Impertinentes étrennes

Et si on mobilisait un peu l’esprit irrévérencieux des Québécois pour dédramatiser la commission Bouchard-Taylor ?

Dans bien des coins du Québec, dès le début novembre, des familles s’échangent des listes d’étrennes. Il faut parfois pas mal de temps pour dénicher le cadeau qui fera plaisir à tante Rita, au cousin Michel ou au grand-père Albert ! Modernité aidant, la liste de ceux à qui on offrira des présents, dans certaines familles, comprend depuis quelques années une nièce Xin Lan ou une belle-sœur Djamila, quand ce n’est pas un copain Carlos.

Des milliers de Québécois aimeraient peut-être avoir des idées pour souligner avec humour l’étonnante fin d’année que les audiences de la commission Bouchard-Taylor nous font vivre. Voici quelques exemples de cadeaux inattendus.

Des macarons, à l’image de ceux lancés il y a une vingtaine d’années par SOS Racisme, en France (« Touche pas à mon pote ! »). Ces macarons porteraient des slogans comme « Mes ancêtres étaient des immigrants ! », « Mon voisin ne me parle pas et il a le droit » ou encore « Ma grand-mère se baignait tout habillée. Célébrons notre patrimoine ». Un pourcentage des revenus de la vente pourrait être versé au fonds de francisation des nouveaux arrivants.

Des cours de hockey. Pour la linguiste Marie-Éva de Villers et les écrivaines du Québec dont la qualité du français est avérée, dans l’espoir que l’une d’elles devienne un jour capitaine des Canadiens de Montréal. En attendant, se réjouir d’avoir un bon capitaine.

Des épées en carton. Du genre qu’on donne aux jeunes enfants qui ont peur des monstres cachés sous leur lit. Les parents savent que rien ne sert de dire aux petits que les monstres n’existent pas. Leur peur est irrationnelle. Mieux vaut leur donner une épée. Même inoffensive. Ça les rassure.

Un guide de survie du « de souche ». Sur le modèle de The Anglo Guide to Survival in Quebec, que le journaliste montréalais Josh Freed a si brillamment publié au début des années 1980. On y expliquerait, entre autres, comment éviter les pierres que les musulmans lancent aux femmes adultères et aux homosexuels dans certains pays totalitaires. Serait utile le jour où la charia aura été adoptée par 60 % des Québécois par voie référendaire.

Des invitations à un souper « mystère ». Autour de la table, des immigrants diplômés en génie, en pharmacie, en médecine. Les convives devraient deviner lequel est le chauffeur de taxi, le concierge, le manœuvre. À offrir au beau-frère qui clame qu’il y a trop d’immigrants « sur le BS » ou qu’ils « volent nos jobs ». Double part de dessert bourré de gras trans en prime.

Des boules antistress. Pour les milliers de Québécois qui, dans toutes les régions, donnent du temps bénévolement afin d’aider de nouveaux arrivants à s’intégrer. Et qui n’en peuvent plus que certains de leurs concitoyens fassent passer les Québécois pour des xénophobes qui ont peur que les minarets dominent bientôt le ciel de Montréal, alors que les musulmans forment 1,4 % de la population du Québec.

Des tisanes amérindiennes. Pour les musulmans, les juifs, les sikhs de la province. Lorsqu’ils découvriront un illuminé extrémiste en leur sein, ils pourront l’abreuver de tisane calmante. Ou lui suggérer de passer quelques moments dans une hutte de sudation, pour « faire sortir le méchant » et éviter de faire sauter la marmite des Québécois, de souche ou de bourgeon.

Des séances de méditation. Pour les politiciens et les administrateurs publics, qui, s’ils réfléchissent un brin au calme, trouveront les balises dont notre société a besoin pour trancher entre les droits des uns et des autres en matière de liberté religieuse.

Et pour finir sur une note festive, une histoire d’enfant. C’est une petite fille qui fait un cauchemar. Des monstres verts aux pustules rouges l’enlèvent et l’emmènent dans leur antre. Il y a là un gros chaudron rempli de petits légumes. Elle a peur qu’on la fasse cuire et qu’on la mange. Mais, ô surprise, les monstres l’assoient sur un banc de bois et lui offrent de partager leur soupe. Au réveil, elle n’a plus peur des monstres que son inconscient avait imaginés.

Bonne soupe, bon magasinage de Noël et joyeuse Hanoukka !

À LIRE

Le rendez-vous des civilisations, par Youssef Courbage et Emmanuel Todd, Seuil.

• Les excellents romans de Chaïm Potok, pour comprendre la spiritualité des juifs hassidiques.

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