Intimidation à l’école primaire : écouter d’abord, agir ensuite

La cour de récréation, le gymnase et la cafétéria peuvent devenir des lieux anxiogènes pour un enfant visé par ses pairs. Conseils pour les parents qui cherchent comment intervenir.

Paul Chiasson / La Presse Canadienne

De la même façon que les enfants apprennent l’empathie, l’entraide et la bienveillance par mimétisme, les situations d’intimidation leur envoient un bien mauvais message : celui de la loi du plus fort, du dénigrement à outrance, et de l’insistance à définir l’autre selon une seule caractéristique (son apparence physique, sa singularité, son handicap, etc.).

Un parent qui se rend compte que son enfant se fait bousculer ou insulter à répétition a de quoi s’inquiéter. Au-delà de l’émotion que cette découverte suscite, il faut faire les bons gestes pour corriger la situation, sans se laisser guider par la colère ou influencer par ses propres blessures d’enfance. Tout commence par l’écoute, et pas seulement lorsque l’enfant est d’humeur morose, insiste Claire Beaumont, professeure à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval et titulaire de la Chaire de recherche Bienêtre à l’école et prévention de la violence.

À quels signes reconnaît-on que son enfant peut être victime d’intimidation ?

Avant de parler des signes ou de victime — un terme qui victimise encore plus —, les parents devraient se tenir au courant de ce que vit leur enfant. Au quotidien, quelles sont ses joies, ses peines, ses forces ? Qu’aime-t-il, que n’aime-t-il pas ? Le faire parler de ses centres d’intérêt, de ses réussites, c’est une façon de le découvrir, et ce dialogue développe ses compétences sociales et émotionnelles. Cette attention soutenue, même si notre rythme de vie est trépidant et sans que cela se transforme en interrogatoire, permet de percevoir les moments où il est déprimé, ou de se rendre compte que ce qui le passionnait ne l’intéresse plus. Un voyant s’allume lorsque l’on remarque, chez un enfant qui s’adaptait très bien sur le plan social jusque-là, un changement de comportement ou un manque d’enthousiasme à l’égard de l’école, ou de tout autre lieu comme le gymnase, la piscine ou le terrain de jeu. Et plus encore s’il y a des cauchemars ou une perte d’appétit. Cela cache parfois des problèmes encore plus sérieux, ou une intimidation qui dure depuis un certain temps.

Comment les parents doivent-ils réagir lorsqu’ils constatent que leur enfant est victime d’intimidation ?

D’abord, on doit vérifier ce que la situation éveille en lui. De la colère ? De la peine ? Après une bonne conversation avec son enfant, il faut contacter l’école pour savoir si le personnel est déjà au courant, et ce qu’il compte faire. Car chaque établissement scolaire est tenu d’avoir un plan de lutte contre la violence et l’intimidation. Au moment de communiquer avec l’école, il est essentiel de garder son calme et d’éviter les blâmes, pour maintenir le dialogue. Car la meilleure manière de régler les problèmes d’intimidation, comme n’importe quel autre problème qui touche un enfant, est de travailler de concert avec l’équipe-école. Si cela échoue, on peut alors se tourner vers le centre de services scolaire, mais j’insiste sur ce point : les mesures les plus efficaces vont être appliquées par tous les professionnels qui font partie du quotidien des enfants : de l’enseignant à la direction en passant par les autres employés.

Les problèmes d’intimidation ne font-ils souffrir que les enfants intimidés ? 

Malheureusement non. Un enfant témoin de gestes intimidants peut se sentir coupable de ne rien faire, tout en refusant d’aider la cible, par crainte d’en devenir une à son tour. Quant aux auteurs de l’intimidation, ils sont parfois surpris qu’on les définisse comme des agresseurs. Les interventions qui parviennent à faire cesser les mauvais comportements en proposent de nouveaux. Il faut montrer, par exemple, à ceux qui commettent ces gestes qu’ils peuvent répondre à leurs besoins sans agresser leurs pairs. L’école doit être un milieu sécurisant, sécurisé et protégé… sans faire obstacle aux apprentissages sociaux. Les enfants y apprennent à gérer leurs émotions et leurs relations, tout en sentant à côté d’eux des adultes calmes, bienveillants, mais fermes, qui n’abaissent pas leurs exigences. 

Le phénomène de l’intimidation et de la violence est-il en croissance ? Ou le sujet devient-il moins tabou ?

Lors de chaque rentrée scolaire, nous entendons le même discours : il y a plus de violence et d’intimidation qu’autrefois. À l’Université Laval, nous avons mené une enquête longitudinale sur l’évolution des comportements agressifs, et nos résultats montrent que ce n’est pas le cas chez les enfants. On dénoterait même une amélioration, d’après les dernières données obtenues avant la pandémie. Le contraire aurait été surprenant, après tous les efforts de sensibilisation déployés ces dernières années. Et il ne faut pas oublier que les adultes ayant un rôle signifiant dans la vie d’un enfant vont laisser des marques, des traces, et leur transmettre comment agir dans différentes situations. Nous ne pouvons pas demander à un enfant d’avoir un comportement dont nous ne sommes pas le modèle.

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Et quand l’intimidation vient des profs, on devient complètement sans moyen!!! Si le sujet peut vous intéresser, mon fils a vécu une histoire d’horreur…

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