remonter sur sa planche n’exige pas un effort surhumain ou une technique complexe, comme pour le kayak. « C’est un sport totalement axé sur le plaisir. On peut le pratiquer à fond ou en mode contemplatif », dit Éric Marchand, propriétaire de la boutique de surf Aerosport, qui a ouvert ses portes l’an dernier à Oka.

Et pour les amateurs de sensations fortes, le SUP n’a pas de limites. Bien que plus longue qu’une planche de surf standard, la planche à pagaie ne craint pas les vagues. Au contraire, ses adeptes voguent sur les flots tels des dauphins, en utilisant leur rame comme gouvernail. « Grâce à l’effet de propulsion généré par la pagaie, on va chercher des vagues inaccessibles aux surfeurs traditionnels, beaucoup moins mobiles que nous. Résultat : chaque sortie procure davantage de plaisir », raconte Julie Imbeault, 44 ans, de Saint-Hyacinthe, une inconditionnelle de ce sport depuis 2009.

Autre facteur expliquant la popularité du SUP : son aspect « entraînement physique ». Pour obtenir un corps de rêve, ne cherchez plus. En faisant travailler la musculature, la proprioception et la posture, le SUP tonifie tout l’organisme. « Même si je faisais beaucoup de course à pied avant, le SUP a sculpté mon corps », témoigne Annie Saint-Amour, une trentenaire de Montréal passionnée de planche à rame depuis trois ans. L’engoue­ment crée aussi de nouveaux phénomènes, comme les courses en haute mer (où on surfe sur la houle) et le SUP-yoga (où l’instabilité du « tapis » accentue l’efficacité des postures et la relaxation).

Mode éphémère, le SUP ? « Parce qu’elle est facile, acces­si­ble, abordable, cool et bonne pour la santé, la planche à rame possède tous les ingrédients pour devenir un sport qui va durer », pense Hugo Lavictoire. Cet été, succomberez-vous à la vague ?

Où s’initier à la planche à rame au Québec ?

1. À Montréal, sur le Saint-Laurent
L’école de sports nautiques KSF organise des descentes guidées de 12 km sur le fleuve Saint-Laurent, de Lachine jusqu’à LaSalle. Les planchistes suivent les rives de l’île de Montréal, en contemplant son côté sauvage. L’excursion se termine en eau vive, ce qui procure une petite dose d’adrénaline. Cette activité se déroule aussi au coucher du soleil et même de nuit ; on s’éclaire alors au moyen de néons placés sous les planches.

2. Sur le lac des Deux Montagnes
Pendant tout l’été, la boutique Aerosport d’Oka organise ses Dominicales à pagaies : les adeptes de planche à rame, de canot et de kayak sont conviés à un rendez-vous sur le lac des Deux Montagnes. Il s’agit d’une belle occasion de faire la rencontre de passionnés de ces sports. L’activité est gratuite et l’heure du rendez-vous est fixée quelques jours à l’avance sur la page Facebook de la boutique. Des sorties à la pleine lune se tiendront également au cours de l’été.

3. Aux Îles-de-la-Madeleine
Patrick Auger et Julie Imbeault ont parcouru le monde pour faire de la planche à rame, mais un des coups de cœur de ce couple se trouve au Québec. Il s’agit du parc de Gros-Cap, aux Îles-de-la-Madeleine, où les pagayeurs, debout sur l’onde, frôlent des falaises rougeâtres, visitent de vastes tunnels sculptés par les vagues et se baignent dans une eau froide mais non glaciale. Plusieurs boutiques des Îles offrent la location de planches à rame.

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