Intimidation : la contre-attaque

Les adolescents de Nouvelle-Écosse devront bientôt y penser à deux fois avant d’utiliser leur téléphone ou leur ordinateur pour « facebooker », « twitter » ou faire circuler des commentaires qui ridiculisent, menacent ou insultent quelqu’un. Et davantage encore avant de diffuser sur Internet — sans leur consentement — des photos de leurs connaissances nues, soûles ou inconscientes.

Leurs appareils électroniques pourront être saisis. Leur service Internet interrompu. Leurs parents condamnés à des amendes pouvant aller jusqu’à 5 000 dollars, ou même à des peines de prison.

Déposé trois semaines après le suicide par pendaison d’une jeune femme de 17 ans, Rehtaeh Parsons, victime de cyberintimidation par des pairs, le projet de loi témoigne du ras-le-bol des Néo-Écossais devant l’ampleur prise depuis quelques années par l’intimidation en ligne.

Les parents de la jeune Parsons ont bien témoigné de leur impuissance à protéger leur fille, étudiante brillante, des médisances et des insultes sexuelles qui circulaient sur Internet. Ils ont aussi souligné leur frustration devant l’apathie des pouvoirs publics, qu’il s’agisse de la police ou des autorités scolaires.

En 10 ans, depuis qu’un jeune Québécois du nom de Ghyslain Raza est devenu la première victime planétaire de cyberintimidation, nous avons donc peu progressé. D’un océan à l’autre, on cherche à tâtons à déterminer les meilleurs moyens d’agir.

Réunis en avril, les ministres de la Justice de toutes les provinces ont évoqué la possibilité de demander au fédéral de durcir le Code criminel. Leurs recommandations sont attendues en juin.

La jeune Rehtaeh Parsons. (Photo : Andrew Vaughan / PC)
La jeune Rehtaeh Parsons. (Photo : Andrew Vaughan / PC)

Le Québec a opté l’an dernier pour que la responsabilité de la protection repose sur les établissements scolaires. Adoptée en juin 2012, la loi 56 forçait toutes les écoles à adopter un plan d’intervention contre l’intimidation. À ce jour, environ 79 % d’entre elles l’ont fait.

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Le gouvernement de Halifax a choisi une voie plus contraignante, qui fera peser la responsabilité sur les parents. Il a déposé fin avril un projet de loi qui créera une unité spéciale de cinq enquêteurs, rattachés au ministère de la Justice, qui pourront obtenir des ordres de protection de la cour, saisir des téléphones, ordonner l’interruption de services Internet. Les familles seront tenues responsables des actes de leurs enfants mineurs dans le cyberespace. Les personnes au fait d’une cyberintimidation et qui restent passives pourront aussi être poursuivies pour dommages.

À tous les jeunes, ce projet de loi envoie le message qu’ils sont les gardiens de leur prochain ! Et c’est tant mieux. Car c’est sans doute des jeunes que peut venir la meilleure riposte, comme on l’a vu récemment au Québec.

Un élève de 4e secondaire d’une école de Saint-Lambert, au sud de Montréal, a conseillé à un plus jeune, victime d’intimidation, d’utiliser Facebook pour raconter ce qu’il vivait. ConneriesQC, un site Web très fréquenté par les adolescents, a fait écho à cette lettre et lancé un mouvement de solidarité qui a transformé en héros la victime d’hier.

Des projets de loi comme ceux de Halifax sont des outils de protection nécessaires. Mais ils ne sont pas les seuls. À nos enfants, nous devons apprendre l’empathie, le respect et le courage de défendre le droit des autres à ne pas voir leur vie privée exposée aux moqueries d’inconnus cachés derrière l’anonymat que leur offre Internet.

L’intimidation ne disparaîtra pas demain matin. Ceux qui la pratiquent ont besoin d’être éduqués autant que leurs victimes ont besoin d’être protégées. Il faut rendre cool la contre-attaque.

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